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L’hybride

Je suis sorti de la salle le film fini, sans avoir adressé un mot à ceux qui, comme moi, avaient été plongés dans la pénombre pendant une heure et demi. Malgré la lumière rallumée il restait des ombres silencieuses : une fois que la lumière s’allume le public s’éteint. Triste constat qu’est la description d’une sortie au cinéma aujourd’hui, de la froideur de ses salles au conformisme de ses programmations. Symptôme d’une époque sans doute, ou le rendement est préféré au rendu.

La sortie de secours, exit, n’a jamais aussi bien porté son nom, une fois que l’image s’estompe, la foule s’y presse : étouffée par une salle qui l’expulse pour mieux accueillir ses prochains occupants. Le symbole est fort, on rentre toujours au cinéma par la grande porte et on y sort par une dérobée. Silencieux lors de la diffusion du film et dissimulé à son achèvement, le public n’existe en réalité qu’au moment ou il achète son ticket d’entrée, le terme de place faisant presque figure d’anachronisme tant ce dernier en est dépossédé.

Il existe cependant ces lieux intemporel, ces bastions imprenables qui résistent encore et toujours au désenchantement généralisé. Il en est ainsi d’une salle peuplée d’irrésistibles inactuels venus de tous azimuts, dont la chaleur force l’union contre-nature,  hybride donc. Ici le public émerge, il n’est plus une entité abstraite, le terme de place prend dès lors tout son sens.

Une Salle de cinéma ? Presque une clinique, pour postérieurs meurtris par la chaise rouge et matière grise déshydratée, car trop consommer l’image, ça donne soif. S’il faut traverser le désert en prenant les chemins des oasis, l’hybride est une étape, un passage obligé pour les touaregs que nous sommes.

Que les vieilles âmes momies s’insurgeant de voir Kubrick côtoyer les derniers courts-métrages de Gavras ou encore des films d’animations passent leur chemin, car l’éclectisme ici est roi. La programmation transcende les styles et les époques, ainsi quelques 90 années et 7000km séparent  le premier documentaire réalisé : Nanouk l’Esquimau (Robert Flaherty) de la chronique underground Berlin Calling (Hannes Stöhr ), deux films que, peut-être, seule la poudre blanche rapproche. Mais le spectateur ne subit pas nécessairement la tyrannie d’une programmation imposée de l’extérieur, toujours violente, chacun a en effet son mot à dire et peut à la fois proposer un  film mais aussi un projet personnel: long et court métrage, ciné-concert, exposition…L’Hybride devient donc véritablement un lieu public, un champ de liberté nouveau. Et ce sentiment se voit renforcé par le faible prix de l’abonnement (seulement 4 euros/mois) qui rend possible un accès a tous mais suffisant pour permettre son fonctionnement effectif, se distinguant alors d’une logique de recherche exacerbée du profit.

Le cinéma dans sa forme actuelle, tel le chien de Pavlov, nous a conditionné a s’éclipser une fois le film achevé. Et si on inversait la perspective ? Si à la fin de la projection, de la consommation de l’image donc, devait correspondre le début de l’introjection, d’une véritable appropriation de celle-ci, et ce par l’organisation d’un débat par exemple ? Ici, on prend ce risque : Requiem for a Dream sera présenté par les jeunes du Centre Social et suivi d’un débat avec un professionnel de la santé, Mary and Max, film d’animation australien, sera analysé en présence de son réalisateur A.B Elliot. Dès lors c’est une nouvelle approche de l’image qui s’opère, dépassant le seul cadre que lui imposait l’écran blanc. Il apparaissait donc comme une évidence que la salle ne soit  pas entièrement dédiée à la seule projection, mais soit également un lieu ou s’exprime le transdisciplinaire (musique-image, spectacle vivant-image, arts plastiques-images) et ou sont mis en place des ateliers pratiques destinés a familiariser le néophyte a l’image.

« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert » disait Malraux, il fallait donc transpercer les grilles rouges du parc Jean-baptiste Lebas, franchir son portail rue Gosselet, traverser son étroit couloir de briques sous la lumière des spotlight pour y accéder , et préparer nos cerveaux desséchés a subir l’épreuve de réhydratation culturelle. Alors les quelques ampoules suspendues au plafond révèleront les ombres…

Eliott Baillon

  • Site internet : http://www.lhybride.org
  • Prix 4€/mois
  • Adresse : 18 rue Gosselet  (arrêt métro république beaux-art ou mairie de Lille )
  • Ouvert du jeudi au samedi de 19h a minuit

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