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Encore raté ! Ou pourquoi je ne voterai toujours pas Ecolo.

Ah… Eva. Eva, tu fus longtemps pour moi, comme, sans doute, pour beaucoup d’autre petits pipoteux nourris aux grandes idées et aux belles théories, le symbole d’une justice digne, capable de t’élever contre la corruption financière et de frapper au cœur de la toile obscure du vilain Mr. Elf.

Oui, je n’étais pas né, mais je me souviens des commentaires un peu incrédules, un peu fiers, du style ah-oui-ça-c’est-une-bonne-femme qui échappaient aux grands lors des repas de famille. Oui, tu as rendu – le temps que tout ça migre chez Total, bien sûr – Diké un peu plus noble, l’espace de quelques instants, il faudrait pas déconner non plus. D’autre part, le concept d’écologie politique m’a toujours quelque peu laissé sceptique. L’écologie, d’accord, je veux bien. Après tout qui, décemment, hormis Claude Allègre, peut prétendre – sans être payé par une multinationale au bilan carbone aussi chargé que le casier judiciaire de Marc Dutroux – que nous ne courrons pas à notre perte en poussant des cris de joie ? Voilà pourquoi, le 11 avril, j’attendais avec impatience que Mme Joly me confie LA vérité, la réponse à la question que je me pose : c’est quoi, maman, l’écologie politique ??

Eh bien, au terme de sa conférence, je dois l’avouer : je ne vois pas. Alors, oui, nous avons bien eu le droit à quelques commentaires sur le social, soi-disant au cœur du projet politique d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), une curieuse digression sur la nécessaire réforme de l’industrie dans le Nord – j’ignorais qu’il en restait encore, de l’industrie. Se découvrir un secteur secondaire à Roubaix, c’est un peu trouver du lumpen-proletariat au fond de sa poche : on est un peu surpris -, quelques diatribes – un peu convenues quand même – sur le thème de la corruption, c’est mal. Eh beh. Question politique intérieure ? Le nucléaire est dangereux, le gaz de schiste, c’est mal, il faut du bio. Ben, oui. Est-ce qu’il est vraiment besoin d’un parti politique entier pour propulser des arguments dont la logique est difficilement contestable ? Enfin, la politique ne se résume pas à un peu de social – de travail en fait – , et beaucoup d’écologie, a fortiori quand on prétend être à la tête d’une nation telle que la France. Il faut de la Santé, de l’Éducation, de la Sécurité, de l’Immigration – elle en pense quoi de l’immigration, madame Joly ? -, de la Politique Budgétaire, de la RGPP, de la Défense – des cartouches recyclables ? -, et d’une politique étrangère. Toutes sortes de choses sur lequel Mme Eva Joly fut d’un silence de mort. Et puis, la libéralisation du cannabis, c’est une idée, mais ça ne suffira pas à régler le problème des banlieues, quand même.

C’est vrai, je ne suis pas aveugle : je ne conteste nullement la nécessité de l’écologie. Bien entendu, c’est un grave problème. Oui, nous courrons vers un gouffre, et, non, je ne suis pas spécialement heureux à l’idée de finir potentiellement avec plus d’yeux ou de mains que prévu par la nature si jamais Gravelines se la joue explosive, à la Fukushima Daichi. Je conteste en fait l’intérêt d’avoir un parti dont l’unique et seule préoccupation, la seule réponse à toutes les questions qui préoccupent les Français, reste, encore et toujours, l’écologie. J’en veux pour preuve une espèce de chef d’œuvre du genre, qui constituait le programme d’EELV dans mon canton – un repaire de petits bourges catholiques, certes. A tous les problèmes, de l’affaire dite de la plaine de Montesson jusqu’au lycée local, ils ne proposaient qu’un seul type de réponse, que l’on peut résumer facilement sous le titre « du bio ». Mais vraiment, pour tout ! Certes, l’écologie est une préoccupation importante. Certes, les Français ne sont pas inconscients du danger que représente notre société moderne, et sa fuite en avant vers un avenir plutôt glauque si nous continuons. Mais, non, on ne peut pas répondre à tout par de la verdure ! Économie ? Des emplois verts. Des emplois, tout court, déjà, ça ne serait pas du luxe. Éducation ? Des lycées économes en énergie. Et quid des classes surpeuplées, des suppressions de postes professoraux, de la dégradation inquiétante du niveau de financement dans certaines académies, voire de la – pas si absurde – réforme des programmes ? Rien ; nos courageux successeurs lycéens seront toujours cinquante par classe en Terminale avec un programme dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il fait tousser, mais, au moins, ils ne dégageront que peu de CO2, etc. Quelques propositions un peu hors de l’écologie, du genre, l’imposition à la source. Sauf que bon, c’est plus ou moins présent dans tous les autres programmes sauf celui de l’UMP, donc, franchement, on ne voit pas l’intérêt de créer un autre parti, si c’est pour dire pareil que les autres, plus l’écologie à fond. Il me semble qu’il y a un problème de hiérarchisation. L’écologie est la solution à tout me dit-on. Depuis la crise jusqu’à la guerre de Libye ? Une sorte de guérison moderne des écrouelles, quoi. Double emploi, et gâchis de voix. Tous ces militants verts qui militent pour la protection du Koala, chose très belle et très noble, ne pourraient-ils pas le faire aussi bien au PS, au MoDem ? Leurs idées écologistes ne sont pas assez prises au sérieux dans ces partis ? Oui, mais pourquoi ne vont-ils pas les défendre au-dedans, plutôt que de critiquer du dehors ? Dix mille militants au sein du PS n’auraient-ils pas plus de poids sur le programme du parti que deux cents mille à l’extérieur ? L’évolution – nécessaire, indéniable – des partis vers une prise en compte égale de l’économie, des problèmes économiques et sociaux serait bien plus rapide si nos militants EELV allaient militer en masse au sein des structures de ces partis. Car, en fait, toutes les idées qui ne sont pas spécifiquement écologistes sont déjà présentes un peu partout, surtout à gauche, mais on en retrouve jusque chez de Villepin…

Et enfin, les quelques idées principales des écologistes, sont-elles applicables ? Faisons un rêve, imaginons qu’une vague verte survienne en 2012. Sortis de Paris et de Lyon, des milliers de Bobos peints en vert après avoir été roses prennent d’assaut l’Élysée en portant Eva – ou Hulot – sur leurs épaules, au son de l’hymne de nos campagnes, quel qu’il soit. Prenons un exemple simple qui a fait ses preuves : les Japonais tuent des baleines, et mangent du thon rouge. Les Japonais sont méchants, car ces braves bestioles sont en voie de disparition, et ce n’est pas bien de les tuer pour le plaisir égoïste de les manger froid avec des algues. Si l’on applique ce qu’il faut bien appeler, faute d’en avoir vu d’autres, l’Idée de Politique Étrangère d’EELV : on boycotte les méchants qui polluent, tuent des animaux ou exploitent mal les ressources naturelles comme l’uranium, au Nigéria. En plus, ces gens sont corrompus jusqu’à la moelle. Comprendre, corrompu par nous. Fort bien. Boycottons les Japonais. Par mesure de rétorsion, ceux-ci nous boycotterons également. Il se trouve que 56 000 personnes travaillent – en janvier 2010, maintenant, sans doute un peu moins – pour Renault en France. Chacun sait que Renault éponge ses pertes colossales – ça coûte cher, dame ! de révolutionner les transports automobile de fond en comble, la voiture électrique, tout ça – en vampirisant à qui mieux mieux Nissan, dont nous disposons 44.7% des actions ; pas assez donc pour la majorité de contrôle, et nous pouvons nous en faire éjecter assez facilement. Renault n’y survivrait pas. 56 000 chômeurs, la ruine du fleuron automobile national venant défiler devant l’Élysée, voilà qui devrait faire joli au 20H. Ceci est un exemple parmi tant d’autres. La Chine pollue ? Oui. Le comportement de la Chine au Tibet est colonialiste à souhait, criminel et sanglant ? Bien sûr. Seul un maoïste particulièrement obtus (pardon, p’pa) pourrait le nier. Et ? Croyez-vous sérieusement que la France du haut de ses soixante millions d’habitant, avec son industrie en manque criant de débouchés, avec Carrefour qui fait un quart de ses prodigieux bénéfices dans l’Empire du Milieu, que notre économie tiendrait le coup ? Et je ne parle même pas de faillite. Nos courageux entrepreneurs, entre un marché en baisse de la taille de la France, à qui vendre des voitures en rab devient difficile, et un marché en pleine explosion comme la Chine, qui abandonneront-ils ? Je vous laisse deviner, la réponse n’est pas bien difficile. La France peut-elle changer le monde unilatéralement ? On me dira que c’était impossible en 1789, et que nous l’avons pourtant déjà fait. Universalisme, devoir sacré de montrer la Lumière aux pays enténébrés, tout ça, je ne le nie pas. Mais nous n’en avons plus la force, je le crains. Même si nous verdissions du jour au lendemain, comment pourrions-nous contraindre la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, n’importe qui, de cesser de polluer ? Qu’on instaure une taxe carbone ! Et c’est BMW qui se frotte les mains. Merci, l’effet rebond !

Évidemment, ce modeste article n’exprime que mon point de vue au sortir de la conférence de lundi. J’attends avec intérêt et curiosité les futurs débats qui opposeront les candidats aux primaires. En gardant bien à l’esprit que, de fait, la seule puissance, qui, unie et unanime, pourrait réellement influencer le Monde reste l’Union Européenne. Le problème résidant tout de même essentiellement dans le point qu’il faudrait déjà unie et unanime, et ensuite, unie et unanime sous la bannière verte et pas sous celle, par exemple, de l’ultra-libéralisme… On en revient au problème précédent, à savoir la ‘fouthèse’ de mon article : quand bien même la France serait verte, toute seule ne changera – hélas pour nous –pas grand-chose.

Amadev.

(Cet article est dédié à Marie-Antoinette)

 

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