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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Interview : Albert Lecoanet, journaliste freelance à Sydney

Albert, qu’est ce qui t’a donné envie d’être journaliste ?

J’avais ça dans le sang tout petit déjà. Ma grand mère de 98 ans continue de me raconter comment a 4 ans sur la table de la cuisine je l’interviewais avec un micro fictif en me faisait passer pour Leon Zitrone.

Voici les moments clefs qui ont cimenté ma conviction de devenir journaliste : la rencontre a 10 ans a Londres du correspondant du wall street journal, Jonathan Spivac, qui m’a fait une grande impression. Dès ce moment la le mot journalisme est devenu synonyme de « cool, intéressant ». Puis une rencontre a Londres avec un photographe des Inrockuptibles, un passage a la rédac’ de Libé, et finalement les rencontres faites juste avant de tenter le concours du CFJ a Paris.

As-tu suivit un parcours classique pour devenir journaliste ?

Après mon bac (en 1988) j’ai passé deux concours : Sciences Po Paris et le CESEM, une école de commerce européenne (groupe ESC Reims) en partenariat entre autres avec une université londonienne. J’ai opté pour le CESEM qui me permettait de passer deux ans a Londres, un de mes rêves. Après le CESEM, j’ai pris une année sabbatique pour préparer les concours du CFJ, ESJ et CUEJ. J’avais passé l’année d’avant le concours du CFJ et m’étais planté lamentablement. Pendant mon année de préparation aux concours j’étais tout seul dans mon coin sans aide, ce qui prouve que si on est motivé on peut arriver a tout. J’ai ensuite intégré le CFJ (j’était sur liste d’attente a l’ESJ). J’ai passé deux super années d’étude, très portées sur la pratique.

Pourquoi être parti de France ? Les conditions pour exercer ton métier sont-elles meilleures à l’étranger ?

Après 12 ans de carrière en France (du news au documentaire), j’en avais honnêtement marre de l’atmosphère plutôt négative en France dans le milieu journalistique. Je voulais par ailleurs m’établir a New York avec ma femme australienne Liz (un vieux rêve commun). En décembre 2006 on avait prévu de partir en vacance un mois a NY. J’ai par hasard fait le tour des boites avec lesquelles je bossais  pour leur dire que je partais avec ma camera et mon ordo, que s’ils voulaient des sujets je pouvais en faire. Il se trouve qu’à la fois M6, l’agence CAPA et 2p2l/ France24/ Emission personnalités étaient très intéressés par ma présence a NY. J’ai pensé que c’était juste un coup de chance mais je suis reste un mois de plus pour voir, j’ai à nouveau fait plusieurs sujets et 3 ans plus tard ça continuait toujours! Donc il faut tenter sa chance dès que toutes les conditions sont réunies pour que ça aboutisse.

À l’étranger, en tant que correspondant, on est aussi plus libre dans l’organisation de son emploi du temps. Dans mon cas (journaliste reporter d’images capable de faire tout de a a z) j’avais une niche a NY : je m’en sortais financièrement car je faisais le boulot tout seul (donc personne d’autre avec qui partager la pige). J’étais plus rentable pour les chaines ou maisons de production que d’envoyer une équipe de France ou employer une équipe américaine sur place.

En quoi consiste ton métier aujourd’hui ? Quels types de reportages fais-tu ?

Aujourd’hui (depuis un an) j’habite Sydney en Australie, patrie de ma femme. Je continue a faire la correspondance des chaines et maisons de production françaises mais j’essaye activement de bosser pour les médias locaux car je suis résident permanent australien et donc j’ai le droit de bosser localement. C’est pas simple. C’est un tout petit milieu et c’est nettement plus lent que NY en terme de réactivité. Mais il faut être patient, c’est normal, personne ne me connait ici donc, même avec un CV conséquent aujourd’hui, je dois faire mes preuves. Je suis inscrit sur la liste des cameramen news de la chaine ABC (équivalent de la BBC) et je vais donner des cours de journalisme pendant 3 mois dans une université américaine implantée ici. Je continue de travailler pour les Français et au cours des derniers mois j’ai co-réalisé deux documentaires pour Paris Première sur la sexualité dans 6 villes du monde. J’ai tourné ceux à New York et Sydney. C’est dans une série intitulée « Sex in the World Cities ». Sinon j’ai tourné des reportages pour Arte, les news d’M6, l’effet papillon de canal plus,etc. Autrement  je tourne un documentaire auto produit, tout seul dans mon coin, tel que je l’entends (sans chaine ou maison de prod’ sur mon dos), à destination du net et des festivals.

Penses-tu qu’aujourd’hui avec un diplôme de journaliste, on fini pigiste à tous les coups ? As-tu toi même démarré en faisant des piges ?

En 1996, quand je suis sorti du CFJ, il y avait 6 chaînes de télévision et le Saint Graal c’était de finir a TF1. Personnellement j’avais un a priori très négatif sur TF1. Mon but c’était de retourner en Angleterre (ou j’y avais fait 3 ans d’études avant le CFJ) qui pour moi est la terre de la télévision telle qu’elle doit être faite. Le destin en a voulu autrement (dans un 1er temps en tout cas) : le CFJ avait besoin d’ un 3e étudiant diplômé de l’école pour présenter le concours TF1 (mes deux meilleurs amis ayant déjà été choisi). J’y suis allé a reculons et au final j’ai remporté le concours qui m’a donné un an de contrat a la rédaction de TF1. C’est donc comme ça que j’ai commencé ma carrière.  Cette année de contrat  fut très formatrice : tu sors tous les jours en reportage, donc tu apprends sur le tas tous les jours. Ensuite, même si je m’entendais bien avec tout le monde a la rédac’, je suis parti a la pige. C’était un choix personnel, pas simple a faire (en fait j’ai continué a faire des piges a TF1 tout en cherchant ailleurs, ce qui est très courant actuellement mais pas a l’époque et étant donné qu’il n’y avait que 6 chaines et qu’on n’était plus ou moins assuré dans les grandes chaines d’un nombre de piges suffisant pour vivre correctement, c’était prendre le risque de se mettre mal avec TF1 en refusant des piges chez eux parce que j’en avais déjà accepté ailleurs). Au début je me suis beaucoup rongé les ongles a attendre les coups de fil pour du boulot mais finalement ça a paye petit a petit, pige après pige. La clef de la réussite, pour moi (je ne suis pas la bible), c’est d’avoir plusieurs cordes a son arc : savoir être a la fois devant et derrière la camera, savoir monter, mixer, prendre le son, connaître des langues étrangères (en particulier l’anglais), d’avoir plusieurs employeurs différents et d’entretenir la relation avec ces employeurs. Par exemple en les prévenant des périodes quand vous êtes dispo ou pas, aller les voir physiquement de temps en temps juste pour dire bonjour ou prendre un cafe,etc…et ça, ça vaut même si vous n’avez pas encore travaillé pour eux et juste eu un entretien ou envoié un CV. Je dirai même « surtout » si vous n’avez pas encore bossé pour eux : c’est une façon de devenir une partie de leur quotidien par des envois d’emails, des coups de fils et des visites impromptues juste pour les tenir au courant de vos disponibilités.  On ne fini pas pigistes a tous les coups avec un diplôme de journaliste. on peut très bien faire carrière comme dans n’importe quelle entreprise. Les exemples sont légions. c’est une question de choix et je dirais de tempérament. J’ai été plusieurs fois en contrat a durée indéterminée dans ma carrière (a TF1, a l’equipe tv que j’ai aide a construire, en maison de production) et en fait je me suis rendu compte a chaque fois que je préférais la liberté de la pige même si c’est plus instable et plus risqué (tu gagnes potentiellement plus d’argent ceci dit). En gros j’ai préféré prendre mon destin en main plutôt que de le laisser entre les mains de quelqu’un d’autre. encore une fois c’est un choix. Si vous voulez faire carrière dans une boite, il faudra être patient, monter les echellons petit a petit,etc… Sauf si vous gagnez le prix Albert Londres, un Pullitzer ou autre Figra, festival du scoop d’angers ! Ceci dit  la pige ça aide aussi, ainsi le fait que j’ai gagné le prix TF1 m’a ouvert pas mal de porte aussi.  Il faut rester serein et garder son sang froid en tant que pigiste et en tant que journaliste en général, ne pas se laisser impressionner. Un jour on louera votre travail, un autre on vous descendra. Petite anecdote : un jour je rentre de tournage pour les news de TF1 et on m’appelle en salle de montage – toute la boite était au courant parce que l’appel passe sur les hauts parleurs disposes a tous les étages – et souvent ça veut dire que c’est pas bon signe. Le monteur me descend et descend mes images en disant, au comble de l’insulte a l’époque, que c’était digne de France 3 région ! Le lendemain, re-appel, cette fois au téléphone : le monteur du jour voulait me féliciter pour mes images…

Le domaine de la presse écrite est-il plus « bouché » que l’audiovisuel ?

De ce que disent mes collègues en France, c’est clairement plus bouché. C’est différent aux Etats-Unis, en Angleterre et en Australie. L’existence de version internet des journaux a réouvert des opportunités de boulot dans l’écrit. Ceci dit c’est clair qu’actuellement encore l’audiovisuel est dominant et offre le plus de débouchés. Maintenant je serai tenté de dire qu’il ne faut pas aller dans l’audiovisuel parce que c’est là qu’il y a plus de débouché. Il faut aller là ou votre coeur et vos tripes vous disent d’aller. A quoi ça sert d’être trader et gagner des millions si vous voulez être acteur de cinema ? Vous allez être malheureux comme des pierres dans votre Penthouse et dans votre Ferrari ! C’est le choix que j’ai fais. Si j’avais suivi la 1ère voie que j’avais prise (diplôme d’école de commerce) je bosserai en costard cravate a la défense et je serai cadre sup’ avec un compte en banque bien approvisionné, mais je serais malheureux… On n’est pas sur cette planète pour très longtemps alors autant aller droit au but et explorer les voies qui nous tiennent a coeur. Si j’avais écouté tous les avis au lycée et mes propres doutes qui me disaient « c’est bouché le journalisme », « tu vas pas y arriver », « ton orthographe est atroce! », je ne serai pas journaliste aujourd’hui. Le plus important c’est de ne pas avoir de regret. Si vous avez un rêve, une envie, un désir, vous vous le devez  au moins essayer de le réaliser. Et si ça ne marche pas ça marche pas mais au moins vous n’aurez pas de regret et vous ne vous direz pas éternellement « ah! si seulement j’avais essaye…! »

Selon toi, quels sont les trois qualités que doit posséder un journaliste ? 

deux classiques et une moins :

– la curiosité/l’intérêt pour les gens, le monde.

– la ténacité, le désir d’aller au fond des choses et d’explorer toutes les voies d’une histoire

– l’amour de la vie et des êtres humains + la bonne humeur/l’humour

Si tu n’avais qu’un seul conseil à donner à ceux qui veulent passer le concours de l’ESJ, quel serait-il ?

Soyez prêts ! Prenez le temps de vous préparer consciencieusement pour qu’une fois le jour du concours arrivé, vous puissiez vous dire « j’ai fait tout mon possible pour être prêt, maintenant j’ai plus rien a perdre, je vais au concours serein, tranquillement en donnant le meilleur de moi même sans stress car je n’ai plus rien a perdre. Si je suis pris tant mieux, si je ne le suis pas tant pis ça veut dire que la vie me réserve quelque chose de mieux au coin de la rue (cette dernière phrase peut d’ailleurs être appliquée pour tout dans la vie0″…en gros n’ayez pas peur, soyez serein

Si tu pouvais tout recommencer, ferais-tu les mêmes choix ?

Oui. Absolument !

Ste internet d’Albert Lecoanet : www.alecoanet.com. Et n’hésitez pas à en apprendre plus par mails (demandez le à L’Apostrophe)

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