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Un thé au Sahara, Bernardo Bertolucci (1990)

Parmi tous les acteurs de l’histoire, l’Afrique en est le principal. « Un thé au Sahara » est un film pour aventuriers qui voyagent au fond de leurs canapés. Bertolucci filme une Afrique rêvée, un continent qui enchante les sens, un territoire où les héros viennent se perdre pour mieux se retrouver.


Une marche dans le désert et le silence fait place au vent pendant 15 minutes. Ici, le réalisateur n’a pas peur de filmer longuement les visages, les paysages, et pourtant jamais on ne s’ennuie. On prend le temps d’admirer la danse des pas calmes d’un bédouin, la respiration saccadée d’un enfant qui marche dans le sable. La beauté et la sensualité des femmes, la chaleur et la vivacité des costumes nous font penser aux tableaux des orientalistes tels Delacroix, Ingres et Chassériau, qui prenaient tant de plaisir à peindre les cascades de corps, d’étoffes et de couleurs.
Contrairement à l’excès d’esthétisme d’un « Australia », on suit une aventure où, comme dans « Out of Africa », la lumière naturelle suffit à sublimer les paysages. Mais Un thé au Sahara n’a pas l’ambition limitée d’un film-tableau. La subtilité et la grâce de l’histoire valent le détour.

Port et Kit Moresby, qui forment un couple en déliquescence, décident de traverser le désert pour retrouver le souffle qu’il leur manque. Tunner, riche homme d’affaire américain les accompagne dans leur périple.
Les non-dit de Port et Kit sont comme une épaisse couche de glaise qui pèse sur leurs relations et le spectateur subit la lourdeur de l’ambiance comme un enfant assistant à la dispute de ses parents. Dès l’arrivée en Tunisie l’adultère rode, Port se perd dans la nuit noire propice au vice, tandis que Kit se laisse courtiser par Tunner. Leur avancée dans le désert ne fera qu’attiser la haine et le dégoût qui transparaissent jusque dans leurs ébats.

On suit avec plaisir ce trio qui n’échappe pas à la règle de l’exclusion de l’un pour permettre l’amour des deux autres. Malkovitch, qui savait jouer des grands rôles avant de vendre du café, est froid, distant, salaud et répugnant… on adore le détester. Tunner (Campbell Scott) lui, est trop léger, trop charmeur, sans personnalité forte. Il est le personnage le moins creusé et nous est juste indifférent, cette fadeur constitue à mon sens la faiblesse du scénario.  Mais le personnage principal, Kit Moresby (Debra Winger), nous fait oublier toutes les petites imperfections du film. Elle joue à merveille la femme esseulée, comblant sa détresse sentimentale en s’offrant aux hommes. Privé de l’amour de son mari, elle se perd dans des relations charnelles pour se sentir vivre et aimer.

Rencontrant la souffrance, l’errance et la mort, les deux conjoints blessés par la vie acquièrent au fil du temps une grandeur d’âme et une puissance dramatique qui nous font tomber amoureux du film.

Maxime Rousseau

Durée : 135 minutes (2 heures 15)

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