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La campagne présidentielle, sources d’appauvrissement du débat politique ?

Nous sommes encore à plus d’un an des élections présidentielles et déjà les candidatures fleurissent, tout comme les émissions consacrées au sujet, sans parler de la place qu’on leur donne en général dans les médias… Vous allez me dire « c’est normal, c’est une période importante de notre vie politique, il faut en parler ! » et je vais vous répondre que je ne suis pas d’accord.


Cela fait déjà au moins 6 mois que 2012 est sur toutes les lèvres. Nicolas Sarkozy ne peut pas faire un discours sans qu’on l’interprète comme une tentative de remontée dans les sondage, Martine Aubry (ou toute autre figure importantes du PS) ne peut faire un geste sans qu’on observe les réactions des autres membres du parti afin de savoir si cela constitue un détachement dans la course aux primaires… Cela paraît sans importance. Ce ne serait que le fait des journalistes, cherchant des histoires croustillantes afin de faire vendre leurs papiers, mais en réalité ce n’est pas sans conséquences.

Tout d’abord avant de nous concentrer sur la présidence de 2012 à 2017, nous ferions mieux de nous intéresser à l’actuelle. Mine de rien, Nicolas Sarkozy à encore plus d’un cinquième de son mandat à effectuer et cette partie est d’une grande importance même si elle n’en a pas l’air. Il est sans doute vrai que la dépendance est nettement moins attrayante que la question des retraites et que le gouvernement semble prendre un peu de repos après avoir dépensé beaucoup d’énergie sur ce dernier dossier. Pour l’instant, les seuls projets potentiellement intéressants sont tués dans l’œuf. Un exemple : la question de la légalisation de l’euthanasie. Le texte a été voté au Sénat mais amendé à l’Assemblée de telle manière que tout l’intérêt de la question s’est envolé. En revanche, au niveau international, cette dernière ligne droite est très importante.

En effet, la France préside le G8 et le G20 pendant l’année 2011. Cela signifie que notre pays a une chance de retrouver un petit peu de sa superbe et de poids dans les débats internationaux, choses qui lui font actuellement défaut. Dans cette perspective, se centrer sur 2012 peut nous être préjudiciable. Par exemple, après la conférence de presse de M.Sarkozy du 24 janvier dernier, les commentaires allaient déjà de bon train. Pourtant deux sujets assez importants y ont été abordés. Le premier concerne la question de la taxe Tobin, taxation des transactions monétaire suggérée en 1972 par le prix Nobel d’économie James Tobin et revendication récurrente des partis de gauche depuis une vingtaine d’années. L’autre point, soulevé concerne la mise en place d’un socle de protection sociale qui consisterait en un « minimum de protection sociale (ce qui) signifie l’accès aux services essentiels et aux transferts sociaux pour les plus pauvres et les plus vulnérables » d’après l’explication qu’en a donné, en juin dernier, Michael Cichon, directeur du département de la sécurité sociale au Bureau International du Travail. Ces questions majeures sont deux solutions plausibles dans l’optique d’une amélioration de la situation économique et sociale mondiale. La taxe Tobin pourrait permettre de freiner les spéculations boursières qui semblent être retombées dans les mêmes travers que ceux ayant causé le marasme économique actuel. Le « socle de protection sociale », de son côté, rendrait possible la mise en place d’un accès universel aux services de santé ou encore d’établir un revenu de complément et une sécurité du revenu ou de subsistance. Cela passerait par le renforcement des prérogatives de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Ces deux questions, bien qu’assez utopiques, pourraient donc avoir une place de choix dans les discussions mondiales afin de trouver les moyens possibles à leur adaptation aux contraintes de la réalité. Mais à peine Nicolas Sarkozy était-il sorti de sa conférence de presse que l’antisarkozysme primaire refaisait surface. Les commentateurs et autres Hommes politiques dénonçaient un « paradoxe sarkozyste » : faire le contraire à l’extérieur de notre pays de ce qu’il fait à l’intérieur. En effet, ici, ses propositions ont un caractère social qu’on retrouve peu dans sa politique intérieure. Mais au lieu de s’en réjouir, cela n’a été que pointé du doigt, à l’image de l’intervention de Laurent Fabius, sur le plateau de l’émission télévisée Mots Croisés du mardi 25 janvier. Rares ont été les soutiens. De ce fait, comment pourrons-nous conduire les débats mondiaux d’une façon satisfaisante si, même lorsque nous sommes d’accord sur le fond, nous n’arrivons pas à faire preuve d’unité ? Malheureusement, ce sera difficile. Tant que 2012 sera dans les esprits, aucun des possibles adversaires du président actuel ne se risquera à lui apporter son soutien. Cela pourrait être mal vu par leurs potentiels électeurs. Ainsi ils placent leurs intérêts particuliers avant l’intérêt général… et ils prétendent à diriger notre pays ?

Autre conséquence de cette prégnance des élections présidentielles dans les médias est la contamination du personnel politique (à moins que la relation de cause à effet ne soit en réalité inversée). Aujourd’hui, hommes et femmes politiques ne font plus un geste sans que celui-ci ait en ligne de mire le Saint-Graal, à savoir une chambre à l’Elysée. Ainsi dans un premier temps, les candidatures se sont multipliées, de Ségolène Royale à Hervé Morin en passant par Christine Boutin, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (attention, je ne compare en aucun cas les idéologie de ces 2 derniers… Il vaut mieux le préciser…). Par ailleurs, et comme évoqué plus tôt, montrer un quelconque lien avec le président actuel est totalement prohibé. Tomber dans la facilité de la critique populiste est tellement plus efficace. Plus grave encore, notre principal parti d’opposition en a oublié son rôle, préférant se concentrer sur sa stratégie en vue de 2012. Octobre, est-ce trop tôt ou trop tard ? Cela favorise-t-il DSK ou non ? Faut-il le favoriser ? Doit-on faire des alliances ? Si oui, faut-il les respecter ? Telles sont actuellement les questions qui préoccupent le PS. Cela est tellement plus important que l’organisation des réunions entre les grandes puissances mondiales.

Mais les figures des partis non majoritaires ne sont pas les seuls concernés ! A droite, c’est la même chanson. L’ex UDF essaie de se détacher de l’ex RPR avec lequel il forme l’UMP depuis 2002. Certains de ses cadres se verraient bien occuper le plus haut rang de l’Etat pendant 5 ans, surtout Hervé Morin que l’on voit très actif depuis son départ du gouvernement. Même le chef de l’Etat s’est prêté au jeu. Lors de la visite de Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI, à l’Elysée en novembre dernier, M.Sarkozy lui a serré chaleureusement la main, afin de montrer qu’il n’était pas si différent de son principal adversaire en vue de 2012, selon les sondages du moment qui se sont modifiés depuis.

Ainsi il est nécessaire que l’on calme le jeu. Maintenant que le calendrier est fixé, nous parlerons des primaires du Parti Socialiste en temps voulu. Maintenant que Marine Le Pen a succédé à son père et que J-L Mélenchon a été investi, remettons leurs partis à leur place, arrêtons de les voir tous les 2 jours sur un plateau de télévision (cela risque même, si ça continue, de leur être défavorable). Reprenons le cours normal des choses en essayant de profiter au maximum de l’opportunité qui nous est offerte d’être au centre du monde sans pour autant être ridicules. Prenons pour une fois exemple sur nos amis d’outre-Atlantique… Vous avez entendu, vous, quelqu’un se déclarer candidat à leur élection présidentielle ? Alors que comme la notre, celle-ci aura lieu en 2012.

Nicolas Picquet

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