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Carnet de 3A – Stage en Afrique du Sud

Simon a effectué un stage de huit mois pour le parti sud-africain Democratic Alliance. Il raconte son quotidien en Afrique du Sud.

Simon, comment as-tu trouvé ton stage ?

C’est une longue histoire. Je voulais absolument partir en Afrique du Sud parce que c’était un pays qui me fascinait. J’ai commencé par le bas de l’échelle : les petites ONG, les petits lobbys. Après plus de 2-3 mois de recherches sur Internet, je n’avais aucune réponse, en mars, à mes 200 candidatures.

Finalement, je me suis dit que j’allais candidater auprès des institutions les plus hautes : les cabinets ministériels, la Banque centrale africaine. J’ai ensuite eu l’idée de contacter les parlementaires sud-africains. C’est plus facile quand l’ensemble de leurs adresses e-mail est sur le site Internet du Parlement. J’ai envoyé une dizaine de CV-Lettre de motivations. Et sans le vouloir, j’ai envoyé une candidature à l’ex-candidat à la présidentielle qui avait obtenu le deuxième score. Il m’a répondu dans l’heure par la positive. Pour résumer, un coup de chance monumental et une bonne dose de culot.

Qu’est ce qu’on t’a proposé concrètement ?

On m’a proposé un stage dans le premier parti d’opposition qui compte 70 parlementaires. Je travaillais dans leur « Research Department » qui est en fait la direction du back office : c’est un lieu d’expertise, qui permet aux parlementaires de se positionner sur les projets de loi du gouvernement et de préparer leurs propositions de loi ainsi que leurs discours. Concrètement, un projet de loi sur le temps de travail demande des économistes en soutien pour déterminer la position du parti. 6 collègues constituaient le staff. S’ils avaient besoin d’un appui sur un dossier, une aide, je me portais volontaire. Tous les problèmes de politiques publiques en Afrique du Sud sont ainsi passées sur mon bureau : beaucoup de droit, d’économie, d’histoire aussi. Je devais rédiger des papers de 3-4 pages environ tous les 2 jours.

Qu’est ce que tu pouvais apporter ?

Déjà, la façon de réfléchir Sciences Po. Quand on te donne un paper à faire sur la législation vis-à-vis de l’avortement, il faut faire des recherches mais aussi organiser sa pensée. Donc la formation tamponnée « Sciences Po Lille » m’a énormément apporté sur ce point. C’est aussi vrai pour les présentations orales devant l’équipe, car l’aisance qu’on acquiert à Sciences Po est rare chez les autres diplômés.

Ensuite je me montrais toujours disponible. Cela m’a permis de me voir associé à des projets sur le long terme où l’investissement personnel n’était pas négligeable. Le fait d’avoir cet horizon en permanence, d’apporter cette touche « Sciences Po », de prendre des initiatives, m’a considérablement ouvert des portes tout au long de mon stage jusqu’à me donner une réelle place de collègue à part entière au sein de l’équipe quand il toucha à sa fin.

Tu avais des heures fixes de bureau ?

Non, c’est beaucoup plus libre qu’à l’université. On te donne une deadline, tu peux ne pas travailler de toute la journée, tant que tu la respectes, aucun reproche ne te sera fait. On gère comme on veut son temps de travail et c’est l’un des grands avantages du stage.

Tu arrivais à te cadrer ?

Au début c’est pas facile parce qu’on sort de l’IEP. Il faut tout de suite se lancer dans le stage, le début est le plus important. Il faut être assez mature pour se prendre en autonomie.

Quel est l’avantage de celui qui fait un stage par rapport à celui qui est allé à l’université ?

Apprendre à être autonome et surtout apprendre à bosser en équipe, c’est fondamental, et c’est moins en échange universitaire qu’on apprend ça. Se caler avec les collègues, se répartir les tâches, s’insérer dans une équipe, c’est formateur pour l’avenir de tous les diplômés de Sciences Po Lille.

Les projets sur le long terme m’ont aussi considérablement appris. Car j’ai dû, par exemple, organiser une conférence de presse avec la porte-parole du parti sur le lancement de la Coupe du Monde de football. C’est ce genre de choses qui font la différence dans une candidature.

8 mois de stage, ce n’était pas trop long ?

Non pas du tout, le temps de maîtriser la langue, de comprendre comment fonctionne le pays, son histoire, c’est très chronophage. Et plus le temps passe, plus on donne au stagiaire des choses intéressantes à faire. Je n’ai réellement pas vu le temps passer.

L’Afrique du Sud, est-ce un pays dangereux ?

C’est sûr que par rapport à Lille, ça n’a rien à voir ! Quand, à l’aéroport, on manque une agression, qu’il faut faire attention au taxi, qu’une arnaque n’est jamais loin, on comprend vite qu’il faut s’extraire du mode de vie et de pensée occidental. Se balader avec un appareil photo dans la rue c’est dangereux, téléphoner sur un trottoir n’est pas anodin en Afrique du Sud. J’ai passé deux semaines à Johannesburg (ndlr : capitale économique), une des villes les plus dangereuses du Monde et pourtant, je suis bien rentré vivant de ma 3A. Des conseils pratiques sont peut-être plus utiles. Cependant, je pense que la sécurité est en constante amélioration, la Coupe du Monde a joué un rôle positif au moins dans ce secteur.

Qu’en est-il de la pauvreté ?

C’est le troisième pays au Monde où les inégalités sont les plus fortes. Mais on ne voit pas la pauvreté si on ne va pas la chercher. La tension vient en fait de la proximité entre des centres ville très riches et les townships juste autour. Personnellement, j’ai vécu avec de l’eau, du gaz, de l’électricité, j’avais une voiture. Mais si on veut voir la pauvreté on peut se balader dans les kilomètres de bidonvilles. C’est pour cela que l’Afrique du Sud a réussi à organiser la Coupe du monde, c’est qu’ils ont réussi à chasser pour mieux cacher cette misère. Mais je n’ai pas été ému comme quelqu’un qui passe un an dans une ONG là-bas. Si tu commences à t’émouvoir pour chaque chose que tu peux voir là-bas, tu n’en finis pas : j’ai assisté à un meurtre, bon voilà ça arrive, il ne faut pas s’arrêter là.

Si tu n’avais qu’un événement à retenir ?

J’en ai plusieurs. Tiens, peut-être le plus fort : une matinée de travail normal derrière l’ordinateur. Les collègues subissaient le même sort quand entre dans le bureau Helen ZILLE, leader de la Democratic Alliance, mon employeur. Elle vient discuter avec chacun de nous, prendre le pouls du travail qui est fait au coeur de son parti. Elle s’est déjà présentée aux élections présidentielles où elle a obtenu 16 %, 2e score après l’ANC (65%). Quand elle se représentera aux élections de 2014, cela fera chaud au coeur.

Pour finir, selon toi, quelle est la chose à ne pas manquer dans la région ?

Faire un saut en élastique aux chutes de Victoria au Zimbabwe. Ce sont les plus grandes chutes d’eau d’Afrique, le saut est à peu près sûr et ça ne coûte rien.

Ensuite j’ai passé deux semaines à Soweto dans le township de Johannesburg. Quand on est touriste, tous les guides déconseillent d’y aller. Mais je connaissais quelqu’un qui y habitait et m’y a accueilli pendant 10 jours. C’était les 10 jours les plus hallucinants de ma vie. Soweto, c’est le bidonville en renaissance par excellence, qui s’en sort par la débrouille, qui s’enrichit. Il y a des maisons toutes neuves avec des pelouses coupées au centimètre, la fameuse maison de Mandela, celle de Desmond Tutu (prix Nobel de la paix). Mais il faut y aller à pied avec des locaux. J’ai pu m’y promener la nuit sans problème, les gens qui voient un Blanc dans la rue sont de manière générale très accueillants. Les locaux veulent t’inviter chez eux pour le dîner, les jeunes veulent t’entendre parler de la France. A ne manquer sous aucun prétexte.

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