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Valse avec Bashir

Un soir, dans un bar, un ami du réalisateur raconte à celui-ci les cauchemars renvoyant à la période où ceux-ci combattaient au Liban; cauchemars qui le hantent depuis quelques temps. Ces confidences font prendre conscience au narrateur que lui-même n’a aucun souvenir des évènements de 1982, qu’il a pourtant aussi vécus. A partir de là, recouvrer la mémoire devient une obsession.

Il se lance alors dans une quête intérieure pour comprendre la raison de ce refoulement, et découvrir quel a été son rôle dans les massacres de Sabra et Chatila, perpétrés au Sud Liban contre les Palestiniens à cette époque. Cela le mène ainsi à rencontrer d’anciens protagonistes des évènements qui semblent tout aussi perdus que lui. Au cours du film, et à mesure que la mémoire revient à Ari Folman, la reconstruction s’opère, le déroulement des massacres se précise. Il est nécessaire d’ajouter que les témoignages présentés dans ce film sont ceux de soldats ayant réellement participé à ces évènements, et que la plupart témoignent sous leur identité réelle.

Le film se présente sous les traits d’un film d’animation aux images sombres, imprécises, dures;  ce qui peut provoquer une réticence au premier abord, mais qui permet réellement de rentrer dans l’atmosphère torturée de l’esprit de Folman. Les musiques sur lesquelles il s’appuie achèvent de nous transporter au Liban en 1982, au sein d’une jeunesse perdue, qui ne désire pas particulièrement se battre et n’assume pas la réalité et la violence de ce qu’elle voit et fait. Ari et ses amis ne se souviennent plus précisément des évènements. Comme au sortir d’un rêve agité. D’ailleurs, c’est dans son son sommeil que toutes les images du fait « oublié » reviennent chez Boaz, l’ami d’Ari. Le réalisateur veut-il nous dire qu’il vécu les massacres en acteur jouant un script étrangement intégré ? Des hommes qui assistèrent l’horreur, en y participant par leur absence de contestation. Ces jeunes soldats, pas directement impliqués, mais entièrement responsables, préfèrent enfouir leur mémoire dans d’obscurs cauchemars. Mais qui pense encore que les cauchemars ne sont que pure production de l’esprit ? On se balade ainsi constamment entre la fiction et le documentaire, le rêve et la réalité, les témoignages et les scènes de guerre.

Si on devait ne retenir qu’une scène de Valse avec Bachir, ce serait celle-ci : imaginez une forêt, des arbres en fleurs. Une scène calme, paisible. Des soldats avancent, en rang, insouciants. Là, un petit garçon se tient, seul, planté au milieu du chemin. A la main, une arme. La scène, initialement presque féérique, est le prélude à une effusion de sang. Mélange obscène d’innocente poésie et de barbarie crue. L’éden et l’enfer se confondent, pour mieux souligner la vacuité de tels concepts ici. Les soldats israéliens se défendent d’un gamin tenant un bazooka. Tuer sauvagement un enfant qui ne comprend pas ce qu’il fait. Absurdité et désolation, comme parabole de la tuerie qui se prépare.

Valse avec Bachir est une valse saccadée, hésitante et qui laisse un goût amer en bouche. On se sent voyeur, on hésite, avec le narrateur, à découvrir la vérité. Ce film est au final très humain, centré sur une poignée de personnages, et il permet d’explorer les mystères de l’oubli, les affres de la culpabilité. On accompagne le réalisateur dans une sorte de thérapie, lui-même admettant s’être fortement inspiré de son vécu pour réaliser ce film.

Finalement, le film se pose à la fois comme un voyage psychanalytique et comme un assemblage de témoignages à valeur historique. Un film torturé, torturant, mais qui gagne à être vu, puisqu’il nous fait découvrir une tranche de l’histoire trop peu enseignée et qu’il nous permet également de nous interroger sur les dimensions profondes de la mémoire à taille humaine.

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