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Carnet de 3A – Stagiaire au Cambodge

Laure a effectué un stage au Petitjournal.com à Phnom Penh. Elle raconte son quotidien au Cambodge.

Qui es-tu, où es-tu, que fais-tu et comment as-tu trouvé ton stage ?

Je suis Laure, j’habite à Phnom Penh au Cambodge depuis la mi-septembre. Je travaille au Petitjournal.com,le journal des expatriés français et des francophones de l’étranger, pour l’édition du Cambodge. Ce sont des Français qui ont lancé le principe depuis Paris, et les personnes intéressées peuvent leur acheter une licence pour lancer de nouvelles éditions locales. Au Cambodge, c’est le seul média francophone en ligne.

Parle-nous un peu de la ville dans laquelle tu te trouves.

Phnom Penh signifie la colline de Madame Penh et pourtant la ville est plate comme Lille. Phnom Penh est asiatique, surprenante, odorante, contrastée. Sur les rives du Tonlé Sap et du Mékong, les restaurants pour les expatriés sont légion et les prostituées nombreuses ; dans mon quartier je suis la seule expatriée et les commerçants font très attention à moi. A Phnom Penh, il est parfaitement possible de vivre au sein d’un cercle d’étrangers, de ne jamais manger de riz, d’aller à la bibliothèque, au cinéma, et au supermarché. Pour les curieux, les marchés locaux regorgent de trucs bizarres à goûter, les boui-boui où on mange pour un dollar sont sympas. Du fait de l’histoire du pays, (le régime des Khmers Rouges, la guerre avec le Vietnam) les bâtiments sont très neufs mais on peut avoir quelques surprises architecturales si on ouvre l’oeil. Il y a des pagodes un peu partout, les couleurs sont géniales sur le grand ciel bleu quotidien. Expatriés et khmers se déplacent en motodop (mototaxi), en tuk-tuk et en vélo. Il fait vraiment bon vivre à Phnom Penh : la ville est à taille humaine, l’accueil des khmers est globalement très bon, et on sent assez peu le stress inhérent à la vie dans une capitale. Asseyez-vous à la terrasse d’un café pendant trente minutes, et vous verrez des trucs de fou.

Cependant, il ne faut pas oublier la pauvreté extrême, visible dans les rues, les gamins qui ramassent les ordures, les ados qui sniffent de la colle et le tourisme sexuel qui explose. Phnom Penh a le soleil du paradis et les bas-fonds de l’enfer. Les Lexus fleurissent dans les rues, et les culs de jatte, qui ont sauté sur des mines ou se sont fait torturés par la clique de Pol Pot, mendient.

Je m’arrête là, mais je pourrais parler pendant des heures.

Quels sont les atouts et les inconvénients de ton stage et de ta vie d’expatriée ?

Au niveau professionnel, nous ne sommes que deux pour faire tourner le journal. Tout repose donc sur les épaules de deux stagiaires, étudiantes en sciences politiques en France … Lorsque tout roule, on a la banane mais quand ça commence à devenir difficile pour des raisons diverses (technologie récalcitrante, contact qui ne répond toujours pas, histoires de deadline) on sait qu’il n’y a personne pour nous rattraper et que notre supérieur ne nous loupera pas. Un peu de pression, donc. Mais quand on sort un bon article, ou un entretien qui n’a pas encore été fait par les autres médias, on est fières. Sans nous en rendre compte, on passe notre temps avec nos cartes professionnelles dans la poche à promouvoir ce journal qui n’est pas très connu. Même s’il y a des moments difficiles, je pense que c’est une expérience assez unique en terme de responsabilités, pour quelqu’un qui n’est pas diplômé. Oh, et récemment on s’est fait hackés : un malin a changé le nom d’un de nos chroniqueurs, très controversé.

Pour une française, la vie à Phnom Penh est facile. Il est facile de rencontrer du monde, facile de se balader, facile de manger pour un dollar. Il y a bien quelques cambriolages et quelques vols à l’arraché, mais globalement pas de gros soucis de sécurité. Le régime politique, une monarchie parlementaire assez musclée, est stable. Le pays fait partie des Pays les Moins Avancés (PMA) et c’est le deuxième ou troisième mondial en terme de corruption. Elle est incontournable.

Pour ma part, j’ai une expérience assez particulière puisque je vis dans un quartier complètement khmer sans chien féroce ni garde de nuit. Mes colocataires ont entre 21 et 29 ans, ils sont tous khmers. En ce moment et pendant encore un mois, la seule colocataire qui parlait anglais et français est partie en Europe. Je pratique donc la langue.

Au quotidien, la cohabitation est facile. Je fais preuve de souplesse, eux aussi, et ils n’abandonnent jamais quand je ne comprends pas. Bon, je me suis fait enfermée dehors et être à deux heures du matin sur le pavé n’est pas bien agréable, ils m’ont piqué mon vélo, mes chaussures, mais on rigole bien.

La plus grosse difficulté en tant qu’expatrié(e) c’est de ne pas s’aigrir. C’est vrai qu’ici, tout va plus lentement, les chauffeurs de motodop ne disent jamais qu’ils ne savent pas où tel endroit se trouve, … Il faut l’accepter, ou sinon on se pourrit la vie. Apprendre la langue permet vraiment de résoudre tous ces petits problèmes. Un second souci est de vouloir parler “des khmers” comme s’ils avaient “une mentalité” particulière. La pratique est courante. C’est sur qu’à première vue, il y a une grande altérité entre “les khmers” et nous. Pourtant, quand on se donne la peine de creuser trente secondes, nous avons les mêmes préoccupations, les mêmes peines et les mêmes joies. Alors mollo, bande d’expats !

Ah oui, quand même : ici ils servent la bière (déjà pas terrible) sur des glaçons. Ca, ça pourrait me faire craquer à la longue.

Pour ceux qui vont se rendre dans le pays où tu es, tu as des conseils pratiques à donner ?

Je ne sais pas si les étudiants de Sciences Po Lille vont souvent au Cambodge. Si certains des 2A sont intéressés par ce pays, sachez qu’il y a beaucoup d’opportunités pour vous ici. En travaillant au Cambodge, vous aurez des responsabilités inespérées. Vous pouvez contacter France Volontaires, ils sont trois mais ils abattent un boulot formidable.

Au-delà de conseils pratiques, je dirais qu’il faut être curieux et se préparer à vivre des choses extraordinaires tout en étant témoin de drames absolus. Une expérience cambodgienne ne laisse pas indemne.

Quels sont les endroits incontournables à visiter dans les environs ?

Dans les environs de Phnom Penh, il y a Udong, l’ancienne capitale, Tonlé Bati, un super lac où on peut aller pique-niquer sur l’eau… Et surtout des kilomètres de pistes à travers les villages, à parcourir en moto en s’arrêtant tous les 100 mètres pour prendre des photos. Le reste du pays est extraordinaire : d’abord il y a Angkor, ça se passe de commentaire tellement c’est beau, et ensuite et bien … Chaque province a son lot de surprises !

Tu as déjà un bon souvenir à nous raconter ?

Hier matin, le lever du soleil sur le Tonlé Sap. Les soirées avec mes colocs en mangeant du riz par terre tellement on est nombreux parce qu’ils ont invité 12 personnes. Le mariage khmer où je me suis rendue. Une fois, j’ai vu trois carcasses de porcs sur une moto. Un bain de minuit à Sihanoukville. Hier, trois gamins se jetaient, à poil, d’une haut d’une fontaine.

Tu as un blog? Tu as quelques lignes pour nous donner envie de le visiter!

J’ai commencé un blog sous d’autres latitudes, lors de mon stage au Liban : https://libancambodge.wordpress.com. Maintenant, j’en suis à Amok (un plat de poisson au lait de coco). Je publie de manière irrégulière des récits et des photos. J’essaie d’être au carrefour de la chronique personnelle, du carnet de voyage et du témoignage.

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