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Carnet de 3A – L’Université d’Ottawa

Julien Rossi a passé un an à l’université d’Ottawa. Il raconte son quotidien canadien.

1) Qui es-tu, où es-tu, que fais-tu?

Je suis Julien Rossi, je suis dans la caféteria autogérée de l’université d’Ottawa en train de siroter un thé à la menthe pour me rafraichir de la température sahélienne de 10 degrés Celsius qui nous écrase à l’extérieur. Ne vous moquez pas : il faisait -20 y a une semaine. Donc, une différence de trente degrés. Un peu comme si du jour au lendemain le mercure passait de 10 degrés à 40 degrés. Accessoirement, j’écris un article sur OpenOffice, à défaut de pouvoir installer LibreOffice sur un netbook ARM, pour l’Apostrophe. Au sujet d’Ottawa, la capitale fédérale du Canada, la place to être… ou presque. Enfin, peut-être.

2) Pourquoi avoir choisi cette université ? Parle-nous un peu de la vie de Campus …

Non mais là en fait c’est deux questions alors je vais les séparer comme un rebelle, t’as vu ?

Donc d’abord : pourquoi j’ai choisi cette fac ?

Ben, d’abord, Sciences Po Lille, dans son admirable efficience, a omis de préciser dans la liste des partenariats 2011-2012 que si on choisissait la fac d’Ottawa, on ne pourrait faire ni droit ni management. Erreur cocasse, s’il en est, qui a fait que j’ai cru pouvoir prendre de tels cours, en anglais, tout en ayant la possibilité de prendre aussi des cours en français pour alléger ma charge de travail et profiter d’une expérience exotique par -30 degrés. Donc voilà, en gros, c’était en théorie un des seuls endroits où je devais pouvoir étudier ce que je veux. En plus, y a plein de partenariats entre l’IEP et le Canada, donc c’est l’fun pour voyager, parce que je connais pas mal de chums qui ont sacré leur camp dans d’autres cités de Nouvelle-France (l’OAS c’est des moumounes, moi je revendique le Canada Français ! Comme le Grand Charles de son temps!)

À ce sujet, je souhaite rajouter un détail assez rigolo. Quand j’ai appelé, et j’ai eu cinq interlocuteurs, l’université d’Ottawa et les diverses facultés et services concernés, pour demander si je pouvais prendre des cours de management en tant qu’étudiant en échange provenant de l’IEP de Lille, on m’a dit que : oui. J’arrive : on me dit que finalement en fait non. M’aurait-on menti ?

Quant à la vie sur le campus… ben, pour donner une idée de l’ambiance, le style architectural qui à l’époque excitait l’imagination des « architectes » qui ont fait d’Ottawa Ottawa, c’était le brutalisme (voir photo à droite). La B.U., du coup, ressemble à un donjon du XXe siècle, un gros bloc de béton gris foncé, sur une neige blanche flashy et sous un ciel gris clair. Qui a dit que « les nuances de gris ça flashe sur le blanc » devait forcément se limiter au Disneyland du socialisme réel (la Sibérie, pour les intimes) ? Enfin cela dit, y a aussi des endroits sympas. Normal, le campus est quand même pas mal grand. Ainsi, la caféteria autogérée, et les deux bars autogérés, sont des lieu plutôt sympas, à condition de pas demander de la bière avant midi, parce que la bière avant midi « it’s forbidden by Ontarian law » et surtout « it’s sick ». Que la Moule les écrabouille.

Y a aussi un ring de hockey. C’est rigolo à voir. On dit même qu’outre ces joutes à l’humeur potache mélangeant patinage artistique et brutalité hunnique, la fac d’Ottawa « manque tellement de moyens » qu’ils organisent des exams dans cette salle. Les manteaux étant interdits, on se demandera pourquoi que les notes à de tels exams sont à ce point comparables à l’IDH du Sud-Soudan. Blague à part, les games de hockey sont plutôt l’fun.

Par rapport au « manque tellement de moyens », qui est comment l’université justifie des hausses annuelles de frais allant jusqu’au double du taux d’inflation (5%, le maximum permis par les lois de la province), je tiens à préciser qu’ici, non seulement on paye ces frais, mais un tas de frais annexes, en particulier pour les packs de photocopies de cours, et que les frais sont entre 6000 et quelques dollars et 18000 dollars pour les internationaux. Je vous raconte pas la gaspillage, ni même comment cette université est à comparer aux universités françaises en termes de classements et de résultats académiques. Qui a dit que « la valeur d’un diplôme c’est son prix » ? Bref.

Y a aussi un Centre Universitaire, qui concentre les locaux du syndicat étudiant local, bien plus actif et professionnel que nos syndicats à nous, les locaux de la branche franco-ontarienne du complot francophone international, le self, un bar, et pas mal de locaux de services autogérés comme le bureau des affaires autochtones, le bureau des féministes, le bureau de la banque alimentaire et toutes ces sortes de choses. J’y ai même croisé un concert de metal franco-ontarien une fois, et c’était un grand moment d’extase, car jusque-là, j’avais bouffé du Justin Bieber et du Avril Lavigne à longueur de journée, car oui, ces abominations acoustiques proviennent bien toutes deux de l’Ontario. Ma théorie sur la mutation de leurs cordes vocales est une absorption trop importante de Rolling Rock et autres Moosehead qui feront regretter amèrement (mais pas au sens premier du terme, car l’amertume étant un goût, elle est absente de ces concotions étranges) notre bonne Kro française qui, icitte, est vendue comme une bière de luxe. So French. Bref, un concert de metal, disais-je, mais il y a d’autres activités pas mal sympatoches qui s’y déroulent.

Un autre événement de la vie étudiante ici, c’est le Quidditch. Car, oui, ici, le Quidditch, c’est sérieux. Ligue interuniversitaire, coupe du monde, arbritres, supporters… tout y est. Tous les samedis, les étudiants de la Faculty of Magical Sciences s’entraînent, prêts à pétrifier leurs gueules à ces sangs de bourbes de l’université Carleton. Canada oblige, nombre de Nimbus ont été remplacés par des battes de hockey. Airbus n’a qu’à bien se tenir.

3) En bref tu conseilles l’université et la ville où tu es aux 2A?

Jusqu’à cette année, on pouvait prendre des cours en anglais ou en français. C’était bien, parce que comme ça, les étudiants voulant améliorer leur anglais mais craignant l’idée de se retrouver dans un environnement entièrement anglophone pouvaient choisir cette solution intermédiaire confortable et efficace. Malheureusement, l’IEP ou bien l’université d’Ottawa, il faudra éclaircir qui des deux, a décidé que dorénavant, on ne prendrait plus que des cours en français à Ottawa, ce qui rend ce partenariat totalement inutile, en particulier aux vues des alternatives (Victoria, Montréal, Moncton, Hamilton, Québec … et pourquoi pas développer des partenariats avec Gatineau, Chicoutimi ou Sherbrooke, ou même avec l’université de Carleton à Ottawa ?) au Canada.

Si on peut retourner à la possibilité de prendre des cours soit dans une langue soit dans l’autre, alors ce partenariat reste un bon choix pour améliorer son anglais, et visiter le Canada, Ottawa étant à mi-chemin entre Montréal, une ville géniale, et Toronto, qu’est pas mal non plus. Québec Cité n’est pas non plus bien loin, et Ottawa est plutôt connectée par avion aux autres villes canadiennes. Quant à la night life locale, ben, c’est mieux à Montréal (où on va assez souvent faire le party) mais y a quand même pas mal d’endroits sympas pour s’occuper.

4) Et sinon les mauvais côtés ou les points négatifs de ta nouvelle vie étudiante ? 
Ben je crois avoir pas mal fait le tour. J’ajouterais juste : déconseillé aux gens ayant des difficultés financières. Sérieux. Pour reprendre une expression de mon père venu passer des vacances, au moment où il sortit d’un centre d’achat canadien chercher quelques grosseries (courses en québécois) : « borde, j’ai l’impression d’être un Grec qui fait ses courses ». Eh oui, ici la baguette est à 2$49 + la TVA, le fromage le moins cher à 5$+taxes, adieu le resto U à 3 euros, et je vous parle pas du prix des livres. Ou des vêtements d’hiver… mon banquier a fondu en larmes quand je suis sorti de la boutique où je les ai achetés, sérieux. Cela étant, bon, avec un budget de 1000 € par mois, à condition d’avoir un logement pas trop cher (je conseille de s’installer du côté de Gatineau, c’est moins cher, et le STO* vous amènera schnell côté Ottawa pour que vous puissiez commencer votre journée de arbeit).

*Société de Transport des Outaouais

5) Pour ceux qui vont se rendre dans le pays où tu es, tu as des conseils pratiques à donner?
Ah, ben, déjà, dès l’arrivée vérifier que t’es bien inscrit à tous tes cours, et foncer au bureau de la Faculté des Sciences Sociales pour t’inscrire si y a un bug. Les cours du second semestre sont en général ouverts aux inscriptions dès début septembre, donc c’est le moment pour compléter son emploi du temps avant que tous les cours qui en valent le coup soient pleins. Puis, récupère ta carte d’étudiant, ton U-Pass (abonnement annuel aux transports en commun), et ta carte de sécurité sociale. En gros, pour faire tout ça, je conseille d’arriver au moins une semaine à l’avance.

Ensuite : éviter les travaux de groupe sauf à travailler avec d’autres internationaux. Les gens avec qui j’ai travaillé jusqu’ici savent pas faire de disserte, d’exposé, et j’ai passé un temps fou à corriger des fautes d’orthographe. Bon, faut pas généraliser, y a des gens vraiment bien et compétents aussi, mais a priori faut partir du principe que le niveau là-bas est plus faible, et donc, sauf si tu connais les gens avec qui tu travailles, vaut mieux travailler seul, tu gagneras du temps et tu épargneras tes nerfs. Et ceci est une expérience partagée par tout les internationaux.

Ah et amène un adaptateur de prises. Ici les prises elles sont pas comme chez nous. Ils en vendent pour 5 € à Roissy dans les Relay.

6) Quels sont les endroits incontournables à visiter dans les environs?

D’abord, Gatineau, et la rue Laval, pour ses bières, une fois que la Rolling Rock aura détruit tes papilles gustatives, ça te permettra de les regénérer avec de la Boréale ou de la Saint-Ambroise.

Ensuite, y a le Parc de la Gatineau, un parc national plutôt sympa à toute saison.

À Ottawa même, le canal Rideau est vraiment sympa, de même que le Parlement, qui se visite gratis avant 15h, la cathédrale qui est étonnamment belle, le musée des Beaux-Arts, et le marché By sont les endroits à voir, incontournables.

En partant en bus d’Ottawa, il y a bien sûr New-York. Le bureau international organise des voyages vers New York. Y en a aussi vers Boston et Washington. Mais j’y suis pas encore allé alors je peux pas trop en parler.

Toronto est une ville sympa, mais n’y gaspillez pas une semaine. Y a un Trois-Brasseurs là-bas, à voir absolument. Sinon y a le lac Ontario, impressionnant, la tour CN, tout aussi impressionnante, et qui pendant longtemps fut la tour la plus haute du monde. Y a aussi le marché Saint-Laurent, où on mange très bien, et y a aussi le quartier du marché Kensington, et puis le Chinatown. Et y a aussi beaucoup de bons musées. Pour le logement, je conseille de n’aller qu’à l’auberge Hi International, les autres étant réputées insalubres. Et les chutes du Niagara ne sont pas loin, l’aller-retour par bus coûtant une trentaine de dollars seulement en allant l’acheter à la gare routière.

Montréal, à deux heures et demie de route, est vraiment la ville la plus intéressante du coin. Elle n’est ni américaine, ni européenne, elle est exclusivement québécoise, et c’est ce qui la rend aussi étonnante. Il y a des grandes tours, mais rien de gigantesque. Le Saint-Laurent, en bas tout autour (la ville est une île), et le Mont Royal, un parc qui domine l’île, dominent la ville. Il y a même deux quartiers latins : un francophone et un anglophone. Un tas de bars sympas. Des musées, des salles de concerts, des boîtes, et de la très bonne nourriture.

Québec est un peu plus loin. On prend le train à la gare d’Ottawa pour Montréal. Là, il y a une heure de « correspondance » avant de regrimper dans le même train qui circulera sur la même voie vers Québec (je n’ai toujours pas compris le pourquoi du comment de cette interruption). Mais le buffet de la gare de Montréal est vraiment génial, alors bon, ça peut être une pause utile. Puis, cap vers Québec, la capitale de la Nouvelle-France, et qui ferait rougir de honte nombre de villes françaises et européennes par la richesse de son patrimoine. L’hiver, la neige s’accroche aux aspérités de la roche des murailles de la ville, et c’est vraiment beau à voir, avec le Saint-Laurent gelé et un peu en dehors de la ville, les cascades des chutes de Montmorency, gelées l’hiver, et bien plus impressionnantes encore que celles de Niagara. En plus, cette ville fait bon flâner, et en tant que Français, on s’y sent vraiment chez soi. Ça n’a l’air de rien, comme ça, mais à Ottawa, et même Montréal, les fenêtres sont des fenêtres-guillotines, comme en Angleterre. À Québec, non. Ou alors rien que le fait de retrouver des petites ruelles qui ne sont pas perpendiculaires les unes aux autres… ça fait du bien, je vous assure. Et cette ville mérite une bonne semaine à visiter.

7) Tu as déjà un bon souvenir à nous raconter?
L’hiver à Ottawa, quand par -20 de jour on va manger une queue de castor, spécialité locale à basse de gras et de sucre, ou de la poutine. Ou bien encore l’ambiance des cafés étudiants à Ottawa ou Montréal. La manifestation à Montréal contre la hausse des frais où y avait tellement peu de flics que personne n’était là pour bloquer la circulation et que du coup on marchait entre les voitures, dont les conducteurs, loin d’être prêts à nous écraser, étaient heureux de manifester leur soutien aux manifestants. L’apprentissage, finalement assez rapide, de ce beau dialecte français qu’est le québécois, bien plus agréable à mes oreilles que le dialecte parisien. La découverte de ce que les diners québécois vendaient souvent des escargots et des cuisses de grenouille. Ou encore les soirées entre paliens exilés et répartis entre les différentes villes du Canada. Un autre instant culte de ma vie dont je me rappellerai toujours, c’est quand un ami avait filé quelques sous à un mendiant, qui, tout content, proposa au susnommé de la weed gratos. Car ici, le cannabis est tellement bon marché que le THC coule à flot. Et bon, c’est pas forcément le meilleur souvenir, mais au premier semestre j’avais un colloc qui fumait tellement que tout l’appart empestait. Amsterdam à côté est une ville sage. Enfin voilà, cette scène dans les rues de Montréal m’avait pas mal fait rire.

Oh et bien sûr, en bon souvenir, y a les quelques jours passés l’hiver dans la campagne québécoise enneigée, à manger du gibier, du pouding chômeur et d’autres spécialités vraiment bonnes, mais dures à trouver en ville. Et les randonnées en raquettes, tout ça. Enfin c’était l’fun quoi.

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