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Réponse à « Parité, justice ou théorie du genre »

Chers lecteurs, chères lectrices (satané parité) et cher Monsieur Gabard,

L’Apostrophe nourrissant l’ambition de devenir le plus grand média d’opinion du XXIeme siecle, il doit s’en donner les moyens.
Or la pensée nait, dit on, de la contradiction.
Ainsi, je pense n’offusquer personne en répondant, en toute courtoisie, au billet de Monsieur Gabard.

 

Cet article, dès la première ligne, ne peut que plonger le lecteur attentif dans la plus grande perplexité.
Je cite: « Le sujet de la parité semble de plus en plus poser problème dans les relations hommes/femmes »

Vous aussi, cela vous avez dérouté?
Depuis quelques semaines, que dis-je, depuis précisément le surlendemain du remplacement de Laurence Ferrari par Gilles Bouleau au 20h de TFI, une gêne ineffable s’est peu à peu emparée de notre société. Dans tous les bureaux de l’héxagone, les pauses cafés ne sont plus les mêmes: quand un membre de l’Autre Sexe fait son entrée, les regards s’évitent, les habituelles conversations grivoises font place à des murmures embarrassés.
La cause de ce malaise généralisé finement diagnostiquée par monsieur Gabard? La Parité, pardi, votée il y a 12 ans…
L’auteur, magnanime, fait ensuite état de son affliction pour les injustices que subissent encore de nos jours les porteuses de jupons. Mais ses élans Donquichottesque s’éssoufflent vite.
Car enfin, je re-cite : «  est-ce raisonnable de demander directement la parité ? »

Ah, tu leur donne ça, et direct elles veulent ça…

Raisonnable. Comme ce mot sonne délicieusement aux oreilles de ceux qui tempêtent contre l’injustice.

En 1792, accorder la même valeur à la voix du roturier qu’ à celle du seigneur, était-ce raisonnable?
En 1848, rendre à ces dizaines de milliers d’esclaves leur liberté, était-ce raisonnable?
En 1981, se prononcer contre la peine de mort,en pleine campagne présidentielle, dans un pays où une large majorité de l’électorat y est favorable, était-ce bien raisonnable?

J’aime à croire que l’Histoire a été écrite par des fous, des passionnés, des mystiques, des enragés, des amoureux, des exaltés.
Qu’elle s’est écrite malgré les gens raisonnables, qui commentent et dénigrent, le sourire aux lèvres et la panse bien au chaud, les revendications chimériques du bon peuple.

Le procédé rhétorique ici employé fait peine à lire :  fustiger un extrémisme supposé pour surtout ne pas bouleverser- Âmes sensibles, sautez une ligne, je vais dire un gros mot- l’ordre patriarcal établi.

On pourrai résumer ainsi le propos : de la compagnie féminine pour égayer l’hémicycle les soirs d’hiver oui ; mais la stricte égalité non. Faut pas pousser.

S’en suit un argument choc, je vous le livre tel quel, c’est le bon vieux coup du complot. Jugez vous même: « derrière la revendication de parité, il y a une autre arrière-pensée idéologique. Sous couvert de demande de justice on cherche à faire passer l’idée non pas simplement qu’il ne doit pas y avoir de discriminations mais que les différences entre les hommes et les femmes n’existent pas ! »
Nom d’une petite bonne femme!
Citoyens, on vous ment! On vous manipule! La parité est le résultat de la volonté démoniaque de féministes enragées (toujours faire suivre « féministe » d’ « enragée », comme « jeunes » de « délinquants ») qui prétendent nier les différences hommes-femmes.
Que vous n’ayez jamais rencontré de député(e)s ayant voté la loi en faveur de la parité réfuter vos manuels de biologie est sans importance.
Il est toujours bon de prêter à ses adversaires des propos qu’ils n’ont pas. De préférences invraisemblables et de ce fait, facile à réfuter.
Mais voilà, le sophisme est une pente savonneuse, et Monsieur Gabard y a sauté pieds joints.
S’en suit un paragraphe où tout y passe. Vous pardonnerez, chers lecteurs, l’absence de citation, mais c’est que votre fidèle serviteur tient à la cohérence qualitative de ses publications, que deux incisions ont déjà mis en péril.
Tout y passe, disais-je: il ne peut y avoir parité car il n’y a point d’égalité ab initio, entre mâles et femelles.
C’est bien triste ma bonne dame, mais c’est comme ça.
L’auteur fait mention d’un concept qui m’est inconnu,celui d’ « égalité en identité ». Comprend qui pourra et je n’ose inviter l’auteur à préciser sa pensée dans un nouvel article…
Cette pensée si profonde qu’elle est insondable, trouve son nadir dans une obscure référence à la psychanalyse, au « psychisme »et pourquoi s’en priver, ça fait toujours plus chic.

En guise de conclusion, Jean Gabard, chez qui les aspirations progressistes refont surface après un long refoulement d’une page et demi, nous enjoint à « favoriser » l’équilibre entre les sexes.
On se calme les filles, on a dit favoriser, pas instaurer la parité.
Telles de dociles petites asymptotes, nous devons tendre vers l’égalité sans jamais l’atteindre.
C’est tellement creux que ça pourrait être du Jacques Attali.

Mes forces m’abandonnent mais je ne peux vous priver du bouquet final: le féminisme est un totalitarisme.
Point Godwin : je m’en vais prendre une aspirine et tout ira mieux.

  1. L2o L2o

    Malgré une bonne volonté non feinte j’ai abandonné à partir du « citoyens on vous ment » (elle doit être sur le podium des accroches rhétorico-humoristiques-usées-jusqu’à-la-corde, celle-là). Mais la gueule de l’argument de valider une idée parce que l’histoire c’est si beau qu’elle soit écrite par des fous ou des mystiques… Va expliquer ça aux quelques centaines de millions de gens qu’on a passés sous les roues des révolutions au nom du grand soir de l’époque. Ah c’est sûr que c’est facile de se toucher sur le romantisme des enragés quand on déconstruit le monde bien au chaud au fond de son amphi.

    C’est tellement creux que ça pourrait être du Jacques Attali. J’avoue.

  2. Sophie Bigot Sophie Bigot

    Je vous remercie de cette vaillante contribution : en effet, je sais à quel point la la critique est difficile et l’art aisé.
    Le sujet de la parité semble moins vous préoccuper que cette prose que toute l’Apostrophe m’envie.
    Vous avez beaucoup d’avis mais peu de convictions? Renseignez vous, l’Express recrute !
    Cordialement,
    SB.

  3. L2o L2o

    La prose est effectivement laborieuse (une « vaillante contribution »… tu sens comme ça rame dès l’accroche ?). Mais ce n’était pas franchement mon propos, c’est inquiétant cette obsession de la forme au détriment du fond.

    J’ai trop de respect pour la parité pour la ranger comme tu le fais au rang des idées de « mystiques ». En revanche je trouve un peu inquiétant qu’une étudiante en politique se félicite des pages d’histoire écrites par des enragés et des exaltés. Je te donne pas d’exemple, y en a eu quelques-uns depuis 1793 et tu arriveras bien au point Godwin toute seule.

    Sinon la punchline foireuse sur l’Express arrive un peu de nulle part, mais c’est bien de donner des bon points de journalisme avec un article de blog au compteur.

    La rédac : OWI, notre premier troll !! (bravo ! vous gagnez un pain au chocolat 😉 )

  4. L2o L2o

    Vous recevez un message qui n’est pas d’accord avec l’argumentaire et la rédaction le qualifie de troll ? Ca donne une idée de l’ouverture d’esprit de l’Apostrophe.

    Le tout en écrivant en tête d’article que la pensée naît de la contradiction.

    Vous pardonnerez à la Rédaction, nous sommes des gens simples, c’était affectueux. Par ailleurs, nous sommes surpris de voir lier « 1981 : suppression de la peine de mort de France » à « un totalitarisme qui fait des centaines de milliers de morts » (à preuve du contraire, notre rédactrice n’a pas clamé « vive Staline ! »). Vous avouerez que le point Godwin dès le premier commentaire, c’est rude.

  5. L2o L2o

    Dites-moi où vous trouvez cette association, ça m’intéresse. J’ai simplement pointé le côté dangereux de se féliciter dans l’absolu que l’histoire soit écrite par des fous et des enragés, le genre d’affirmation d’adolescent révolté qui fait très bien dans une chanson de Saez mais qu’on trouve moins marrante une fois du mauvais côté de la guillotine. Et qui sert en tout cas bien mal la cause du féminisme à laquelle Mademoiselle Bigot est attachée avec raison.

    Tout aussi affectueusement, et parce que l’auteur sera sans doute plus efficace quand elle aura compris qu’il n’est pas indispensable d’imposer une mesure arbitrairement pour faire évoluer une société, je lui conseille la lecture des épigrammes de Goethe sur les rapports entre réforme et révolution.

  6. Sophie Bigot Sophie Bigot

    Cher L20,
    Une telle fidélité à mon article vous honore.
    Aussi vais-je vous répondre,-mais une dernière fois hein, parce qu’après, y’a la foule en délire qui scande mon nom et je voudrais pas la faire attendre-.

    C’est à bon droit que vous soulignez qu’il y a des choses que je n’ai pas comprises ; à commencer par votre argumentaire.
    En effet, vous vous dites attaché(e) à la parité et je m’en réjouis.
    Cependant, vous affirmez qu’il n’est « pas indispensable d’imposer une mesure arbitrairement pour faire évoluer une société »
    Il convient de rappeler que la parité à été votée par nos représentants… Ce n’est donc pas- dixit mes cours de première année- une mesure arbitraire mais l’expression de la volonté générale. La rédac : HEY JEAN JACQUES, ça farte ?
    Je note que votre féminisme est à géométrie variable: le Mademoiselle est passé de mode.

    Néanmoins, et avec la modestie qui sert d’écrin à mon génie, je reconnais volontiers que ce lyrisme grandiloquent n’était pas du meilleur aloi.
    Je me réjouis que de fidèles lecteurs me rappelent aux exigences que mon talent impose.
    Je vous prie de croire cher(e) ami(e), que la crainte de vous décevoir me gardera désormais de céder à ces basses facilités.

    Enfin, puisque votre affection vous à conduit à me recommander vos lectures, permettez moi d’en faire de même:
    Silex and the City, une BD bigrement rigolote!

    bien à vous,
    SB

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