Skip to content
Slider

Il est venu, le TSGC promis

Le TESGC, plus connu sous le doux nom de Traité européen de Stabilité, de Coordination et de Gouvernance, a été adopté en due et bonne forme le 8 octobre dernier par l’Assemblée Nationale, jeudi par le Sénat. Autant dire que Cohn-Bendit s’est évanoui d’auto-satisfaction.

 

Pour ce qui est du Français de base, le manant est prié de bien vouloir hocher la tête et agiter son drapeau étoilé en criant « Noël mon bon maître ! » ;  quant aux fripons qui se permettent de réclamer un débat sur le sujet, Jean Quatremer de Libération les morigène à sa façon très personnelle : « nan mais vous n’avez rien capté les gars, de toute façon, vous avez, bande de rustres, deux ans de retard, on est déjà passé à autre chose, faut se sortir la tête du cul quoi« . C’est bien vrai ça. Où irions-nous, je vous le demande, si on commençait à expliquer des choses au populos, au pue-la-sueur… franchement, d’ici qu’on ne puisse plus déplorer qu’ils n’y comprennent rien… Parce que si vous avez vu un débat sur le TESGC au 20h de TF1, vous avez eu bien de la chance. Quand à trouver des infos concrètes et précises sur le sujet, c’est encore moins simple. Heureusement qu’on a des portraits du fondateur de Playmobil sur le Monde, sinon qu’est-ce qu’on s’ennuierait.

A l’Apostrophe, on ne se prend pas pour de la kro, alors rien que pour vos yeux – et pour emmerder Quatremer et Cohn-Bendit aussi – on va quand même en parler, du TESGC.

D’abord, d’où qu’il sort ? Du choixpeau magique de la Commission Européenne, pardi ! Puisque c’est un traité, on a demandé au parlement européen (ce truc vaguement démocratique et tout) de bien vouloir attendre sagement que les grands discutent, et puisqu’il a effectivement été négocié bien avant l’élection de François Hollande, il va de soi que l’arrivée d’icelui à Bruxelles n’a pas changé une ligne de code du texte, lequel est signé depuis le 2 mars 2012 (le processus en cours est donc uniquement une ratification formelle par les parlements nationaux, la France étant le 9ème Etat de la zone euro à ratifier son propre petit Canosa).

Et le Traité, que fait-il au juste ? Eh bien, c’est très simple, en fait. Dans le monde merveilleux d’Herman van Rompuy et de ses amis, les États sont très vilains : ils ont des méchants déficits pas beaux qui contrarient les gentils marchés où les gentils spéculateurs investisseurs ont très peur pour leurs sousous, vu qu’on sait jamais après tout, la France pourrait bien faire faillite, tant 400 milliards de recettes fiscales par an, c’est quand même limite plouc. Pour rassurer les gentils investisseurs, tous les méchants États sont priés de bien vouloir tailler leurs dépenses publiques qui sont la cause de la dette et donc de la crise, la preuve c’est Franz-Oliver Giesbert qui le dit, et puis si les Allemands l’ont fait sous Schröder, y a pas de raison qu’ils payent pour tous ces glandus de sudistes feignasses et assistés qui n’ont même pas flexibilisé leur marché du travail. Quant aux hippies qui disent qu’on pourrait aussi aller briser les rotules (1) des spéculateurs et des banquiers, histoire de leur apprendre à jouer aux cons avec notre fric, laissez-moi vous dire, Jean-Henry, que ce sont de dangereux utopistes d’ultra-gauche. On constate que pour des gens qui officient dans un contexte aussi terriblement compliqué et complexe, ils ont globalement une vision du monde très simple.

Le problème, c’est qu’avec le TSGC, ils ont peut-être une chance de l’imposer, cette vision du monde. La vision en tout cas, parce que soyons francs : pour ce qui est de rendre obligatoire l’imposition du déficit structurel à  0,5% et celui du déficit tout court à 3%, ça n’est pas gagné. A moins de transformer enfin la BCE en banque centrale digne de ce nom, chargée de garantir la stabilité de l’euro (2) et d’une dette européenne mutualisée, la volonté affichée de la Commission Européenne de surveiller les déficits des États-Membres se heurte en dépit de tout au bon vieux principe de réalité : d’une part, la crise est toujours là et les croissances locales restent proches du zéro absolu, ce qui rend l’idée même d’une politique d’austérité quasiment criminelle, et, dans un deuxième temps, quand bien même les états laisseraient filer leurs déficits (ce qui sera forcément le cas, maudite réalité !) parce qu’au bout d’un moment, il va bien falloir arrêter de regarder passer les délocalisations et les fermetures d’usines et agir un peu, qu’est-ce que pourra bien faire la CE ? Froncer les yeux très très fort ? Laisser l’État tomber en faillite – et donc faire plonger la zone euro dans son intégralité ? Lui faire payer une amende par la Cour de Justice Européenne ? LAWL.

En outre, l’idée du 3% de déficit, pour être intenable, n’en est pas moins un vieux serpent de mer. Elle était déjà là dans le Traité de Maastricht de 1992, et c’est même une invention bien française, mitterrandienne pour être précis. France Inter recevait il y a quelques jours l’Inspecteur des Finances à l’origine de ce chiffre, lequel expliquait benoîtement que lui et ses potes avaient pris le chiffre carrément « au hasard sur un coin de table parce que 3% ça faisait bien ». Économiquement parlant, par contre, ça ne veut rien dire de particulier. Bref, il est certain que le TSGC ne sauvera pas le monde, encore moins l’Europe, il est en fait tout pourri, même pour un libéral. Par contre, il acte bien qu’il n’y point d’espoir sauf l’austérité, et une vision néo-libérale de l’économie, puisque la dépense publique est rien moins que criminalisée (il est probable que le prochain traité exige que le corps de Keynes soit brûlé en place publique avec des traders criant Satan ! Satan ! tout autour) ; joie et bonheur en perspective.

(1) Législativement parlant, bien entendu.

(2)  A l’instar de ce que fait la BCF pour le Franc CFA.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *