Skip to content
Slider

Les Seigneurs

Par honte et vergogne, l’auteur de cette chronique tient à rester strictement anonyme. Il n’ignore pas en effet que l’Apostrophe nourrit l’ambition de devenir encore plus éclectique que Technikart et les Inrok’ réunis et que son lectorat, comme son comité de rédaction, se constitue en grande majorité de bobos hautains et méprisants envers les comédies populaires. En même temps, y a de quoi. La rédac.

C’est seul que je me dirigeais, dimanche soir dernier, vers l’UGC de Lille, temple du blockbuster américain et de la comédie vaseuse franchouillarde, niveau la Soupe au chou. Ça tombe bien, le film que j’ai l’intention de chro’ ici, Les Seigneurs, d’Olivier Dahan, fonctionne à la fois sur le mode de la comédie foireuse à la française et dans un état d’esprit très blockbuster : ça donne une enfilade poussive de blagues vues dix fois, mues par des ficelles grosses comme ta mère en slip devant Prisunic et une brochette d’acteurs disons… connus (à défaut d’être reconnus). En gros, ça va de Gad Elmaleh à Joey Starr en passant par Franck Dubosc (notamment déjà vu dans les immortels Camping 1 et Camping 2). Ne manquaient que Dany Boon et Kad Merad (malades ?)

En règle générale, se méfier d’un film dans lequel le nom des acteurs prend plus de place que le titre.

Mais bon. Quand je vais voir un film (pour le chroniquer, s’entend, pas pour me rapprocher sournoisement d’une voisine), j’ai une règle d’or : je le traite toujours comme il se présente, sans plaquer à chaque fois le calque Citizen Kane sur tout et n’importe quoi. En l’occurrence, les Seigneurs ne prétendent pas être un grand et bon film, c’est évident. Ni même un « film français » (si, vous savez : « Marie est journaliste, Paul avocat fiscaliste, mais il peint aussi, car c’est un artiste et il est sensible. Dans leur appartement de 350 mètres carrés du XVIème arrondissement, le doutage règne. Autour d’une tasse de café de quelques centilitres, ils vont échanger des silences lourds de sens deux heures durant« ). Les Seigneurs, c’est une comédie populaire. Donc leur objectif, c’est essentiellement de faire glousser le populo, ou au moins d’arriver à réaliser un bon nanard (un film qu’il est tellement nul qu’il en devient génial, surtout quand on le regarde à dix après avoir bu quelques chroniques de nos camarades les Buveurs du Greniers).

Les Seigneurs, est-ce un beau, un bon, un gros nanard des familles ?

C’est une bonne question. Le scénario est simple. En bretagne, l’île de Modène se meurt : la conserverie de poisson est en liquidation judiciaire (enfin, on suppose), en tout cas, elle a des dettes, et la commune n’est pas assez riche pour la racheter. Seul espoir, le groupe de foot local, en onzième division, au moins, qui vient d’être qualifié en Coupe de France. Ce qui arrive tous les ans, en effet, prenez l’exemple de Carquefou dans la banlieue de Nantes. Avec l’argent de la retransmission du match, nos gentils bretons pourraient sauver leurs emplois !

Mais pour ça, il leur faut une meilleure équipe et un  entraineur… pour ça, il y Ortega, ancien fouteballeur d’élite, a foiré sa vie : alcoolique, séparé de sa fille par la juge aux affaires familiales, ça fait dix ans qu’il n’a pas vraiment de boulot. Bref, c’est la merde. Heureusement la (gentille) juge va lui proposer un boulot en or : devenir entraîneur d’une équipe de foot dans un trou paumé dans le Ch’NOR… ah, non, c’est pas le même film. Le voilà parti avec sa bande d’anciennes gloires bras cassé (recrutée au terme d’un marathon qui rappelle douloureusement les quêtes « va parler à untel » dans The Witcher)  pour l’île bretonne de Modène, trognes locales à l’appui (tous les bretons se baladent en ciré jaune spécial « chasse à la morue », c’est bien connu). Question pitch, rien d’original depuis Bienvenue chez les Ch’tis, avec en bonus le vilain « eurocrate  » huissier de justice qui vient fermer la conserverie de sardines qui fait vivre toute l’île.

S’ky a de bien avec les comédies populaires, c’est qu’elles agissent mieux qu’aucun autre genre artistique pour révéler les pensées et les peurs de l’immense majorité de la population. C’était d’ailleurs déjà là le cas avec les farces latines ou les romans de gare du 19ème. Bienvenue chez les ch’tis, c’était l’attachement à sa poste, autant dire à son service public de proximité, largement remis en cause à l’époque par le gouvernement. La Modéne des Seigneurs, c’est un peu Bruxelles qui nous assassine, les emplois qui disparaissent, etc.

Après, voilà, cet intérêt-là est quand même un peu le seul. Le film n’est pas très long mais il est pas à se rouler par terre, clairement. Autant les Ch’tis, ça m’avait fait bien rire (je n’ai jamais caché que j’étais un beauf, n’est-ce pas ?) alors même que je n’avais encore jamais mis les pieds dans notre cher Nord, autant Les Seigneurs ça ne m’a fait sourire que par intervalles distants. Honnêtement, hormis Gad Elmaleh (et encore) rien de bien intéressant question qualité de jeu. Dubosc et cie, pas grand chose à en dire, franchement…

Bref, si vous n’avez pas la carte illimité UGC (qui elle en vaut la peine) et une soirée à perdre, vous n’avez rien perdu d’indispensable avec ce film.

Note : Bof.

Jackouille. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *