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Skyfall

Grand retour d’un fringant cinquantenaire, puisqu’avec Skyfall, c’est la 23ème fois que le brave James Bond, aka. 007, l’agent tellement secret qu’il dit toujours son nom dès qu’on le lui demande, revient sur nos écrans pour tabasser du mob, emballer de la bonasse à la pelle et accessoirement, sauver le monde en s’enfilant des martini-vodka à la cuillère (le shaker, c’est pour les glands).

Autant dire que cet 23ème opus est bien parti pour être un succès planétaire, comme les précédents, en fait. La vraie question n’est pas tant de savoir si les gens iront, mais s’ils en auront pour leur argent. Et à priori, je dirais que oui, l’alchimie fonctionne. Plus encore, Skyfall est un film qui ose prendre des risques. Nettement plus sombre (ambiance) que ces deux prédécesseurs (1), Skyfall présente un MI6 en pleine déroute morale et tactique, dont le meilleur élément, 007, ne vaut clairement pas mieux : vieilli, usé, à moitié mort, troué d’un peu partout, James (Vladimir Pou… Daniel Craig) traîne la patte, boit comme un Palien au Solfé, a le poil gris, une barbe du type qui se laisse aller (la même que celle de Sarkozy en photo du Point, un peu) et une profondeur humaine et historique, au comportement et aux actions plus réalistes que d’habitude (à l’impossible nul n’est tenu, c’est 007 quand même !). D’ailleurs, il ressemble pour la première fois beaucoup plus à l’idée qu’on (ok, que je me) se fait de James Bond qu’à un échappé des Spetsnaz. L’air anglais, c’est pas encore ça, mais il y a du progrès. S’il est toujours aussi insensible à la mort, c’est plus par un effort visible de volonté que par cette sorte de cynisme futilement égoïste au petit sourire satisfait de bobo suffisant très OSS 117 qu’arboraient Brosnan ou Sean Connery. Autant dire qu’avec Skyfall, on est assez loin du James Bond de Permis de tuer. Et j’irai jusqu’à dire : c’est tant mieux.

– “oh, damned, Germaine est morte. Bon. Bref. Allons boire une vodka-pomme pour s’en remettre et tuer Le Méchant pour la Reine”

Au début du film, on retrouve la scène bondienne d’ouverture classique : Un Méchant dispose d’un Truc (traditionnellement la clef d’une bombe atomique de fabrication russe, mais désormais c’est un disque dur même pas soviétique. 1989 est passé par là) qui peut mettre la sûreté du Monde (Libre) en péril, mais 007 le poursuit à toute allure via des airs durs et divers moyens de locomotion peu orthodoxes au travers des lieux les plus touristiques de Paris/Vienne/Moscou/Londres/Sienne/Ville quelconque mais dotée de monuments caractéristiques et va au terme de cette course-poursuite haletante 1) lui maraver sa gueule (mais c’est un sous-fifre alors) ou 2) échouer in extremis mais dans tous les cas suit le générique de début, musique un peu sombre, mélancolique, mystérieuse et sexy à la fois d’une artiste à la mode, sur fond de filles subtilement dénudées mais pas trop. En l’occurrence, ici Bond poursuit un disque dur fugitif, égaré par M (l’inestimable Judi Dench, M depuis Goldeneye, 1995) en personne : le malicieux engin contient les noms de l’intégralité des agents de l’OTAN infiltrés dans des organisations terroristes mondiales, et un Grand Méchant menace de les diffuser sur Youtube. MOUHAHAHAHAHA. Quel monstre.

Bond au terme des péripéties susdites foire un peu son coup, ratant le disque dur et effectuant un plongeon remarquable. Malheureusement pour son taux d’alcoolémie, alors qu’il se fait passer pour mort auprès de ces employeurs, la terrible nouvelle d’un attentat terroriste causé par une cyber-attaque au sein même du MI6 le rappelle à la réalité : le commander mérite bien de Sa Majesté, reine d’Angleterre et du Canada, defender of the Faith, etc, etc. Le voilà reparti pour Londres : juste à temps, d’ailleurs. M commence à fatiguer un peu, et les premiers agents de l’OTAN apparaissent sur la toile, conformément à la menace du Joker Méchant, ce qui agace le gouvernement du Premier Ministre. Bien fait pour Cameron en même temps. Et Bond de se remettre en traque.

Skyfall est un film globalement plus sombre que ces précédents ; nettement moins porté sur la gaudriole aussi : la (enfin les) James Bond Girls répondent bien aux codes habituels de la saga (longues jambes, big boobs, temps moyen de séduction : 53 secondes environ)…

Exemple iconique : Ursula Andress et son bikini blanc qui va bien dans “James Bond contre Docteur No” (1962)

Mais leur temps de présence à l’écran, y compris dénudé, est singulièrement réduit comparé à la normale (sniff sniff), pour ne pas dire expédié, à coup de balles dans la margoulette si besoin est. Non, dans Skyfall, ici, c’est M qui est la figure féminine dominante ; elle écrase les autres petites arrivistes (et bon, elle le mérite, le personnage est réellement très fort). Quand au Méchant (qui n’est pas français, ça change), il est remarquablement sous-entendu qu’étant ordinairement à voile, la vapeur ne lui déplaît pas forcément. Rare – voire même inédit, je crois – dans un James Bond.

D’ailleurs, le Méchant, parlons-en : quel James Bond sans un Méchant digne de ce nom après tout ? Un type (c’est rarement une fille…) charismatique et vilain, prêt à tout pour devenir le MAÎÎÎÎÎÎÎTRE DU MOOOOONDE muhhahahahahahahahaha hahaha ! il y avait eu l’odieux Dr. No, les soviets du SMERSH, le SPECTRE, l’increvable Blofeld (l’Olrik bondiend, vraiment), Goldfinger… Bref, des énarques de la domination mondiale, loin du JCVD de base, sauf son respect à l’astre belge du septième art. Aucune déception dans Skyfall, bien au contraire. Javier Bardem campe un Mééééchant jouissif et finalement assez peu manichéen (mais complétement barré pour le coup, ce qui est encore mieux), qui évoque quand même assez invinciblement le Joker du Dark Knight Rises (version 2008, 2012 est une mauvaise blague) : la folie sous-jacente, le but à atteindre, même le plan tordu se ressemblent pas mal ; mais qu’à cela ne tienne, on ne va pas bouder son plaisir, Javier gère grave, et Craig n’est carrément pas mal non plus. Son interprétation de James Bond est sans aucun doute une des plus convaincantes et crédibles que j’ai vu depuis longtemps.

Why so serious ?

On ne va pas vous dévoiler toute l’histoire, mais notons quand même avant de conclure quelques points intéressants du film : comme les James Bond Girls, le concept de sauver le monde (ou de le dominer) en buvant du daikiri en smoking sur une plage de Copa Cabana est vite expédié ; ça tourne plutôt à l’affrontement personnel entre les deux hommes, si semblables et si différents, remarquablement interprétés et travaillés tous deux. L’impression que tout aurait pu être inversé sans le caprice du hasard n’est pas pour rien dans la tension qui entoure l’affrontement, non plus que l’effort pour éviter un trop plein de manichéisme… après tout, un monde, ce n’est pas assez, n’est-ce pas ? On remarque aussi un peu moins de clichés “bondiens”, remplacés par des clins d’oeils (l’Aston Martin, le Walter PKK, Miss Moneypenny) à destination des connaisseurs, même si on n’échappe pas évidemment au contrat du film de divertissement et d’espionnage burné, un tantinet prévisible du coup – en même temps, si ça ne plait pas, fallait aller voir un Film Français, hein. Et bon, comme y a un vrai effort pour développer l’histoire et les interactions, y compris en donnant un passé et un histoire au “premier” des Bonds, on va pas chipoter sur quelques petites incohérences mineures du scénario, comme celle qui permet à un terroriste recherché par toute l’Angleterre de mobiliser une armée de mercenaires pour attaquer un château écossais. En parlant de château en Ecosse, une (petite petite) déception : Sean Connery pour jouer Kincade, ça aurait été la petite touche de génie fun en plus.

Bref, Skyfall a tenu son contrat : on passe un très bon moment devant un grand James Bond : on se souviendra du 2012 comme d’une cuvée qui fera date, comme un bon Langlavulin tourbé. Bons baisers de Lille.

La note de l’Apostrophe : **** (Très bon – dans le genre distrayant et fun)

Skyfall, de Sam Mendes, sortie le 26 octobre 2012, avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem.

Axel Devaux. 

(1) Alors : Casino Royale (2006) suivit par Quantum of Solace (2008) sont en théorie (toutes choses étant égales par ailleurs) en fait le début des aventures de Jimmy, Skyfall étant donc théoriquement situé AVANT James Bond contre Docteur No de … 1962, bien que présentant des technologies et des environnement qui peuvent difficilement prétendre se situer en pleine guerre froide (d’ailleurs ils ne le font pas – on va dire que c’est la magie de 007). Oui, bon, hein.

  1. Sandinista Sandinista

    Bon, le commentaire est assez cool, et bien travaillé, je dois l’avouer, mais il est franchement trop long, honnêtement. Il y a deux trois fois où tu fais comme un début de conclusion, mais ce sont des feintes. Dommage. Et tu te répètes un peu….
    Sinon, je n’ai pas vu le film, mais il a l’air cool. =)

    • TomJoad TomJoad

      Salut ! On attend toujours ta participation à l’apostrophe Sandinista! Je voudrais juste ajouter que le premier échange entre Bond et le Méchant est tout particulièrement savoureux, avec de multiples sous entendu sur l’homosexualité de chacun… Et puis Mme M est aussi le personnage central de cet épisode. Il s’agit en fait d’un trio: Bond-M-Le méchant sous couvert de complexe oedipien et de vengeance. Bizarrement, c’est le plus bête des deux (Bond) qui l’emporte sur le second. (la grosse différence entre lui et le méchant, c’est son patriotisme, c’est dit texto dans le film). Tout ceci pour dire que ce Bond est un très bon cru !

      • Allons, Tom, mademoiselle bosse pour une organisation criminelle concurrente voyons :p

        Je tâcherais de faire plus court la prochaine fois pour ne pas perdre le jeune public ^^

      • Sandinista Sandinista

        Ne sois pas si cruel ! Et Axel, tu devrais t’inspirer un peu plus de tes enfants adoptifs: TomJoad m’a bien vendu le film aussi (Bond gay ? grrrr).

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