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Dans la maison

Le dernier film de François Ozon, Dans la maison, est dans les salles depuis deux semaines déjà. Je me suis finalement décidée à aller le voir et ne suis pas fâchée d’y avoir dépensé 6 euros 70.

 

C’est la rentrée scolaire au lycée Gustave Flaubert. M. Germain, prof de français, corrige les dissertations de la seconde C, sur le sujet “racontez votre week-end”. Au milieu des copies désespérément fades, l’attention du professeur est retenue par la copie d’un élève qui lui décrit à grand renfort d’ironie, son intrusion dans la médiocrité de la famille petite bourgeoise de son camarade de classe Rafa. Germain y voit un talent naissant, et l’occasion pour lui de renouer avec la foi d’enseigner depuis longtemps perdue. Chaque semaine, Claude écrit un nouveau chapitre de son histoire que le professeur corrige. L’attrait pour “l’odeur si singulière des femmes de la classe moyenne” vire à l’obsession, et les rédactions se font toujours plus intrusives dans les secrets de la “famille normale”. Le professeur, sa femme, le spectateur lui-même, se retrouvent emportés dans ce jeu de voyeurs qui ne peut que mal finir.

Emmanuelle Seignier est convaincante dans le rôle d’Esther, femme au foyer diaphane, qui s’ennuie entre la décoration de son intérieur, le réaménagement de la terrasse en véranda et ses deux hommes, les « Rafa » père et fils, avec leur basket, leur bonhomie, leur emmerdante routine. Mais c’est surtout le duo entre Luchini (Germain) et Ernst Umhauer (Claude) qui rythme le film. Sans surprise, on est chez Ozon après tout, le rapport prof – élève est ambigu, difficile de dire si Germain voit en Claude le fils qu’il n’a pas eu, ou s’il veut juste se faire un petit jeune.

Le salon de la famille Rafa devient la scène sur laquelle Claude s’essaye à tous les styles: de l’étude sociale balzacienne au roman noir, en passant par le roman d’amour façon Barbara Cartland. Le jeu de l’apprenti écrivain se mue avec talent en essai sur le cinéma. Les brouillons de Claude se traduisent par des ruptures de ton tout au long du film, qui passe d’une ambiance thriller hitchcockien à celle d’un drame bourgeois à la Chabrol.

Dans la lignée d’un Swimming pool, Ozon excelle à ce petit jeu de l’ironie cruelle, où l’on se manipule, se blesse, s’observe. On appréciera aussi la fluidité de l’écriture et la mise en scène intelligente qui viennent appuyer le trouble entre la fiction et le réel. Fixette banale d’un ado sur la mère de son copain, jalousie d’un gamin pour un modèle de famille qu’il ne connaîtra jamais, trip voyeur d’un couple d’intellos quinqua sur le déclin, la question n’est pas tranchée. À l’issue du film, seul le jeu de la création demeure, après le grand chamboulement des vies de tout ce petit monde, dans une très belle scène finale que je vous laisse découvrir par vous-même.

À voir !

  1. Berk, sur la photo de la maison y a de faux volets. Je hais les faux volets. J’en fais encore des cauchemars !

  2. Les fenêtres ne sont pas à guillotine, heureusement :p

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