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Windows 8 : Millenium is back ?

À la sortie de Windows Millenium, une méchante blague courait parmi les geeks, qui disait :
« Avec Windows 98, Microsoft était au bord du gouffre ; avec Windows Millenium, ils ont fait un grand bond en avant ! » (certes, elle avait déjà été faite de Windows 95 à 98 … mais en nullité, Millenium a été un cru exceptionnel)

À la lecture des commentaires des analystes et des blogueurs un peu partout sur le Ouaibe, on peut se demander si nous ne sommes pas en train de revivre l’Histoire.

Déjà, même sans Windows 8, Microsoft n’accumule pas franchement les bonnes nouvelles en ce moment. Il y a eu récemment l’annonce de la première perte trimestrielle de l’histoire du géant de son histoire et la poursuite de la saga judiciaire avec la Commission européenne, qui reproche à Microsoft son abus de position dominante sur le marché des navigateurs. Ce dernier point n’est d’ailleurs pas près de s’améliorer.

En effet, Microsoft n’aime pas respecter les règles. Déjà, récemment, il refusait de se plier aux règles de la probable future norme Do Not Track, s’attirant maintenant officiellement les foudres de Yahoo. Mais en plus, dans la version pour tablettes de Windows 8 (la version « RT »), Microsoft ne fournirait pas à ses concurrents l’ensemble des outils permettant d’exploiter son système d’exploitation. Un peu comme si Microsoft bâtissait des maisons avec des prises de courant perso et allait se mettre à vendre à côté de l’électroménager. Sans donner les plans de ses nouvelles prises de courant à ses concurrents. Forcément, Mozilla, Opera & co enragent, et du coup, la Commission européenne s’y intéresse. Et ça s’annonce mal pour apaiser la Commission, qui se fend d’un violent (pour elle) : « Si des violations ont été commises, Microsoft doit s’attendre à des sanctions. » (Joaquin Almunia, commissaire à la concurrence). Brr.

Ce n’est pas tout.

Il y a les commentaires railleurs sur la sécurité. Microsoft raconte que son système d’exploitation est top classe et jure qu’on ne l’y reprendra plus à fournir des portes ouvertes aux hackers du monde entier, et à chaque fois ou presque, Windows se retrouve à faire face à une quantité monstrueuse de problèmes de sécurité. Rebelotte, quelques jours après la sortie, VUPEN Security prend le contrôle d’un ordinateur sous Windows 8 grâce à une faille dans le navigateur Internet Explorer 10.

Mais, bon, ces commentaires ne sont pas inhabituels, et c’est de bonne guerre : Windows étant le système d’exploitation le plus populaire du marché, c’est là que se concentrent les attaques. Forcément, si 90 % des particuliers utilisaient MacOS ou Linux… ils n’en seraient pas là.

Alors d’où vient ce méchant buzz sur la nullité de Windows 8 ?

Un des coups ayant le plus grand potentiel, selon moi, de frapper là où ça fait mal est venu de Valve, l’éditeur de Steam. Steam, ça pèse lourd. Parce qu’un des principaux obstacles chez les particuliers pour passer à Mac ou à Linux a toujours été l’offre relativement faible de jeux chez ces deux plate-formes. Or, Valve est en colère.
D’une, car l’arrivée du Windows Store prélivré leur fait peur. Quand Internet Explorer est arrivé prélivré sur Windows, Netscape est mort. Ils ont donc peur de subir le même sort. Mais aussi, ils ont vu qu’Apple n’autorisait à ses clients iPad que l’utilisation de l’iStore. Et si Microsoft fait pareil avec Windows Store, cela exclurait définitivement Steam du marché crosfotien, les obligeant à prévoir dès maintenant une stratégie de replis. Cette éventualité peut leur sembler d’autant plus vraisemblable que Microsoft a déjà un passif certain avec ce genre de procédés, et ce bien avant qu’Apple les copie.
En plus, Modern UI proposée par Windows 8, qui privilégie l’interface tactile, leur déplaît.
Et enfin, des OEM (fabricants d’ordis qui vous vendent toujours l’ordi ET Windows, jamais l’un ou l’autre séparément) se sont déjà fâchés avec Microsoft quand ce dernier s’est mis en tête de singer Apple en fabriquant ses propres machines, comme la tablette Microsoft Surface. Du coup, le patron de Valve a dit craindre des départs massifs de fabricants du giron windowsien.
Pour s’adapter à cette menace, Valve a sorti l’artillerie lourde : rendre Steam et un catalogue le plus vaste possible de jeux disponibles… sous Linux ! Et annoncer publiquement que sous Linux, Left 4 Dead marche mieux que sous Windows, histoire de bien remuer le couteau. En plus, le projet a l’air d’avancer, une version beta étant déjà en cours de test.
Aïe !

Ou pas Aïe, d’ailleurs, puisque, malin, Microsoft a prévu le coup en inventant un dispositif pour empêcher les consommateurs d’installer Linux même s’ils le souhaitent et bien qu’ils aient déjà acheté Windows avec leur ordinateur. Ils ont baptisé ce mécanisme UEFI. C’est en théorie pour améliorer la sécurité des bécanes. Du coup, bon, ça permet d’éviter l’hémorragie.

L’adoption chez les professionnels n’a pas l’air non plus d’aller de soi. Le changement de l’interface graphique, avec la disparition du menu « démarrer » par exemple, peut dérouter certains utilisateurs et nécessiter des coûts de formation. Il y a, en plus, un vieux fond de méchante crise qui plane. Pour couronner le tout, le cabinet d’études Gartner déconseille aux entreprises le passage à la nouvelle version ! Et si malgré tout ça, 25 % des responsables informatiques auraient déjà décider de faire la mise à jour, seuls un peu moins de 40 % de ces 25 % comptent migrer dès la mi-2013. Ce chiffre mériterait d’être comparé avec les études faites pour Windows 7, Vista ou 2003, mais a priori, ça semble faible, quand même.

Enfin, parmi les utilisateurs de base, une quinzaine de pourcents des gens l’ayant déjà testé disent haïr Windows 8 . 19 % ne sait pas trop ce qu’il en pense. Ce qui n’a pas empêché 25 % des utilisateurs d’en être particulièrement contents, certes. Mais qui démontre qu’une part non négligeable des utilisateurs de base sont déroutés des changements intempestifs d’interface graphique (menus « ruban », suppression du menu « démarrer », « tablettisation », etc…). Et le feront peut-être savoir dans leurs comportements d’achat futurs.

Pour résumer : des utilisateurs parfois fâchés parce qu’ils voient leurs PC transformés en tablettes bizarres, il faut être honnête : c’est pas le cas de tous, hélas. En plus, des partenaires se mettent à fuir, dont les alliés traditionnels : les acteurs du jeu vidéo et les fabricants de matériel. Et pour couronner le tout, Microsoft se fait harceler par la Commission européenne. Tout ça à cause de Windows 8.

La situation est-elle sans espoir pour Microsoft ? Vont-ils devoir se rabaisser à l’infamie de cette pub pour Windows 1.0 des années 80 pour tenter de vendre un Windows 8 dont personne ne veut ?

Non. Car heureusement, il y a les enfants ! Et oui ! Faute de gagner à la loyale, en produisant les meilleurs produits, il y a longtemps que Microsoft a compris qu’il fallait fidéliser sa clientèle dès le plus jeune âge. En offrant des rabais aux étudiants, aux enseignants et aux écoles, Microsoft espère ainsi que toute une génération soit formée à ses outils. Du coup, une entreprise saura que si elle déploie du Microsoft, alors elle aura besoin de moins dépenser en formation. Et en plus, les gens qui grandissent sous Windows auront tendance à rester fidèles dans leur consommation personnelle également.

Il faut quand même mentionner une explication logique à tout cela, pour conclure. Il se peut en effet, tout simplement, que Microsoft se soit tourné vers le marché de l’utilisateur de base et non le marché professionnel ou des gamers. Et qu’il veuille fidéliser cet utilisateur, avec un modèle devenant progressivement tout aussi verrouillé que celui d’Apple. Après tout, avant les iStore et autres bidules du genre, monétiser des logiciels pour ordinateur personnel n’était pas évident. Du coup, il fallait miser en priorité sur les entreprises, à qui il est aussi possible de vendre du support technique, avec une offre spécifique (la série Windows NT puis 2000). Dans ces temps archaïques, on n’avait même pas la possibilité de bombarder les gens de pubs dans les logiciels qu’ils utilisaient ! Ce que de nombreuses personnes décrivent comme de la maladresse s’inscrit donc potentiellement dans une stratégie à long terme de Microsoft pour s’adapter à un marché changeant.

Julien Rossi. 

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