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ÉDITO – Mon choc de compétitivité dans ta gueule

La semaine dernière, l‘Apostrophe soulignait dans son édito la propension manifeste du gouvernement socialiste à reculer prestement sur les sujets se rapportant à la justice fiscale, pourtant au cœur de son programme. Des reculades qui semblaient curieusement favoriser certaines catégories bien précises de la population, et a priori, pas les plus menacées.

Rapport Gallois : ce qu'en fera le gouvernement

Europe1.fr

Avec le Rapport du commissaire Gallois sur la Compétitivité de la France, on atteint toutefois un palier supplémentaire. S’il n’est certainement pas anodin d’abandonner la nécessaire révolution d’un système fiscal pourtant tristement archaïque, le rapport Gallois est lui particulièrement préoccupant pour l’état de la France (et ne laisse guère d’espoir aux derniers hurluberlus qui veulent croire au communisme latent chez le Parti Socialiste).

D’abord, le rapport Gallois est évidemment totalement biaisé ; ce qui est ennuyeux puisque le gouvernement va entièrement se reposer dessus pour la « négociation » entre partenaires sociaux. A n’en pas douter, les syndicats auraient peut-être eu une vision différente des raisons pour lesquelles la France s’en sort si mal. Avoir plusieurs visions qui s’opposent éventuellement, c’est la base de la négociation. Mais là, le gouvernement va arriver en disant : « voilà le problème [tel que les patrons nous l’ont dicté], que proposez-vous pour le résoudre [dans le cadre de ce qu’on vous laisse proposer], chers amis ?« . Histoire en bout de route de saluer le « pas historique », « l’avancé définitive », que sais-je encore : évidemment, c’est plus simple de faire passer un âne par une porte si toutes les autres sont fermées à clef.

L’idéologie du rapport Gallois est évidente. Son but, son propos, est de prouver que si les entreprises délocalisent, n’embauchent pas, etc., c’est tout bêtement parce que les entrepreneurs (qui souffrent les malheureux, regardez de Marguerie, sa moustache est toute flasque d’inquiétude) sont écrasés d’intolérables impôts par l’Etat vampire, que l’ouvrier français, outre qu’il est feignant et syndicaliste, coûte beaucoup trop cher à cause des cotisations patronales, et que franchement la solidarité nationale c’est trop has been. En l’occurrence, vingt-cinq ans d’argumentaire du MEDEF en mode « on délocalise, mais c’est de votre faute ! Salauds de pauvres« . Tant il est vrai que des marges de moins de 25%, quelle horreur, c’est le Darfour qui recommence.

Le rapport Gallois, en toute bonne fois sans doute, ne fait donc que récapituler les thèses ultra-libérales et l’intérêt bien compris du patronat (payer moins pour gagner plus). Seulement, les politiques incitatives en direction des riches, on a déjà essayé sous Sarkozy. Le bouclier fiscal contre l’ISF était censé faire venir des cohortes hurlantes de riches investisseurs empressés de mettre leur capital au service de la croissance économique. On attend toujours. Qu’est-ce qui nous dit que les 20 milliards de cadeaux aux entreprises vont changer quelque chose ? Qu’elles ne vont pas juste dire « oh oui merci, c’est cool dude« … et délocaliser quand même (à cause du coût du prix prohibitif du sandwich jambon-beurre, cette fois ?)

Après tout, la droite ultralibérale était au pouvoir depuis dix ans, et pourtant les déficits qu’elle pointe du doigt n’ont jamais été aussi grands, aussi étendus, qu’après son passage ! Pourquoi ? Ne faudrait-il pas au moins questionner le modèle avant de s’empresser de valider une réforme qui se fait à l’encontre de la population ? je ne suis pas sûr que le citoyen souscrive tant que ça aux préconisations du Rapport Gallois, ni soit très convaincu par le problème de compétitivité de la France. Pourtant, c’est bien lui qui va prendre.

En tant qu’en travailleur, il va se retrouver « flexibilisé« , c’est-à-dire précarisé (encore plus). Comment croire pourtant que cela va favoriser les patrons comme les salariés ? C’est ridicule : pourquoi se crever la paillasse quand on ne sait pas si on ne va pas être viré d’ici le lendemain ? Comment être productif, innovant, intelligent quand c’est peut-être la porte tout à l’heure ?! Tous les salariés français ne sont pas des jeunes cadres dynamiques habitués à changer de boîte et de rémunération (dans une spirale ascendante, hein) tous les trois ans ! Conclusion : la productivité française, qui était la plus haute d’Europe, va s’écrouler. Encore une bonne raison de délocaliser, dites…

Mais aussi, en tant que consommateur : perdant confiance dans l’avenir, placé face à la certitude de perdre son travail d’un an, voire d’un mois à l’autre sur l’autre, c’est l’intégralité de la société française qui va se retrouver prise au piège de la précarité. Comment se projeter dans un avenir aussi bouché ? Bien pire (pour la nation entière) : comment dépenser ?? En période de doute et d’inquiétude pour l’avenir, les gens thésaurisent ce qu’ils peuvent, que l’on épargne, que l’on évite tout projet, tout investissement modeste, en prévision des jours (encore plus) dur. D’autant plus que la hausse de la TVA va provoquer logiquement un recul des ventes, tout en frappant les catégories les plus affaiblies de la population, celles-là même que la réforme du marché du travail va toucher le plus durement. Ce que va faire le gouvernement, c’est frapper au coeur la consommation, rendre la crise encore plus dure, encore plus violente !! Car la seule vraie règle, c’est la suivante : les entreprises ne vendent pas si personne n’achète.   Et si les entreprises ne vendent pas – en France -, pourquoi produire – en France -, donc pourquoi embaucher – en France ?? C’est Ubu économiste ! Et il va nous mener droit dans le mur, nous, et l’Europe avec, dont l’économie n’était soutenue que par la consommation franco-allemande, donc en réalité par la dépense de l’Etat… ça n’est pas pour rien que la Bundeskanzlerin Merkel relance discrètement la dépense publique (sous les huées du SPD, le parti socialiste local…).

Et si le pragmatisme allemand, c’était en fait juste l’intelligence politique qui fait défaut à nos élites ? Mais comme on dit à Matignon « Inefficace et très chère, c’est la réforme qu’euj’préfère !« 

Axel Devaux. 

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