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Retour sur la Grèce : le témoignage d’Athina.

Athina est étudiante en 2e année à l’université de Cantorbéry, où nous avons pu l’interroger pendant une petite heure. Elle répond aux questions avec empressement, cherchant ses mots, se répétant, passant d’un sujet à l’autre, avec la volonté évidente de partager les souffrance et la colère d’un pays à terre. Peur, angoisse, colère et espérance, tout y passe.

Quand on lui demande pour quelles raisons elle a choisi de quitter son pays pour venir étudier en Angleterre, sa réponse est cinglante : “because the educational system in Greece is really fuck’up”. Le baccalauréat international en poche, elle est partie étudier là bas par commodité. Elle aurait souhaité retourner en Grèce à la fin de ses études, mais elle sait qu’elle n’y trouvera pas d’emploi.

http://www.youtube.com/watch?v=1ZojKpggrDU&feature=youtube_gdata

« Est ce que tu projettes de revenir en Grèce et de trouver un emploi ?
– J’aimerais beaucoup, parce qu’il y a du soleil et qu’il fait chaud, mais je sais qu’il n’y a aucun moyen de trouver un boulot là bas. J’ai des amis qui sont à l’université et qui cherchent des jobs comme serveurs, dans la restauration, mais ils ne peuvent même pas trouver ça ».

Une société divisée.

Il est vrai que la situation à Athènes n’a rien d’enviable. Plus que la pauvreté, Athina insiste sur le décalage de niveau de vie entre quartiers, notamment entre le centre misérable et la banlieue chic, habitée principalement par ce qu’elle définit comme des « nouveaux riches » et dont sa famille fait partie. Dans ces beaux quartiers, les habitants sont repliés sur eux-mêmes, retranchés dans une bulle illusoire, cherchant à protéger leurs acquis. Inversement, dans le centre ville, Athina nous décrit une situation de misère et de malheur : « Physiquement, ça se voit que les habitants ne sont pas biens ».

Pourtant, elle n’a pas le profil d’une révolutionnaire : elle ne se considère pas comme étant de gauche. Toutefois, elle croit en une certaine révolution. Elle fait partie d’une jeunesse déçue et désabusée, radicalisée par la bêtise des mesures qui appauvrissent les Grecs. Athina ne cesse de le répéter : ce qu’elle attend, c’est un changement radical, salvateur. On comprend au fil de la discussion qu’elle n’est pas militante et ne possède pas cette culture là: issue d’une famille vivant de ses rentes, exemple de la petite bourgeoisie, elle a été désabusée par le cours des évènements et l’enchaînement catastrophique des mesures et des plans d’austérité. « Les mesures qu’a pris Geórgios Papandréou ont réellement rendu les gens pauvres ». On lui demande ensuite si la troïka (EU-BCE-FMI) aide la Grèce. « Non, elle rend les grecs plus pauvres et tente de contrôler le pays. » La discussion s’oriente ensuite sur les responsables de la crise :

 http://www.youtube.com/watch?v=BfejyYEHkFM&feature=plcp

« Il y a partout de la destruction, des gens qui sont vraiment sans logement et sans argent, pas seulement des immigrés, des gens qui viennent d’autres pays que la Grèce, mais il y a vraiment des Grecs qui perdent leurs logements, qui perdent tout leur argent. Ils n’ont rien fait de mal. Et puis il y a ceux qui volent, qui ne payent pas leurs impôts et ce sont ces gens qui sont au gouvernement, dans les plus hautes positions, ils ont le pouvoir, l’argent. On sait qu’ils ont fait de mauvaises choses, qu’ils ont volé et qu’ils manipulent les gens mais ils ne sont pas en prison. Ils restent toujours au pouvoir. Les responsables ne sont pas les Grecs mais ceux qui nous gouvernent. Donc c’est une combinaison [de personnes qui souffrent de la crise et de personnes qui en profitent]. Je pense que sur ce point [de la responsabilité] ce n’est pas le peuple grec mais le gouvernement.
-D’accord, donc ce n’est pas la faute de tous les habitants mais plutôt d’une partie?
-Je pense que ce n’est pas tout le monde, mais plus spécifiquement des gens qui ont de l’argent et qui veulent en avoir plus et qui font tout pour y arriver. »

Syriza, l’espoir et le changement.

Contre la coalition formée notamment par le PASOK (centre gauche) et Nouvelle Démocratie (droite) se dresse un parti relativement récent : Syriza (Coalition de la Gauche Radicale). Athina revient souvent sur ce parti. Elle déclare avoir voté pour lui parce qu’ « il symbolise le changement ». Avec 27% des suffrages, Syriza est le parti dominant de la gauche – loin devant le PASOK (12%) – et le deuxième parti le plus important derrière Nouvelle Démocratie.

Son dirigeant, Aléxis Tsípras, n’a que 38 ans et semble être le meilleur pour incarner le désir de changement d’une partie de la population grecque. Athina souligne l’intégrité du personnage. « Il était vraiment intelligent, gentil, chaleureux, il se comporte comme un simple citoyen. Il était simplement normal pour le changement» (nous avons doucement ri en entendant ce propos). Athina déplore que le parti ne soit pas arrivé en tête lors des secondes élections législatives de juin 2012, suite à l’absence d’une coalition issue des élections de mai précédentes. « Il aurait dû être premier , il aurait tout changé, il doit être le premier». Si Syriza est un parti de gauche radicale « il n’est pas un parti extrémiste, il veut apporter du changement, que les gens soient libres, vivent dans une société démocratique ».

Elle affirme que les médias ont beaucoup dénigré ce parti, en prétendant par exemple « que son leader est trop jeune pour être président». Pourquoi ont-ils si peur que son parti arrive en tête ? Parce qu’« être le premier signifie changer tout le gouvernement. Donc le gouvernement a intérêt à ce qu’il n’arrive pas au pouvoir ». Elle soupçonne le gouvernement d’avoir manipulé les élections et les suffrages. «Contrairement aux membres de la coalition au pouvoir, Aléxis Tsìpras n’a pas essayé de tromper ou de voler les Grecs ».

La corruption, encore et toujours, hante la Grèce. Athina revient souvent sur ce fléau. Elle croit à une manipulation des élections, notamment à l’encontre du parti Syriza, mais il ne s’agit cependant que de rumeurs, invérifiables.

http://www.youtube.com/watch?v=rC_ei0RxEpQ&feature=youtube_gdata

« Je pense, par exemple, que les résultats des élections ont été d’une certaine manière changés ou manipulés parce qu’il y a tellement de gens avec qui j’ai parlé qui ont été voter, et qui ont voté pour des partis qui ne sont pas à gauche genre juste à gauche [PASOK], mais à gauche de la gauche.
– Syriza?

– Oui, oui, ils sont plus ouverts au changement, tout simplement, au lieu de rester au même point, de s’accrocher à ces mesures et de continuer comme ça. Et, pour certaines raisons, ces partis de gauche qui étaient dominants dans ce pays ne sont pas arrivés premiers aux élections alors que je pense vraiment qu’ils auraient dû arriver premiers, ils auraient dû tout changer, vraiment tout, le statu quo, tout. Mais ils n’ont pas pu, et je pense vraiment que quelqu’un a trafiqué les résultats, et il y a des moyens de faire ça, selon moi, il y a des moyens pour trafiquer les résultats. Si tu as du pouvoir, tu peux faire n’importe quoi. Si tu as du pouvoir, tu voudras rester au pouvoir, tu vas payer des gens pour modifier les résultats, oublier certains votes, ou changer certains votes…

– Donc tu penses qu’il y a une sorte de corruption?
– Ouais, tu plaisantes? Carrément, de la corruption en Grèce, carrément. C’est, je pense, exactement le mot pour caractériser ça : il y a de la corruption en Grèce.»

Je remercie tout particulièrement Margaux Le Gallou pour sa participation à l’interview et son aide pour les traductions.

Tom Joad.

La suite ici : Athina deuxième partie.

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