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L’oreille tendue : vers les élections américaines

 Il y en aurait des choses à dire, d’un point de vue musical, sur cette campagne pour la Maison blanche ! Hormis les classiques meetings animés par des musiciens immensément populaires (Bruce Springsteen et Katy Perry, en tête) et les habituelles prises de becs des rappeurs, on a assisté en vrac à des satires, des parodies, du grand n’importe quoi signé Paul Ryan et des hommages sincères.

Source : huffingtonpost.co.uk

Il ne vous aura pas échappé que Barack Obama est tellement noir que 17% des conservateurs américains le considèrent comme « d’origine musulmane » (véridique). Une bonne occasion pour le compositeur Randy Newman (les musiques des Pixar, c’est lui ! ) de « troller » la campagne avec son White President : http://www.youtube.com/watch?v=cvLeQbwuKys , chanté façon redneck.

« Je rêve d’un président blanc/ comme ceux que nous avons toujours eu/ […] qui sait comment gérer l’argent ou commencer une guerre ». Exagéré ? Pas tant que ça ; on a vu dans les meetings républicains des « Give back the White House to a white » …

 « Il ne sera peut-être pas le plus brillant / mais il sera le plus blanc » : voilà des paroles qui conviendraient bien à Paul Ryan, co-listier de Mitt Romney. Soyons sérieux, disons le mot, musicalement, cet homme est une bille. Partisan du libéralisme le plus forcené, il cite pourtant Rage Against the Machine parmi ses groupes préférés ! Tom Morello, le guitariste du groupe, célèbre pour avoir sans cesse utilisé l’imagerie révolutionnaire et vilipendé les dérives de la société libérale, a d’ailleurs affirmé que « Paul Ryan représente la machine contre laquelle nous nous rebellons [the machine we rage against] ». Sans doute le vice-vaincu ferait bien de méditer cette maxime : « Know your ennemy ».

http://www.youtube.com/watch?v=4smim2MNvF8

Après cette tranche de rire offerte par le parti conservateur, que reste-t-il de réellement intéressant musicalement à se mettre sous la dent ? Ce qui a le plus retenu mon oreille, c’est l’hommage rendu par certains artistes noirs américains au Président en exercice, témoignage d’une vraie fierté envers son parcours. C’est dans la jeune génération des jazzmen prometteurs qu’on trouve les plus belles pièces : s’il est bien connu que la diva du jazz Esperanza Spalding a joué plusieurs fois pour Obama (ici à la Maison blanche : http://www.youtube.com/watch?v=rFsVXdmwZoo ), la « Obama Suite » composé par le jeune saxophoniste Nasir Dickerson est beaucoup plus confidentielle. Elle est pourtant superbe et très intelligemment écrite.

Dans l’extrait proposé ici, Dickerson situe très clairement sa composition dans la lignée de Charles Mingus, un des plus grand jazzman de la seconde moitié du vingtième siècle Comme le laisse supposer ses rythmes entraînants, ses thèmes victorieux et même parfois le nom de ses morceaux (« Haitian fight song »), celui-ci accusa sans relâche, notamment dans son auto-biographie Underdog [Moins qu’un chien], le statut d’infériorité qu’avait les noirs américains tout en revendiquant fièrement la grandeur de la culture noire américaine. Clairement inspiré par ce jazz de combat, Dickerson livre un hommage vibrant à celui qui restera comme le premier afro-américain à accéder à la fonction suprême. Et c’est déjà pas mal.

Grégoire Delette. 

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