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ÉDITO – Accord PS-EELV : le Vert est dans le fruit

C’était la grande tentation de la semaine ; les élus d’Europe-Écologie-Les-Verts (EELV) allaient-ils oui ou non quitter la majorité parlementaire, et donc perdre, outre la face, leurs deux ministres si chèrement acquis ?  Il n’est pas donné à tout le monde de partir comme un prince ; en dépit des menaces de Jean-Vincent Placé, sénateur de son état, et le complaisant « Oh eux ? eh bien qu’ils partent » and so on, de François Hollande (entretien avec Jacques Julliard, paru dans Marianne en date du samedi 10 novembre), il semble bien que les membres de la majorité vont rester encore quelques temps ensemble, quand bien même EELV avale beaucoup de couleuvres, du nucléaire à la modification en loucedé de l’ « Amendement Nutella » en passant par Notre-Dame-des-Landes. Ça doit en démanger plus d’un de faire une « Cohn-Bendit » : partir en claquant la porte d’un air grognon, puis revenir sur la pointe des pieds dès que les journalistes ne sont plus là. Certes, politiquement, c’est inapte, mais ça soulage !

Cela étant, le parti de Cécile Duflot, notre actuelle ministre du logement, a-t-il réellement le choix de poursuivre ou de suspendre sa collaboration avec ce qui semble bien être son meilleur ami dans la longue marche vers une inexorable descente aux enfers électoraux ? Pour le dire autrement, EELV n’a-t-il pas été magistralement attiré dans un piège ?

 » … et ça, c’est ton portefeuille ministériel tout neuf ! » – « Ooooh… »

Terrible est-il et pourtant bien connu, car régulièrement utilisé par le PS : il s’agit de la tristement célèbre Pécéaiffisation ou Tontonisation. Du nom du parti qui en fit régulièrement les frais au travers de l’histoire politique française récente, le Parti Communiste Français (PCF), ou de François « Tonton » Mitterrand, le plus célèbre utilisateur de cette doctrine. Le principe en est excessivement simple, mais toujours efficace : confronté sur un flanc mal protégé idéologiquement à la montée inquiétante d’un parti politique ami mais quand même très rival, le PS offre gracieusement un « programme commun » (1972), voire une « gauche plurielle » (1997-2002, RIP), et deale avec, s’empare du pouvoir en s’appuyant sur les voix de la gauche ainsi sécurisées, tout en courtisant le centre, et en échange du soutien offre quelques portefeuilles ministériels aux chefs du parti allié, lesquels, heureux comme tout d’avoir enfin une voiture de fonction avec chauffeur un moyen de faire appliquer leurs idées par le gouvernement, ne tardent pas à se rendre compte qu’avec le ministère aux transports, ça va pas tellement le faire, question révolution.

… nous confie l’Amiral en apprenant que Martine Aubry lui propose le Ministère aux Pêcheries en cas de victoire de la Gauche Multiple en 2017.

Pire encor’, le Parti-Petit-Frère ne tarde pas à se rendre compte que non seulement il ne possède guère d’autre pouvoir que celui que le Parti Socialiste veut bien lui concéder -et le parti est bien radin là-dessus – mais que sa propre base militante, qui elle n’a eu ni ministère ni chauffeur avec voiture de fonction s’agace de ne pas être traitée comme un directeur de l’IEP de Paris ; elle risque donc de fuir vers des partis moins « compromis », et les ministres n’ont plus que le choix entre la démission, auquel cas ils perdent même leur chauffeur en plus de passer publiquement pour une bande de truffes, ou la participation contrainte et forcée, mais sans la moindre garantie de voir le gouvernement aller franchement dans leur sens. On assiste parfois même à la tactique du salami à l’envers : où il est, Robert Hue, maintenant, hein ? Et qui se souvient encore que Marie-Georges Buffet fut ministre sous Jospin ? Et qu’est-ce qu’on leur apprend aux premières années, je vous le demande !

I’m communist and I know it.

L’arme est cependant à double tranchant : la Gauche Plurielle et les limites de l’accord dominé par le Parti Socialiste n’ont pas été pour rien dans l’explosion en vol de Lionel Jospin en 2002, tous les partis mineurs retrouvant une indépendance nouvelle et bien décidés à se tenir le plus loin possible du PS.

Non que le PS soit l’unique parti à procéder ainsi ; l’UMP, comme son papa le RPR a souvent fait de même, avec des résultats certes nettement moins spectaculaires, aux dépens cette fois de l’éternel ventre mou du corps électoral français : ce grand parti de la démocratie chrétienne qui, telle une hydre miniature, compte plus de leaders pas forcément charismatiques que d’électeurs. Cependant, le réservoir de voix à la gauche du PS est vaste, ce qui n’est pas le cas de l’UMP, où il est plus facile de débaucher un ministre Nouveau Centre qu’un de ses militants. A l’UMP, on sait qu’on peut recycler des anciens membres de l’extrême-droite : Gérard Longuet (ex-Occident) ou Karoutchi (ex-Gudard), voire Guillaume Peltier (ex-FN) ont parfaitement réussi leur acclimatation, même si on sent bien que ça les tiraille par moment. Mais la grande question qui se pose vraiment à ce parti est désormais : peut-on tontonisé le Front National ? C’est qu’à 18%, le fruit est juteux pour qui aime un certain degré de pourriture.

La réponse en 2017 en cas de victoire de la droite !

Axel Devaux. 

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