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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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The Newsroom

Il n’existe pas tellement de bonnes séries consacrées au journalisme. En fait, il n’existe même pas beaucoup de séries qui sont vraiment centrées sur le journalisme en lui-même, sur le milieu, l’univers et les pressions qu’il entraîne. C’est comme ça, c’est plus facile de se faire une idée de son futur quand on veut être flic que lorsqu’on veut bosser au Figaro Madame. Une exception néanmoins; en France, nous avions l’excellentissime Reporters, une série originale de Canal+. Les nord-américains, eux, ont désormais The Newsroom, d’HBO (Home Box Office).

Centrée sur le plateau d’une « newsroom », c’est-à-dire de l’antichambre du Journal Télévisé de 20h (le News Night) d’une chaîne satellite d’information 24h/24h du nom de Atlantic « Pas-du-tout-CNN » Central News (ACN) ainsi que du JT afférent, la toute jeune série est un brûlot lancé à deux cent à l’heure dans la face du système d’information américain, additionné d’une sacrée dose d’impudence politique, qui dans un pays en plein repli idéologique – comme les États-Unis le sont actuellement – représente un vache de coup de pied dans la fourmilière. Le pitch est simple bien qu’un peu dément. Will MacAvoy (Jeff Daniel), présentateur vedette du News Night d’ACN doit son succès et sa position en tête des courbes de popularité à sa capacité à ménager la chèvre et le chou, et pour tout dire, à servir la soupe aux républicains et aux démocrates tout en critiquant de temps en temps ces salauds de socialistes. Son JT est donc d’autant plus suivi qu’il est chiant à mourir, c’est ce qu’on appelle le théorème de TF1. Jusqu’au jour où débarque Mackenzie McHale (Emily Mortimer), une journaliste de retour de trois ans en Irak. Un peu idéaliste, un peu barrée, et ancienne amoureuse de Will (un peu de guimauve, ça ne peut pas faire de mal). Sa mission : rendre à Will sa volonté de warrior of hell, et transformer le JT tout mou en un truc qui cogne, qui frappe, qui tabasse ta mère avec une batte de baseball, t’vois ? Autant faire de Pujadas un vrai journaliste. Sa cible : les crétins en général, mais, de façon plus particulière, le Tea Party. Il rejoint un peu le cultissime God Bless America, dans cette optique.

Will retrouvera-t-il le moral ? Deviendra-t-il la bête noire de l’extrême-droite la plus stupide du monde ? Réussira-t-il à pécho Mackenzie après avoir humilié Ron Paul en direct live ?!? Vous le saurez en regardant les épisodes 1 à 10 de The Newsroom. Non, c’est pas la fin, il y avait une feinte.

Sur le plan technique, la série fait d’ailleurs très fort en mixant avec succès fiction et images enregistrées. De l’explosion de la plateforme « Deep-Water Horizon » de British Petroleum au large de la Louisiane en passant par la mort d’Oussama Ben Laden jusqu’à la campagne pour les primaires républicaines, le mélange est saissant et vous plonge tout de suite dans la réalité de la chose, en enchaînant les punchlines et les vacheries bien senties. Pas besoin de viser « rédacteur en chef du Monde » comme cursus honorum ultime pour apprécier la série, une expérience ludique pour tous. Presque trop d’ailleurs. Les personnages que met en place le créateur de la série, Aaron Sorkin (plus connu pour l’excellente série The West Wing que pour le très moyen film   Social Network), sont certes fun, mais… ils le sont un peu trop. A force d’enchaîner les blagounettes et les quiproquo, un peu pour le plaisir, on finit un peu par perdre une petite partie du message de la série, pourtant assez violent, sur le niveau de la corruption et sur le business de l’information de masse aux États-Unis (déconnez pas, c’est pas beaucoup mieux chez nous, vous voulez que je vous parle de l’indépendance des journalistes ?). Toujours est-il qu’une telle atmosphère assez  »bon enfant », hormis sur le plan politique, surprend presque chez HBO, qui nous avait jusque là plutôt habitués aux séries du genre sacrément burnées, comme l’excellente Rome ou le jouissif Game of Thrones (oui mais après, je suis un fan inconditionnel de Georges, j’aurais vendu mon âme pour voir la gueule de Ned Stark jouée par Boromir <3).  Pour tout dire, ça manque un peu de sang, de boobs à l’air, de cul, de chevaliers en armure qui se malaxent la face à coup de masse d’arme, de sado-masochisme, d’inceste et autre contenu beaucoup plus hbiesque en général. M’enfin, why not, ça repose les yeux après trois heures de théorie de l’innovation.

En conclusion, une sacrément bonne petite série à voir et à revoir, ne serait-ce que pour voir Michele Bachman se faire crucifier en direct. A mon avis, ça doit être un gros bunch de godless liberals à HBO.

Axel Devaux. 

 The Newsroom, d’HBO, par Aaron Sorkin, avec Jeff Daniel, Emily Mortimer, John Gallagher Jr, Alison Pill et Sam Waterson, introuvable en France sur aucune chaîne de télé qu’il soit. Néanmoins, si vous êtes gentil et que vous voulez tester pour voir, dans le cas où vous auriez une clef usb et la présence d’esprit de poser la question à votre journal en ligne favori, et bien on ne pourra rien pour vous parce que le téléchargement, c’est super-mal et que nous on respecte la loi.

Adante : Sur la remarque d’une de nos lectrices, vous trouverez ici une contre-critique de Slate.fr sur cette même série.


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