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Proust-sama ou la littérature façon manga

Depuis maintenant presque 2 ans, la maison d’édition Soleil publie l’adaptation de grands classiques de la littérature sous forme de manga, de Proust à Hugo en passant par Tolstoï et Stendhal mais aussi Marx et Machiavel. Cette adaptation se fait le plus souvent en un seul tome (one-shot), ce qui, avouons-le, semble bien court pour résumer l’intégralité de A la Recherche du temps perdu ou des Misérables. Si les admirateurs de Proust ou d’Hugo crient déjà au scandale et à la trahison, certains pourront être tentés de découvrir ces monuments de la littérature d’une façon bien moins conventionnelle.

http://img.manga-sanctuary.com/big/a-la-recherche-du-temps-perdu-manga-volume-1-simple-48456.jpg

Néanmoins il est dommage de constater que la qualité du dessin, loin d’être extraordinaire, est assez moyenne (en tout cas pour les volumes que l’auteur de ces lignes a eu l’occasion d’avoir entre ses mains). Mention spéciale à la première apparition de Swann dont le design est pour le coup ridicule extravagant. Cependant les traits épurés et la simplicité du dessin attireront peut-être un public d’ordinaire réfractaire au manga. Il est d’ailleurs amusant de noter qu’aucun nom de mangaka n’est précisé, le lecteur étant invité à lire une œuvre classique et non celle d’un mangaka en particulier. L’éditeur précise d’ailleurs que « par la lecture de ce manga, nous avons la volonté de provoquer l’envie de lire cette fabuleuse œuvre dans le texte« . Inutile donc de jouer les vierges effarouchées. Voilà pour la forme.

Sur le fond, il est clair que ce qui est proposé au lecteur n’est qu’une simplification d’œuvres majeures. Simplification que certains qualifieront de dénaturation au motif que l’accent est évidemment mis sur l’intrigue et non sur le style. Difficile en effet de retrouver la grâce de la  phrase proustienne dans un condensé de La Recherche en 384 pages… Sacrilège d’autant plus grave que Proust est considéré par certains comme l’inventeur du roman moderne car il fît du style la pierre angulaire de La Recherche (même si Flaubert avait déjà affiché cette ambition avec Madame Bovary).
Faut-il alors ne voir dans ces mangas qu’une initiative marketing ratée, dénaturant des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale?

Force est de constater que ces œuvres ont su trouver leur lectorat, la collection ne cessant de s’agrandir et de se diversifier (les dernières adaptation étant celles de la Bible et de Confucius). En dépit des défauts précédemment évoqués, ces mangas constituent en effet un moyen de découvrir des ouvrages qui peuvent être difficiles d’accès. En marge du sempiternel discours sur la faillite de l’enseignement et le désintérêt des élèves pour la lecture, il est intéressant (rassurant?) de voir que l’utilisation de nouveaux supports de diffusion permet  à des lecteurs de découvrir des auteurs classiques. Peut-être que des personnes rebutés par le lecture de Proust ou de Stendhal pourront grâce à ces mangas redécouvrir ces œuvres et ainsi se tourner vers l’œuvre originale qu’ils auraient autrement délaissée.

Bien davantage qu’une « défaite de la pensée » trop souvent dénoncée par les conservateurs réactionnaires, ces mangas peuvent être vus comme une réappropriation et une réinterprétation de la culture classique. La préface du Capital est d’ailleurs rédigée par Olivier Besancenot qui invite le lecteur à mettre sa lecture en perspective de la crise que traverse actuellement l’économie mondiale. Si certains hurleront à la démagogie, il est intéressant de noter l’impact qui est prêté au manga.

Que penser en définitive de ces adaptations? Il faut sans doute les prendre pour ce qu’elles sont, à savoir des adaptations d’œuvres littéraires. De même que l’adaptation cinématographique d’un livre ne remplacera jamais l’œuvre originale, ces mangas ne prétendent pas remplacer Proust ou Hugo. Ils prétendent simplement donner au lecteur l’envie de découvrir La Recherche ou Les Misérables. Et c’est déjà pas mal.

Antoine Tournié

 

 

  1. Grégoire D. Grégoire D.

    A noter que « La Recherche …  » a également eu une adaptation en BD, un peu rigide mais qui laisse une meilleure place au texte.

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