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Élections à l’UMP : Geoffrey Delepierre, un Filloniste à l’IEP.

 

Geoffrey Delepierre a bien voulu être interviewé par l’Apostrophe, ce qui  constitue en soit déjà une première que malheureusement peu de médias ont repris.  L’exercice est ardu  pour les militants de l’UMP, surtout ceux qui possèdent une responsabilité locale. En effet, il s’agit à la fois de soutenir Fillon – encore officiellement perdant des élections à seulement 98 voix selon la proclamation des résultats de la COCOE du lundi 19 novembre au soir, de critiquer le comportement de Copé, de montrer son attachement l’UMP en proie à une grave crise comme on n’en avait pas vu depuis Chirac-Balladur, d’applaudir ce premier exercice démocratique au sein de l’UMP, tout en dénonçant les erreurs et les manques de l’organisation du scrutin. Une broutille. Dommage qu’il use autant la langue de bois, même s’il nous livre des détails qu’ont rencontré beaucoup de bureaux de vote.

Les questions posées concernent tout d’abord les raisons de son engagement pour Fillon. Il y revient d’ailleurs à plusieurs reprises dans l’interview et c’est notamment  l’occasion pour lui de dessiner en creux un portrait négatif de Jean François Copé : «[ Fillon] est un homme que j’ai découvert sous Nicolas Sarkozy et avec lequel  j’ai adhéré pendant la campagne. Il est droit dans ses botes, a une vision pour la France et de sa famille politique. C’est un homme qui ne s’enferme pas, qui a un projet global pour la France et pas un projet de satisfactions de petites humeurs et sentiments personnels et individuels sur des sujets  démago – je ne vise personne. » Et lorsque je l’interroge sur la revendication d’une « droite décomplexée » par Jean François Copé, il me répond : « Copé, avant de revendiquer une droite décomplexée a été chiraquien, villepiniste, antisarkoziste et maintenant plus sarkoziste que Sarkozy ». Fillon n’a cependant pas réussi à capitaliser plus de 50% des suffrages sur son nom. Jouer sur la popularité n’a encore une fois pas été porteur, et inversement la stratégie de droitisation a fonctionné au sein des militants UMP.

Fillon a-t-il commis une bête erreur stratégique ?

« Je voudrais rappeler qu’on parle d’une ligne décomplexée, c’est-à-dire d’une forte droitisation de l’UMP  à travers les motions : Je rappelle que dans  la Droite Forte, déjà , il y a une confusion des genre à travers l’intitulé et  certains militants qui n’avaient pas grand chose à faire des motions, en voyant le mot « forte »  croyaient que ça faisait référence au courant sarkoziste de la France Forte, elle fait 22.1%, plus la Droite Populaire,  ça fait 30% [ en tout]. En face vous avez toutes  les autre motions gaulliste, humaniste, la Boite à Idée [Fillon], la Droite Sociale de Wauquiez qui arrive derrière la Droite Forte : toutes ces motions qui appartiennent à la droite historiquement modérée qui font  70% des votants. Donc une droitisation de l’UMP de par son idéologie  et bien je dis non. »

Plusieurs erreurs ou approximations sont à relever.

D’abord, le premier hic c’est que la Droite Forte représente près de 28% des suffrages (Geoffrey Delepierre reconnaît cette approximation de sa part), aussi, la motion « France Moderne et Humaniste » représenté par Jean Pierre Raffarin, soutient de Copé, cumule 18% des suffrages exprimés. Aussi, Bruno le Maire soutient notamment la motion « La boîte à Idée » et il affiche son neutralisme vis à vis des deux candidats. La Droite sociale de Wauquiez est loin de représenter l’aile gauche du parti. Quant à la motion des « gaullistes », ses représentants sont divisés : Henri Guaino et Roger Karoutchi soutiennent Copé tandis que Patrick Ollier soutient Fillon et MAM n’a pas affiché sa préférence.

Ainsi, les motions soutenant Fillon sont très loin de réunir 70%. C’est inversement les motions représentant une ligne plus dure qui se trouvent en tête. Quand à Fillon, difficile de le voir comme un modéré, puisque parmi ses soutiens se trouve un certain Eric Ciotti. Wikipédia, la source de tout bon journaliste, dit qu « il est l’auteur d’une proposition de loi visant à lutter contre l’absentéisme scolaire en suspendant ou supprimant des allocations familiales en cas d’absentéisme prolongé », un modéré, donc.  Le débat est donc beaucoup plus complexe entre pro Fillon et pro Copé, ligne modérée et ligne dure. Par exemple, si Fillon se réclame du courant de feu Philippe Séguin (gaulliste ou « gaullien »), il rassemble autour de lui des personnalités comme Wauquiez, Pécresse ou Ciotti qui incarnent eux aussi différents courants de la droite . Tout s’entrecroise dans le parti, puisqu’il s’agit avant tout d’une querelle de personnalité ou plutôt de style. Quid de l’élection ?

« Est ce que ces élections ont été un bel exercice démocratique ?

-Il y a eu un véritable engouement, les gens se sont intéressés, ils sont allés voter, il y a eu à peu prêt 70% [60% environ en réalité ndlr] de participation, même si il y a eu des contestations que je formule aussi dans la circonscription concernant l’utilisation de procurations – on ne va entrer dans ces détails là. Moi ce qui m’intéresse, ce n’est pas entrer dans le caniveau. […]. C’est un bel exercice démocratique de récompense et d’écoute des militants qui sont généreux et qui sont sur le terrains depuis plus d’un an. Mais c’est lamentable, c’est délétère,  la manière dont ça s’est passé dès dimanche, ça a tout gâché.[…] Mais  ca n’a pas été mafieux en ce sens là, je n’accuse pas les militants de François Copé, mais je peux déplorer ce qui s’est passé dans la nuit de dimanche à lundi. C’est devenu une guerre des nerfs, de biceps.  On ne respecte pas les statuts : on ne se déclare pas  président de l’UMP pour essayer de forcer le camps d’en face de faire un faux pas, et surtout on n’accuse pas le camps d’en face de fraude quand on n’a pas les preuves pour essayer de le déstabiliser et de légitimer son auto-proclamation » .

Impossible d’en savoir plus, il ne souhaite rien divulguer de ce qu’il a vu ou entendu :

« Et toi tu étais bien au sein du QG de Fillon ?

-J’étais là où j’étais, et je ne dirai pas ce que j’ai pensé j’ai vu, ça ne regarde que moi et mon âme… et elle s’en porte très bien ! François Fillon est un homme digne, droit dans ses bottes, qui a été admirable et qui a bien résisté . »

Pourtant on comprend facilement sa déception quant aux résultats ou plutôt aux arrangements qui ont menés aux résultats. La lettre qu’ Eric Ciotti  a remis au président de la COCOE fait état d’un nombre très conséquent d’irrégularités ou fraudes en tout genre, et parfois très graves.  On imagine aisément Geoffrey avoir pris connaissance de ces fraudes. Et c’est du bout des lèvres qu’il concède avoir démissionné – momentanément- de son poste de responsable des jeunes UMP du boulonnais. Il souligne aussi que la commission de recours est composée majoritairement de membres qui soutiennent Copé et dit qu’ « on ne peut pas être juge et parti ».

« Est ce que tu considères de la COCOE  a bien effectué son travail ? 

– La COCOE  a eu un problème extrêmement difficile, j’aurai pas aimé être membre de la COCOE durant dans la nuit de dimanche et la journée de lundi. Ça a du être affreux : Le problème, c’est qu’elle a fait son boulot mais elle n’avait pas forcement les moyen. Il va falloir renouveler nos instances et qu’on s’habitue à cet exercice démocratique.[…] L’organisation de l’élection a été raté, ça a été mal organisé. Allez voir dans la Circonscription comme celle de Nice ou du 16ème arrondissement [ de Paris] , vous avez beaucoup de militants. A titre de comparaison dans ma circonscription du NPDC j’ai 500 militants et dans celle de Debré à Paris du 16e il y en a 5000 et pourtant il y a avait le même dispositif : un bureau de vote, 3 urnes, 1 huissier. »

Et pourtant, il n’y avait pas d’huissier dans chaque bureau de vote ! Pour sa part, il a pu constater des militants âgés remettre leur procuration à d’autres ne sachant pas qu’ils soutenaient Copé. Aussi, les registres n’étaient pas mis à jour et un militant a dû attendre plusieurs heures avant de signer et déposer son bulletin de vote, avant que sa situation ne soit régularisée. De tels disfonctionnements et irrégularités, mineurs toutefois, ont pu facilement être répétés dans de nombreux bureaux de vote et à une dimension encore plus grande. Dès lors, on voit mal qui des deux entre Copé et Fillon pourra revendiquer une victoire et la présidence de l’UMP et être garant d’un parti qui depuis cet interview c’est davantage enfoncé dans la crise.  Que l’UMP éclate entre deux partis, il y a peu de chances, mais que les querelles empoisonnent les relations internes pendant des années et affaiblissent ce parti, cela me semble évident et inévitable.

Tom Joad. 

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