Skip to content

Les rédactrices en chef 2018 - 2019

Matthieu Slisse et Iloé Fétré - 7 mai 2019

Matthieu Slisse • 06 mai 2019

Matinée d’échanges à Sciences Po Lille – « À travail égal, salaire égal » ?

Valentine Le Lourec · 2 mai 2019

Comité de mobilisation pour le Climat de Sciences Po Lille - 1er mai 2019

previous arrow
next arrow
PlayPause
Slider

ÉDITO – Et alors, on s’en …. le ?

Souvenons-nous : en mai 2012, l’élection de François Hollande, l’arrivée au pouvoir de Jean-Marc Ayrault en tant que Fillon 2.0. Dépression généralisée pour l’immense majorité des amateurs de clashs politiques, tant la présidence normale semblait lisse, normale, ennuyeuse comme le trois centième épisode d’Amour, Gloire et Beauté. On avait tort de s’inquiéter, aucun gouvernement ne peut rester bien longtemps au pouvoir sans faire quelques grosses bourdes. Il y a les fausses – ce sont celles dont s’offensent bien fort les journaux – et puis il y a les vraies fautes, celles qui passent à la trappe.

Prenons le premier exemple qui nous passe sous le nez : la “liberté de conscience” des Maires à propos du mariage universel – lequel revient à dire que la République accorde les mêmes droits à tous ses citoyens, c’est ce qu’on nomme “égalité”, un truc sans grande importance, ça n’est jamais écrit qu’au fronton de toutes les mairies après tout.

De quoi la “liberté de conscience” est-elle le nom ? De plusieurs choses, pas forcément sympathiques au demeurant. Accorder par la parole présidentielle le droit à la “liberté de conscience” pour les Maires, c’est :

1 – Donner publiquement raison à tout ceux qui disent que quand même, si on y réfléchit bien, il y a bel et bien une différence : les fiottes, c’est pas des gens comme les nous-autres, et qu’il faudrait voir à pas qu’ils fassent comme nous. Dans le même élan, pourquoi ne pas relancer l’esclavage aussi : après tout, les Africains n’ont pas d’âme (pis ils sont pas rentrés dans l’Histoire non plus). Et ne parlons même pas du droit de vote de Bobonne. Depuis quand une femme, c’est l’égale de l’homme ? Lawl. Bientôt même les végétariens auront le droit de vivre. 

Évidemment, me direz-vous, la plupart des opposants au droit des gay à faire la chenille au mariage de tante Brigitte et tonton Jean-Luc et de divorcer comme n’importe lesquels de leurs concitoyens pensent effectivement ça – et qu’il faut arrêter les sarrasins à Poitiers. C’est un peu plus inquiétant quand ça vient d’un homme qui, si, si, on vous le jure, est progressiste.

2 – La “liberté de conscience” désigne normalement le droit pour un fonctionnaire de refuser d’obéir à un ordre particulièrement abject de sa hiérarchie. Genre collaborer avec le monsieur poli au fort accent allemand qui vient d’arriver de Berlin par train spécial. Et je ne parle pas de la Grèce, là.

Mettre sur le même plan le refus de collaborer à l’horreur nazie et celui de marier des gens parce que Dieu n’aime pas trop les pédés et qu’il te l’a dit à l’oreille pas plus tard qu’hier, humm, ouais, non, ça se tient. 

3 – Reconnaître à un maire sa liberté d’être un connard homophobe, ce qui est en effet, son droit le plus absolu. Après tout, qui dit homosexuel dit zoophile, voire pédophile (et l’Église en connait un rayon là-dessus). Pourquoi, en effet, les lois de la République ne devraient-elles pas céder devant la conviction que tout ça “c’est pas très naturel quand même” ?

Et en effet depuis que le Canada a reconnu qu’à bien y réfléchir les homosexuels étaient des humains comme les autres, le taux d’union civiles entre humains et caribous est en constante augmentation (sauf en Gaspésie, où il était de toute façon naturellement déjà très haut).

A titre personnel, j’ai beaucoup de mal avec l’idée de marier des sales cons. J’ai cependant toute confiance dans mon pays pour qu’il m’autorise, dans l’hypothèse que je devienne maire de St-Paumé-sur-Loire, à déléguer ma signature à mon adjoint lors des unions républicaines de nos amis de Civitas et de l’Alliance Vita.

4 – … Une stratégie politique ! : la délégation, de signature, de pouvoir, etc. , ça existe bel et bien dans la loi française, c’est même un des fondements du droit administratif, comme le savent bien tous ceux qui ont écouté avec joie et émerveillement les cours de Maîtresse Martine Cliquennois en 2A. Aussi les Maires pourront parfaitement déléguer leur tâche ingrate à un adjoint malchanceux. Ce qui vise sans doute moins à épargner les plus sensibles de nos élus du peuple qu’à permettre aux fiers représentants de Versailles et Crucifix-sur-Seine de se vanter auprès de leurs administrés qu’eux au moins respectent bien les commandements de notre Seigneur et non les diktats païens de la République catin et impudique (c’est tellement IIIème Rép’, comme débat quand même…).

Malheureusement, d’un, nombre de nos élus tendent à piocher allègrement dans les caisses de l’État. On imagine mal le Président invoquer la “liberté de se remplir les poches” (enfin, ce Président là en tout cas.) De deux, l’argument du mais-si-je-marie-les-invertis-les-électeurs-vont-me-châtier-comme-Om-châtia-les-sidonites ! ça marche pas tant que ça, après tout c’est pas de la faute du maire s’il doit respecter la loi, son opposant politique – sans doute un de ces Fillonistes d’extrême-gauche – devra faire pareil, de toute façon. Maintenant par contre, ça va vraiment devenir un argument valable. Bravo, François !

5 – Non, vraiment, le Président avait vraiment envie de faire foirer la seule vraie avancée sociale qu’il reste à conquérir pour les socialistes (avant l’autorisation du mariage zoophile, évidemment). Faire la loi, mais la vider publiquement de son contenu, c’est fort, c’est très fort.

Que quelques Maires vont effectivement prendre la peine de déléguer leur compétence à un adjoint, c’est certain, certes. Pour autant était-il indispensable de donner quitus à pareil comportement, qui annihile toute la portée symbolique que la mesure pouvait représenter ? On comprend assez bien qu’elle a été la première idée du Président : ménager la chèvre et le chou. D’une main on donne le mariage, et de l’autre, on en retire la portée égalitaire, au motif qu’au final le droit sera le même, et que c’est cela qui importe, tout en évitant une crise politique “majeure”, sous-entendu similaire à celle du PACS. Comme ça tout le monde est mécontent, mais pas au point de se révolter trop fort, de peur de perdre le peu qu’ils ont l’impression d’avoir gagné sur leurs adversaires. Indéniablement, c’est politiquement habile. Rappelons qu’une fronde des Maires, il y a quelque dix ans de cela, avait conduit à transformer le Pacs de “quasi-mariage” à “quasi-contrat”, de devant monsieur le Maire à devant monsieur le Notaire. Car après tout, le mariage aussi c’est une notion bourgeoise ; la seule chose qui importe vraiment, n’est-ce pas de savoir à qui seront les biens de l’autre après le divorce ?

 Malheureusement, il aurait fallu couper les micros. Heureusement, quand ça va pas, il y a toujours l’UMP pour vous remonter le moral !

Axel Devaux. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *