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The Hobbit

C’était sans doute le film le plus attendu de l’année. Après presque dix ans d’absence, c’est enfin le grand retour (Bande-Annonce en lien) en Terre de France de l’Anneau Unique, de Gandalf, plus gris que jamais, des Semi-Hommes aux pieds poilus, des épées magiques qui brillent dans le noir, des nains barbus, des elfes très aryens insupportables, des cottes de mailles en mithril, de l’herbe du Vieux-Toby, des compos musicales orgasmiques d’Howard Shore, et des uruk haï massacrés en pagaille ; avec The Hobbit, la Terre du Milieu est de retour ! Et ça va poutrer de l’orque en masse… ou pas.

Préquelle du Seigneur des Anneaux, le Hobbit est tiré du premier ouvrage éponyme de J.R.R. Tolkien, un conte pour enfants sympathique de 330 pages environ où le maître britannique explore les grandes lignes de ce qui deviendra le plus fameux des univers fantastiques, autour des premières aventures de Bilbon Baggings, oncle du fameux Frodon. C’est accompagné de treize nains barbus (dont Gloïn, père de Gimli-fils-de comme chacun sait) et guidé par Gandalf le Gris que le digne hobbit part, soixante années avant le début de la Communauté de l’Anneau, bouter Smaug le Grand Ver. La Bestiole qui plantonne en la Montagne Solitaire près d’Erebor-sur-le-Long-Lac a en effet volé soixante années encore avant trésor et royaume au grand-père du chef des Nains, le ”jeune” Thorïn Oakenshield. Il y trouvera notamment Dard, l’épée elfique qui devient un sabre laser bleu en présence d’orques et l’Anneau des Nibelungen Unique. Le décor étant planté, la nouvelle trilogie peut débuter : est-elle réellement aussi nulle que les critiques le disent ?

A première vue, le casting est rassurant, puisqu’on retrouve aux commandes Peter Jackson, maître d’oeuvre de la première trilogie. Hum. Une trilogie qui a révolutionné l’histoire du cinéma qui se voit suivie par une préquelle en trois épisodes, réalisée par le même bonhomme que la première fois ? Diantre, où ai-je déjà vu cela avant… Anyway, l’équipe (à défaut du studio) étant la même, on serait en droit de se réjouir. Hormis quelques énormes erreurs relativement marginales – du genre, l’arrivée d’un régiment d’elfes de la Lothlorien au Gouffre de Helm ! WTF ?! -, Jackson a suivi à la lettre le Verbe du Maître, à tel point que même un inquisiteur forcené dans mon genre, toujours prompt à pousser des cris de loup enragé à la moindre virgule modifiée du Texte Canon, n’a guère de choses à lui reprocher là-dessus. Le fan du Seigneur des Anneaux se croit même en droit de baver, puisqu’un coup d’oeil à la distribution lui apprend qu’outre le retour de Gandalf, il aura aussi celui de Frodon, de Legolas, de la dame Galadriel, d’Elrond et même, sans déc’, de Saroumane le Blanc ! Mais pas d’Arwen ni de Grand-Pas, alors que, vu son âge, il aurait très bien pu être dans le coin, ça ne lui fait que trente ans après tout. Tant qu’à faire de ce film un caméo géant et/ou le “on s’était dit rendez-vous dans dix ans” de la Communauté de l’Anneau, on aurait pu y aller à fond, hein !

C’est d’autant plus triste à voir qu’on sent bien que Peter Jackson a pensé au fan : le film est constellé de clins d’oeil, blagues et références à la première Trilogie, voire des lieux connus (la tour où Frodon se fait poignarder, ce genre de choses…) carrément de paysages entiers. Entre la forêt des trolls et Fondcombe, ce bout de terrain parcouru d’Ouargues, déja vu en descendant d’Amon Sul pour y traquer les Uruk Haï ! C’est les marches du Rohan, ça. Euh, why not, c’est cool de savoir qu’elles sont si proches de Fondcombe en fait. Un point à relever : la fidélité au texte est parfaite : Jackson suit mot à mot les recommandations. Si vous avez lu le livre, vous ne serez nullement dépaysés. Tous les paysages obligés y sont, de la rencontre avec le plus célèbre schizophrène de la Terre du Milieu, Gollum, aux Trolls, et jusqu’aux chansons qui sont reprises au mot près. Rien à redire, on connait bien la loyauté de Jackson au texte canon. Assez fluide, le film suit bien l’action, amenant même de temps en temps un sourire sur les lèvres du spectateur, voire une pointe de nostalgie lorsque le leitmotiv magique de l’Anneau retentit, nous replongeant dix ans en arrière…

… Malheureusement, l’ombre du Seigneur des Anneaux – le film, même si Sauron est bien sûr présent as “The Necromancer de Dol Guldur” – pèse sur le film du début à la fin. C’est son malheur. En dépit de toute l’évidente bonne volonté de Jackson, la comparaison s’impose tout du long, elle est cruelle. Le monde du SDA est froid, sombre, en proie à une sourde menace qui va crescendo jusqu’à la fin, le feu et les ténèbres mêlés, bref, le film était un pur chef d’oeuvre à la mesure du livre, une énorme claque dans ta gueule. A coté, The Hobbit n’en est hélas qu’une pâle copie, presque une parodie. Sans compter que les choix techniques sont loin d’être heureux : la 3D, franchement ? A part coûter deux euros de plus au spectateur, on se demande bien ce que ça apporte, à part un mal aux yeux et une impression d’iréalité (bref, l’inverse du but recherché quoi). Graphiquement, on perd tout le génie qui avait présidé à la réalisation du Seigneur des Anneaux. Qui n’a pas ressenti l’oppression de la Moria ? La puissance du combat dans la chambre des archives ? L’ambiance générale des trois premiers films était bluffante. Autant en faire son deuil dans le Hobbit : l’image rend mal, c’est trop vif, trop flashy, sérieusement, on se croirait au croisement entre un film Disney et une comédie pour gosses. Dès la première image, la Forteresse Naine de l’Erebor semble sortir tout droit d’un plateau de Warhammer. Ne parlons même pas des soldats (éventuellement, vomissons en voyant des Nains manier des épées longues, en contradiction avec toutes les lois de la fantasy) qui ont l’air de caricatures d’eux-mêmes. Rappellons que c’est quand même J.R.R.Tolkien qui a inspiré l’écrasante majorité de la Fantasy avec ses Elfes et ses Nains – jusqu’à ce que G.R.R.Martin le supplante avec le Trône de Fer. Quant aux combats – qui sont pléthores, le film se compose essentiellement de ça – ils rendent complètement creux, plats, comme le reste du film. On s’y ennuie, et, détail qui tue, les épées, après être passées dans trouzmille corps de gobelins (des monstres de noobs en plus) en sortent… blanches comme un vote à l’UMP ! Whaouh, les Noldors faisaient des lames blood-proof en plus des Silmarils ?! Non sérieux, on est chez Disney ou quoi ? Franchement, Radagast le Brun, il sort de Blanche-Neige le dessin animé, c’est pas possible. J’avais signé pour un film badass, pas une parodie franchisée du Seigneur des Anneaux ! On est clairement plus proche de sombres bouses comme Eragon (disparu sans laisser de trace, merci Luthien) voire même Blanche-Neige et le Chasseur. D’ailleurs, c’est la même équipe de nains que dans ce film.

“Radagast le Brun, il mange trop de champignons magiques” dixit Saroumane (c’est une vraie citation du film). Ça se tient.

The Hobbit ne se relèvera pas de cette confrontation ; difficile de se mesurer au chef d’oeuvre qui a bercé une génération, d’autant plus que le livre lui-même est moins ”mature” que son auguste successeur. On s’inquiète de la volonté affichée par Jackson de faire deux autres pensums sur le sujet, alors même que les nains en sont déjà au trois quarts du livre arrivé à la fin du premier film. A moins que Peter Jackson ne change radicalement sa nouvelle façon de faire, supprime cette 3D ridicule, et revienne à un style plus proche du Seigneur des Anneaux, cette Terre de Milieu en Technicolor pour les familles risque de très mal prendre. Non qu’ils n’y aillent pas, la curiosité sera trop forte, mais ils en seront très probablement déçus. Bref, si vous pouvez résister à la tentation, franchement vous n’aurez pas perdu grand chose. Quitte à revoir Gandalf, Elrond, et toute la joyeuse bande, sauvez votre argent, rematez l’intégrale longue durée du SDA, ça vaut clairement plus le coup !

La note de l’Apostrophe : 2/5. Utile pour faire découvrir les orques à votre petite cousine sans lui faire peur avec le Balrog. Décevante surdose d’effets spéciaux inutiles, mais belle fidélité au texte qui mérite d’être reconnue. 

Axel Devaux. 

  1. Grégoire D. Grégoire D.

    ” J’avais signé pour un film badass”
    Bah justement, le livre original (qui fait qu’en fait parler de “prequel” ici c’est un peu déplacé peut-être) est écrit pour les enfants. Dixit les lettres de Tolkien.
    Je comprends ta déception mais donné la noirceur du SdA au Hobbit ça aurait été une erreur de lecture énorme!

    Bref, sinon, j’irai voir le film quand même mais ta critique me laisse pas trop d’illusion sur sa qualité… Dommage…

  2. Je pense personnellement que le terme de préquelle se justifie assez bien, pour le film, pas pour le bouquin.

    Je suis d’accord sur le fait que le film était inspiré d’un conte, et d’un univers qui est à l’époque moins menacé … mais la comparaison avec le Seigneur des Anneaux est impossible à ne pas faire ! C’était là tout le danger du pari de Peter Jackson. Même si il faut vraiment reconnaître qu’il a fait un effort réel de fidélité au texte.
    Il y a forcément une comparaison qui s’opère, et elle n’est pas du tout à l’avantage du Hobbit (D’ailleurs, 95% des gens vont aller voir ce film parce qu’ils ont vu la première trilogie, pas forcément parce qu’ils ont lu le livre).

    Après, le coté vraiment dérangeant du film, c’est quand même la façon dont il est filmé ; on perd non seulement le coté “froid” du SDA, mais effectivement, ça s’explique, mais surtout le coté “réaliste”, et c’est vraiment dommage. C’est juste qu’on y croit pas, la magie n’opère pas cette fois-ci. Quant au rôle de la 3D pour gâcher ce qui reste, n’en parlons pas.

    • Grégoire D. Grégoire D.

      La 3D est un fléau, nous sommes bien d’accord….

      C’est con que le film soit pas très réussi parce que ça aurait très bien put être le SdA sans ses défauts (à savoir la perte de profondeur mythologique par rapport à l’oeuvre de Tolkien, surtout dans le Retour du Roi; et des dialogues assez souvent stupides genre “le soleil est rouge, beaucoup de sang a du couler cette nuit.”)

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