Skip to content
Slider

Lonesome dreams – Lord Huron

Décembre: la neige, le froid, les jours qui raccourcissent, les examens, la fin du monde…
Bref autant de bonnes raisons pour s’évader loin de cette actualité navrante. Et ça tombe bien car c’est ce que nous propose Lord Huron, un Américain, avec son premier album, Lonesome dreams. Celui-ci semble tout droit sorti d’une autre époque. Bien loin des musiques commerciales produites à la chaîne ou des boys band pour adolescentes prépubères, Lonesome dreams propose, à travers ses 10 chansons, un voyage onirique et poétique.

http://did.youhearthenew.com/wp-content/uploads/2012/10/Lord-Huron-Lonesome-Dreams-22.jpg

La couverture de l’album annonce à quel type de voyage nous invite Lord Huron. Ici, il n’est point question d’itinéraires prédéfinis, de chemins déjà tracés. L’invitation au voyage est la promesse de surprises, d’errances et de rêveries. Les portes qui nous sont ouvertes sont celles de notre propre imaginaire.  “To the end of the earth will you follow me?” nous invite la première chanson, “End of earth”. Le ton est donné, il s’agit d’une expédition vers l’inconnu, vers la promesse d’un monde inexploré. Sans trop forcer l’interprétation, on peut rapprocher ce thème de l’expédition de celui de la ruée vers l’or, vers l’Ouest. Cet Ouest, qui fut jadis la promesse d’aventures, de richesses et de découvertes pour de nombreux pionniers, se retrouve dans la deuxième chanson, “Time to run” : “I’m gonna find me a life, baby, way out west”

Parmi les autres thèmes récurrents de l’album, l’on trouve également la nuit, la solitude et la mort. Le voyage vers l’inconnu retrouve là un thème tellement classique qu’il en est presque cliché, celui de la mort comme ultime voyage vers des rivages inconnus. Mais loin du doom metal, l’évocation de la solitude et de la mort n’est pas ici prétexte à la dépression ou à la lamentation. La voix et les mélodies n’ont rien d’agressives, elles sont au contraires douces et calmes, nous faisant pénétrer chanson après chanson dans cet univers onirique, parfois mélancolique, du voyage.  Car le fil directeur de l’album est bien l’éternel voyage.

Et ce voyage à travers les États-Unis n’est pas sans rappeler une certaine exaltation romantique. Le lecteur d’Atala ou de René retrouvera, à travers l’évocation des lacs, des rivières et des dunes, des paysages semblables à ceux décrits par Chateaubriand. La solitude d’un homme face à l’immensité et la diversité de la nature, tour à tour chaos menaçant ou paysage magnifique que peint Chateaubriand, se retrouve d’une certain façon dans la chanson “Lonesome Dreams”:

“I walk on a winding road in the deep of the night near the edge of the known / I pass by a moonlit lake and a cold wind blows and my bones start to shake / And I feel I should know this place as the road winds on into wide open space / The wind plays a haunting tune as I make my way through the night all alone”

“Les voix de la solitude s’éteignirent, le désert fit silence, et les forêts demeurèrent dans un calme universel. Bientôt les roulements d’un tonnerre lointain, se prolongeant dans ces bois aussi vieux que le monde, en firent sortir des bruits sublimes.” (Atala)

En allant au bout du parallèle, toutes proportions gardées, entre l’œuvre de Chateaubriand et le voyage auquel nous invite Lord Huron, un dernier thème apparait : celui de la perte de l’être aimé. Alors qu’il pense enfin pouvoir vivre avec Atala, après s’être enfui avec elle, Chactas insistera impuissant à l’agonie puis la mort de sa bien-aimée (scène immortalisée par Girodet). De même on retrouve dans la plupart des chansons des références à l’être aimé, ce fameux “you” ou dans certains cas “baby”. En témoigne la chanson I will be back one day”:

“I remember the bright spring day / When you sparked that flame / And a fire that continues to burn / I remember the day I left / Headin’ way out west / When you told me to never return”

Un premier album qui s’annonce donc de très bon augure pour la suite.

Antoine Tournié

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *