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Doha 2012 : un échec trop attendu

« Le Monde se moque de l’environnement »[1] titrait le Parisien samedi 8 décembre après le nouvel « échec » des négociations qui ont eu lieu lors de la dix-huitième conférence de l’ONU sur le changement climatique.

Les résultats décevants de ces négociations  confirment la vanité des tentatives de mise en place d’une gouvernance mondiale sur le climat, pourtant nécessaire face au défi planétaire que représente le changement climatique.

Tout n’avait pourtant pas si mal commencé.

Crédit photo : changement-climatique.fr

L’origine des négociations climatiques

Il y a vingt ans, les pays membres des Nations Unies signaient la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique CCNUCC (UNFCCC en anglais) ainsi que sa sœur la CDB (Convention sur  la Diversité Biologique) lors du premier sommet de la terre à Rio. Les COP, Conférences sur les Parties  (conference of the parties en anglais) qui s’initièrent en 1995 sont les conférences annuelles de la CCNUCC et visent à établir des objectifs quantifiés de réduction d’émissions ainsi que les politiques et les mesures sur le climat.

Grâce à ces réunions annuelles, en 1997 les États se sont mis d’accord sur des objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre et ont signé le fameux protocole de Kyoto. Le document prévoyait une période de réduction des émissions – se basant sur les niveaux de 1990- pour la période allant de 2008 à 2012.

Avec la signature de la plateforme de Durban, en 2011 (COP 17), tous les pays ont accepté de se fixer de nouveau des objectifs de réduction d’émissions en 2015, un accord global qui devrait  entrer en vigueur en 2020.

Un immobilisme qui s’aggrave

Doha 2012 montre la difficulté de ces négociations. Si le protocole de Kyoto est de nouveau signé par  l’Union Européenne, la Norvège et l’Australie, de nombreux pays, notamment les États-Unis, le Japon,  le Canada, la Russie et la Nouvelle Zélande, ont refusé d’apposer leur signature.

Les négociations climatiques ont également mis à mal les mécanismes de compensation financière découlant du principe ‘pollueur-payeur’ : les pays développés, ayant entamé une industrialisation et donc émis des gaz à effet de serre depuis plus longtemps que les pays en développement, auraient une dette vis-à-vis de ces derniers d’autant qu’ils sont toujours les plus gros pollueurs per capita. (La Chine est toutefois le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre aujourd’hui).

A Copenhague en 2009 (COP15), ils s’étaient engagés à verser 100 milliards de dollars d’ici à 2020 aux pays en développement. Ces derniers espéraient donc un rehaussement de la somme attribuée dans les années à venir : hélas, aucune avancée n’a vu le jour à Doha :  seule une (vague) promesse de maintenir les aides à leur niveau des années précédentes a été entendue. Environ dix milliards de dollars par an. Bien peu pour des pays comme les Comores qui négocient pour leur survie puisque la  montée des eaux verrait en effet l’île submergée.

Les pays les plus vulnérables pour qui l’adaptation n’est plus possible (les conséquences désastreuses du changement climatique y sont irréversibles et inévitables) espéraient quant à eux la mise en place d’un mécanisme international d’assurance et de compensation. Lequel a été rejeté par les États-Unis qui craignaient de se voir imposer des systèmes de compensations illimitées…

Des prévisions catastrophistes

En plus de la fin du monde prévue pour vendredi prochain, on comprend pourquoi 2012 n’a pas ravi les experts du climat.

Car les changements climatiques sont réels : le réchauffement global  de la température terrestre (causé, entre autres, par une concentration trop importante de gaz à effet de serre dans l’atmosphère) se manifeste par des réchauffements ou des refroidissements en fonction de l’endroit où l’on se trouve sur la planète . Il est non seulement catastrophique – élévation du niveau des mers, accentuation des événements climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, cyclones, …), déstabilisation des forêts, menaces sur les ressources d’eau douce, difficultés agricoles, désertification, réduction de la biodiversité, extension des maladies tropicales[2] –  mais il est surtout irréversible.

Les nouveaux chiffres du changement climatique de la Banque Mondiale donnent des frissons : 4 degrés d’augmentation en 2060, alors que Kyoto tente de contenir la hausse au-dessous des 2 degrés pour 2050. « Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire » alertait Jim Yong Kim, le président de l’institution, dans le rapport rendu public en novembre.

Les signes avant-coureurs sont déjà là et les journalistes ne manquent pas de remarquer que le monde fait la sourde oreille. L’éditorial du Monde du 9/10 décembre 2012 dénonçait avec éclat : « Ni la pression de la science, qui ne cesse de préciser l’ampleur des menaces, ni la multiplication des sécheresses, des canicules et des inondations, ni les appels pressants des pays les plus vulnérables n’auront suffi à sortir la conférence sur le climat de l’immobilisme qui est devenu sa marque de fabrique ».

Toutefois, dénoncer l’immobilisme comme la marque de fabrique exclusive de la Conférence sur le climat relève d’un déni bien commun dans  nos sociétés contemporaines : celui de l’ampleur des changements et les bouleversements de nos modes de vie qu’exigent les problèmes écologiques de notre époque.

L’immobilisme de la conférence du climat est notre immobilisme à tous.

Bienvenue dans le paradoxe du XXIème siècle, où nous, les anciennes « générations futures », constatons, immobiles et innocents, que nos descendants pas si lointains, n’hériteront  que des ruines de notre démesure.

Mathilde Gracia


[1] http://www.revue2presse.fr/archive/125203/une/le-parisien

[2] http://www.actu-environnement.com/ae/dictionnaire_environnement/definition/changement_climatique.php4

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