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Ultimo Elvis d’Armando Bo

Ultimo Elvis, c’est l’histoire d’un homme : Carlos Gutierrez. Mais qui est-ce ? D’où sort-il ? Cet homme quadragénaire a une double vie. La journée, c’est un simple ouvrier dans une usine. Lors de ces longues journées de dur labeur, il subit humiliations sur humiliations; pas évident tous les jours, mais il a l’air d’accepter la situation. Surtout au-delà de ça, il a l’air réellement largué, il boit beaucoup et doit gérer sa fille qu’il garde momentanément car son ex-femme vient d’avoir un accident de voiture. La nuit, gros changement de décor, Carlos profite de sa ressemblance vocale (et un peu physique) avec Elvis Presley pour se transformer en King !

Malheureusement, ce n’est pas aussi glamour et paillettes que ça, il se retrouve à jouer dans des cabarets glauques à l’ambiance assez louche. Jusqu’ici pas vraiment de problèmes vous allez me dire, certes il a une vie difficile, il arrondit ses fins de mois avec sa « carrière de sosie » mais ce n’est pas si terrible. Mais bien sûr, l’histoire n’est pas si simple, Carlos va devenir schizophrène. Il va se mettre à confondre sa vie et celle du King. Il va jusqu’à appeler sa fille Lisa Marie et penser que c’est lui qui a créé le rock’n’roll. Il va en oublier sa propre existence, ce qui l’emmènera sur un très mauvais chemin loin de son entourage et de sa réalité… Mais jusqu’où va-t-il aller dans sa folie ? Va-t-il survivre à cette crise identitaire ?

Dans ce film, Armando Bo nous livre un récit noir et mélancolique d’un homme ordinaire qui a perdu sa propre conscience. Armando Bo a toujours été intéressé par ce thème de l’identité des personnes. Il aime travailler sur le déni et le dédoublement de personnalité. Même si ce film est le premier qu’il écrit seul, il ne faut pas oublier qu’il a co-écrit le film « Biutiful » de Alejandro González Iñárritu avec Javier Bardem. Cette expérience se ressent dans son travail aujourd’hui. Cet homme est un vrai passionné qui s’inspire de grands cinéastes (Truffaut, Kubrick, Paul-Thomas Anderson ou encore les frères Dardenne) mais surtout de ce qu’il perçoit de la réalité dans la vie de tous les jours. Ce film est un vrai bijou car il nous présente deux problématiques dans une seule histoire. D’un côté, on observe la problématique de cet homme et de son identité. De l’autre côté, Armando Bo souligne le problème de repères qu’il y a en Argentine. Les Argentins sont en manque de repères et de modèles, ils n’ont pas de référence autour d’eux. Toute cette histoire est accompagnée par une très belle interprétation  de John McInerny dans le rôle du King.

Dans le film, John McInerny n’est pas doublé, c’est vraiment lui qui chante les classiques d’Elvis avec un mimétisme assez troublant pour nous, spectateurs. D’ailleurs, nous pouvons noter que physiquement, il ne lui ressemble pas plus que ça. C’est ça qui est merveilleux, il arrive à nous convaincre sans être un vrai sosie ce qui est encore plus touchant. Par ailleurs, soulignons que les chansons choisies (Unchained Melody, Always on My Mind ou encore I’m so lonesome I could cry) dans le film vont à merveille avec les sentiments du personnage. Avec ce film, nous assistons en direct à « une métaphore sur le manque de personnalité, le déni et l’idolâtrie » comme le dit le cinéaste Armando Bo. Ce film nous fait réfléchir sur le destin tragique de tous ces sosies professionnels qui oublient de vivre leur propre vie en voulant vivre celle de leur idole.

Manon Vadelorge. 

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