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Violences en Araucanie : le Chili fait face à son histoire précoloniale

Werner Luchsinger et Vivian Mackay ont perdu la vie le 4 janvier 2013, asphyxiés par les flammes qui ravageaient leur maison. Des hommes cagoulés étaient entrés sur la propriété des latifundistes en pleine nuit pour y mettre le feu.

Cette histoire tragique s’est passée à Vilcún à 680 kilomètres au sud de Santiago, dans l’Araucanie, région qui abrite la plupart des communautés indigènes du Chili : les mapuches. Aucun suspect n’a encore été reconnu coupable; seul un jeune homme qui se trouvait dans les alentours de la propriété au moment du drame a été arrêté.

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Depuis 2012, cette région subit une recrudescence de la violence, comme le note le quotidien national La Tercera, et fait souvent la une des journaux pour usurpations de terres, incendies, menaces ; des actes qui seraient devenus de plus en plus violents. Les nombreuses bavures policières viennent assombrir le tableau, d’autant plus que la clémence de la justice vis-à-vis des carabineros (policiers chiliens) révèle le pouvoir controversé de l’institution policière.

Carabineros ingresa a la comunidad de Temucuicui
/ latercera.com

Mais l’assassinat du couple Luchsinger-MacKay a véritablement choqué l’opinion publique : le gouvernement a immédiatement appliqué la loi antiterroriste et a ainsi déclenché la polémique. Le débat oscille entre d’une part un renforcement de la sécurité et donc de la présence policière et d’autre part la nécessité de régler le conflit en écoutant les revendications des populations indigènes.

Le président Sebastián Piñera s’est rendu sur les lieux quelques jours après le drame pour rencontrer les familles des victimes et annoncer les mesures de sécurité exceptionnelles qui allaient être mises en place. « Je veux qu’il soit clair que cette lutte n’est pas contre un peuple en particulier, ni contre le peuple mapuche, c’est une lutte contre une minorité de personnes violentes et de délinquants que nous devons combattre. »[1] a clarifié le président pour écarter les soupçons de stigmatisation ethnique.

Les violences observées ces derniers mois sont pourtant les symptômes d’un conflit qui n’a jamais été résolu avec les populations indigènes. La situation s’était aggravée au milieu du XIXème siècle lorsque l’Etat chilien a décidé d’occuper militairement l’Araucanie. Avant cela, la cohabitation avec les Espagnols était généralement pacifique grâce à l’existence des Parlements qui permettaient d’assurer un respect réciproque de la part des deux cultures à travers le dialogue.

Le dialogue: c’est exactement ce que demandent les principales organisations mapuches qui dénoncent fermement les actes de violence constatés et appellent à une meilleure prise en compte de leurs particularités culturelles. Leurs revendications sont toujours les mêmes : récupération des terres ancestrales, autonomie vis-à-vis de l’État chilien et excuses de la part du Président pour les préjudices causés par l’Etat aux communautés indigènes avec des indemnisations.

A l’occasion du bicentenaire de l’indépendance chilienne en 2010, le président Piñera avait reconnu : « nous ne pouvons cesser de reconnaître que pendant des décennies voire des siècles, nous les Chiliens avons privé nos communautés de  peuples indigènes des opportunités nécessaires à leur pleine intégration dans notre République[2]»

Les conclusions de la Commission de la vérité historique et du nouveau traité (demandée en 2003 par le président Ricardo Lagos qui fait partie de la coalition de gauche la Concertación) attribuaient également une grande responsabilité à l’État pour la situation conflictuelle latente en Araucanie. Toutefois, la plupart des recommandations qu’établissait la commission sont passées aux oubliettes et l’élection de Sebastián Piñera en 2010 (coalition de droite la Coalición) n’a rien changé à la situation en Araucanie.

Les différentes réunions qui ont lieu entre dirigeants des communautés indigènes et représentants du gouvernement suscitent le scepticisme dans la presse et de nombreux hommes politiques affirment ouvertement qu’il ne faut pas en attendre grand-chose.

La question mapuche reste donc fatalement présente sur l’agenda politique et pour les élections présidentielles de 2013. Elle est implicitement acceptée comme un conflit sans fin dans le monde politique, un conflit qui confronte directement le Chili à son histoire.

 Mathilde Gracia

Pour approfondir, parmi les sources :
– José Aylwin “Hacia un parlamento en la Araucanía”  15 janvier 2013
– Judith Schönsteiner “Seguridad ciudadana, derechos humanos y la deuda histórica con el pueblo mapuche” 14 janvier 2013


[1] “Quiero que quede claro que esta lucha no es contra un pueblo en especial, ni es contra el pueblo mapuche, es una lucha contra una minoría de violentistas y delincuentes, que deben ser combatidos”

[2] “Nos podemos dejar de reconocer que durante décadas y quizás siglos los chilenos hemos negado a nuestras comunidades de pueblos originarios las oportunidades necesarias para su plena integración a nuestra república”

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