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Un 22 janvier pas comme les autres

L’année Erasmus en Allemagne, ça fait pas forcément rêver, je vous l’accorde. Au moment de choisir ses langues vivantes, chaque collégien devrait recevoir la visite d’un étudiant qui lui expliquerait que choisir l’espagnol lui permettra d’aller se dorer la pilule sous le soleil d’Amérique du Sud, alors que l’allemand l’expédiera tout droit dans la campagne bavaroise, ou avec un peu de chance, la campagne autrichienne (c’est quand même beaucoup plus original et beaucoup plus fun).

Alors, pourquoi avoir choisi d’y aller, me demanderez-vous ? Trois raisons très simples : la Flammekueche, l’échec au TOEFL et surtout, surtout, le 22 janvier 2013. Parce que le 22 janvier dernier, jour du cinquantenaire du traité de l’Élysée, nous les Français d’Allemagne, on était des stars. Et c’est pas donné à tout le monde : honnêtement, qui se préoccupe du traité d’amitié et de solidarité signé entre la France et la Pologne le 9 avril 1991 ?

Le 22 janvier, c’est l’occasion de briller en cours d’allemand devant les autres Erasmus qui n’en ont rien à cirer admiratifs en expliquant la genèse et les répercussions (grand I, grand II) du traité de l’Élysée et de montrer à quel point les relations franco-allemandes sont fortes. Et ce moment de gloire ne sera pas terni par l’insolent Américain qui se permettra de souligner que si on a tant besoin de montrer notre amitié, c’est peut-être qu’il y a un problème quelque part – parce qu’après tout, le traité de l’Élysée c’était aussi pour nous affranchir de l’influence américaine, ce mec a de toute évidence du mal à se remettre du fait que son pays n’est plus la première puissance mondiale.

Signature du traité de l'Elysée, 22 janvier 1963
Signature du traité de l’Élysée, 22 janvier 1963

Le 22 janvier, on écoute sur Arte les discours de Merkel et Hollande, on lit dans les journaux allemands ET français les mesures annoncées pour renforcer l’amitié franco-allemande et on ne peut pas s’empêcher de se sentir hyper concernés. Après tout, nous les Français d’Allemagne, on est la preuve vivante de la coopération entre nos deux pays. Et si j’avais été assez bien classée pour avoir l’université Humboldt à Berlin (aïe le partiel d’éco du deuxième semestre de 1A), j’aurais probablement été sélectionnée pour faire partie de ces sympathiques jeunes gens qui ont été invités à la conférence de presse inaugurale – la classe.

Vous l’aurez compris, pour nous, ce cinquantième anniversaire c’était vachement important. Pour mon prof d’allemand aussi: il m’a assuré qu’il était “très heureux que la soi-disant “inimité” entre la France et l’Allemagne soit terminée” et qu’il n’avait “jamais senti (envers lui) de ressentiment en France mais seulement de l’ouverture et de la cordialité”. Aux yeux de M.Ege, ce 22 janvier était un “wichtiger Tag” (comprendre: un jour important – finalement l’allemand ça sert parfois) et il se réjouissait de voir que cet évènement suscitait tant de publicité dans les journaux et à la télévision. Après, bon, pour les étudiants allemands (ces rustres), c’est un peu différent : on les sentait plus concernés par le menu de la cafèt’ ou la soirée du lendemain… Bon j’avoue, j’exagère un peu: pour Nora, étudiante allemande, certes “le 22 janvier n’est pas un jour spécial” mais c’est parce qu’ “une amitié ne se développe pas avec une cérémonie d’anniversaire par an (…) il faut toujours renforcer la compréhension mutuelle entre les pays”. La jeune fille souligne aussi qu’ “il y a encore beaucoup à faire”: à méditer…

Hollande et Merkel à Berlin
Hollande et Merkel à Berlin

 

Plus sérieusement, ce 22 janvier 2013 était un jour capital pour les relations franco-allemandes. En témoigne l’énorme organisation mise en place pour célébrer les 50 ans du fameux traité, signé le 22 janvier 1963 au palais de l’Elysée par Konrad Adenauer et Charles de Gaulle. François Hollande est arrivé le 21 en Allemagne accompagné d’une impressionnante délégation : le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault, au moins 15 ministres (moins la ministre de l’Ecologie Delphine Batho, qui a du rentrer d’urgence en France à la suite de la fuite de gaz dans une entreprise chimique de Rouen) et environ 470 parlementaires.

Au programme : deux jours à Berlin avec des rencontres, des festivités (concert à la Philharmonie de Berlin, réception du Président de la République fédérale Joachim Gauck), des temps de travail, une séance plénière du Bundestag en présence des députés français, un conseil des ministres franco-allemand… L’Office franco-allemand pour la Jeunesse (OFAJ) organise parallèlement, du 19 au 23 janvier, un Forum des jeunes intitulé « 50 ans d’amitié franco-allemande – en route pour l’Europe de demain ».

La place Gendarmenmarkt à Berlin aux couleurs de l'amitié franco-allemande
La place Gendarmenmarkt à Berlin aux couleurs de l’amitié franco-allemande
Crédits photo: Thomas Peter/Reuters

Ces deux journées, placées sous le slogan « Franzosen und Deutsche : einmal Freunde, immer Freunde » (« Allemands et Français: partenaires un jour, partenaires toujours »), s’inscrivent dans une année entière de célébrations de l’amitié franco-allemande. Cette dernière a commencé en juillet 2012 avec la commémoration de la réconciliation des deux pays le 8 juillet 1962 à Reims, s’est poursuivie en septembre avec celle du discours du 9 septembre 1962 du Général de Gaulle à Ludwigsburg et se terminera avec l’anniversaire des cinquante ans de l’OFAJ à Paris début juillet 2013. Plus concrètement, lors de ce cinquantième anniversaire, qualifié de « nouveau départ » dans la déclaration commune aux deux pays, l’accent a été mis sur la jeunesse ainsi que sur l’économie (Union économique et monétaire, compétitivité, euro).

Si le maximum a été fait pour donner l’impression que les relations entre les deux pays sont au beau fixe, ce cinquantenaire a cependant été également marqué par les difficultés et les critiques subies par le couple franco-allemand. Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche, a ainsi estimé dans une interview au journal Metro que « la relation franco-allemande est déséquilibrée » : selon lui, Merkel « tient le guidon, la main sur le frein » et Hollande ne fait que « pédaler ». Jean-François Copé, président de l’UMP, a quant à lui vivement critiqué François Hollande, jugeant qu’ « il y a bien une responsabilité personnelle du président français dans la dégradation du tandem franco-allemand ».

Le leader de l’opposition a également abordé la question du Mali, déplorant que l’ « Allemagne ne prenne pas davantage part à l’opération militaire ». La chancelière et le président de la République se sont d’ailleurs employés à minimiser leurs différences sur cet épineux sujet. Angela Merkel a rappelé que « nous (l’Allemagne et la France) étions ensemble » et a promis de « ne pas laisser tomber » la France, ce à quoi François Hollande a répondu en remerciant l’Allemagne d’avoir « immédiatement apporté la solidarité politique et l’aide matérielle attendue » (à savoir deux avions de transport pour soutenir logistiquement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest).

En résumé, ce cinquantenaire du fameux traité de l’Élysée a été l’occasion pour l’Allemagne et la France d’afficher leur inébranlable amitié malgré leurs différences et de réaffirmer la volonté du couple franco-allemand d’être le « moteur de l’Europe ». L’UE aura probablement bien besoin de ce « moteur » dans les années à venir, David Cameron menaçant de proposer aux Britanniques un référendum sur une sortie de l’Union Européenne…

David CameronCrédits photo : Matt Dunham/AP
David Cameron
Crédits photo : Matt Dunham/AP

Aude Bariéty.

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