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Une refondation de l’école pas si fondée…

Puisqu’il est difficile, compte tenu du florilège d’actualités, de savoir où donner de la tête. Puisqu’on n’a pas tous la chance d’avoir un frère homosexuel, une mère professeur des écoles, un père en OPEX (opération extérieure) au Mali, une grand-mère hyper catho, un grand père ouvrier chez PSA… Puisque  certains débats de fond tendent à s’effacer derrière le duel pro et anti mariage pour tous, l’Apostrophe est là pour vous. Nous savons bien pourtant que vos coups d’œil avisés basculant de votre cours d’amphi à notre très cher webzine n’ont pas laissé pour compte les grands débats du moment, reste plus que la ô combien discutée réforme de l’école à venir que l’on vous présente ici.

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Pourquoi réformer devient une nécessité urgente?

Vous ne nierez pas, paliens qui n’êtes que très peu sortis des bancs de l’école (voire pas), la fragilité grandissante de celle-ci. Allez ne vous mentez pas, vous aussi en 3ème, vous trouviez que les nouveaux 6ème étaient plus rebelles et plus idiots que vous au même âge, vous aussi en Terminale vous ne compreniez pas pourquoi les Secondes s’habillaient, parlaient, crachaient, gesticulaient ainsi. Anthropologiquement, bien que l’école ne soit pas entièrement coupable, elle n’est pas non plus absolument innocente. Au-delà du fait social, des effets de modes et des comportements changeants des générations précédentes et à venir, il semblerait que l’école ait failli à sa mission d’instruction et d’éducation. A y regarder de plus près, l’école que nous avons connue n’en est pas moins différente si ce n’est que nos classes étaient moins bondées, que nos professeurs étaient plus nombreux et surtout moins dépressifs (en tout cas rien de comparable avec l’école d’il y a cinquante ans, bah oui on n’a plus rien à voir avec les élèves de la photo).

Mais depuis une quinzaine d’années (pour éviter de dire sous le quinquennat de N. Sarkozy) et je suis sûre que très peu me contrediront, le nombre d’enseignants a été revu à la baisse et le nombre d’élèves par classe à la hausse tandis que le nombre total d’élèves a chuté (880.086 professeurs il y a dix ans. Et 859.234 pour l’année 2010-2011, soit une baisse de 20852 du nombre de postes d’enseignants pourvus).

Sans oublier le fait que notre niveau d’anglais est, n’ayons pas peur de le dire, médiocre à côté de nos voisins européens; les Belges, les Hollandais ou encore les Suédois, Norvégiens et autres…

D’autant plus que nous comptons à peu près 120.000 jeunes en décrochage scolaire, pour une bonne part issus des milieux défavorisés. Et ces quelques chiffres suffiront à illustrer le problème d’inégalité intrinsèque à notre système scolaire : tandis que 87.6% des enfants de cadres supérieurs atteignent un niveau baccalauréat, seulement 40.7% des enfants d’ouvriers atteignent le même stade.
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Face à cette réalité, une seule so-lu-tion, la refondation !

Souvenez-vous, pendant sa campagne, F. Hollande comptait bien en finir avec les problèmes de l’école. Bon si vraiment votre mémoire est surchargée de pensées néoclassiques, de crises politiques de l’entre-deux-guerres ou encore de directives européennes, et que vraiment vous ne vous en souvenez plus, voici juste pour vous un petit discours de campagne enregistré par mes soins (qu’on me pardonne pour la qualité du son):

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Il avait donc fait de l’éducation sa priorité, sauf que tout est bien plus beau sur le papier que dans les faits… Eh oui, « moi président » j’avais oublié que l’école c’était l’affaire des professeurs et que faire une réforme sans les consulter me causerait des problèmes, « moi président » je pensais que comme les gosses étaient trop petits pour donner leur avis, en faisant une réforme donnant la priorité aux enfants et en promettant aux professeurs une augmentation de 60.000 postes comme lot de consolation je serais tranquille, parce que « moi président » j’avais oublié que nous n’avions plus d’argent.

Quelle réforme ?

Mais bon quand on fait des promesses on essaie de s’y tenir (enfin un minimum ! Ce n’est pas comme si on avait fait du pouvoir d’achat son cheval de bataille et qu’après on en avait fait sa boîte de Pandore). Du coup, depuis le 5 juillet 2012, date officielle de lancement de la concertation « refondons l’école », s’est construite, grâce à un travail collectif, une réforme de l’éducation qui s’est voulue centrée sur l’école primaire. Soulignons tout de même que le mode de création de cette refondation est plutôt louable, puisque la concertation a réuni 800 membres et près de 8200 internautes, ce qui est plutôt démocratique comme système il faut l’avouer (1 bon point). Plus de détails sur le site du gouvernement consacré à la refondation de l’école.

Pour présenter le projet en quelques lignes (pas plus promis), il suffit d’imaginer une école avec une semaine de classe à quatre jours et demi, où les enseignants seraient davantage formés mais aussi plus nombreux, selon le principe tant asséné par Vincent Peillon du « plus de maîtres que de classes ». Rajoutez à cela un enseignement de l’anglais dès le CP ainsi qu’un enseignement moral et civique et une éducation artistique et culturelle. En bonus, des bambins de moins de 3 ans dans des écoles en zones dites d’éducation prioritaire (genre dans le 9-3 quoi ou encore à Lille Moulins). Bref entre autres une école qui serait à la fois une garderie et un haut centre de formation culturo-intellectuel. Bon en vrai, il y a 25 points, mais je ne voudrais pas vous assommer.

« L’école on veut la changer, mais pas sans nous consulter »

Résultat : le mercredi 23 janvier, les professeurs des écoles sont entrés en grève suite à l’appel de mobilisation du principal syndicat d’enseignants du primaire, le SNUipp, en réaction à la réforme des rythmes scolaires. Depuis on pourrait penser que la déclaration de Bruno Julliard, « Je suis frappé par le conservatisme et le corporatisme des principaux syndicats enseignants », a un sens. Bah oui c’est bien connu, les Français sont réticents au changement – et merde nous qui pensions que c’était maintenant !! Mais en y regardant de plus près on se rend compte que leurs revendications, ou plutôt leurs protestations, sont plutôt fondées. En effet, ce qui ressort du projet de refondation de l’école, c’est l’absence de mesures structurelles. On vous laisse toutefois en juger par vous-même, du moins si vous en avez le temps et le courage.

manifestation des enseignants le 23/01/13 contre la réforme de l'école de Vincent Peillon
Manifestation des enseignants le 23/01/13 contre la réforme de l’école de Vincent Peillon. Paris

Donc oui on est d’accord pour dire comme V. Peillon que « l’école d’aujourd’hui c’est la France de demain ». Oui, on est d’accord sur le fait que l’école primaire c’est le lieu de l’éducation où tout se joue, là où les fondamentaux de l’apprentissage sont transmis, et là où les lacunes, si elles ne sont pas résorbées, sont parfois un ancrage difficile à contourner. Sur les principes on est d’accord puisque c’est à l’école primaire qu’on apprend à lire et à écrire, et à devenir par la suite de bons citoyens.

Mais avant les mesures organisationnelles, sur les rythmes scolaires, sur l’apprentissage du numérique, il faut des mesures qui soient structurelles. C’est ce qui semble transparaître dans les discours des enseignants mais aussi dans l’opposition des maires. Et en effet cette argumentation semble tout à fait légitime car force est de constater qu’il sera difficile de créer de nouveaux enseignements et d’assurer une pratique culturelle et artistique variée sans la création de nouveaux postes, mesure qu’il est difficile d’imaginer dans l’état actuel de notre économie. Ce serait en effet embêtant que les gamins versaillais fassent du tennis et de l’escrime tandis que les racailles du 9-3 apprendraient à faire des scoubidous. En définitif, rien ne permet de comprendre comment la réforme va pouvoir se mettre en place.

Il semblerait donc que la France malade de ses écoles devra attendre davantage d’avancées curatives pour sortir la tête de l’eau… Enfin on dit ça, on ne dit rien !

 

Laura Lavenne.

 

 

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