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ÉDITO – Good Bye, England.

Avis de tempête sur l’Europe. Il nous avait prévenus, il l’a fait : sous la pression des conservateurs les plus eurosceptiques du parti tory, ainsi qu’un mouvement interlope connu sous le nom d’Independant Party of United Kingdom (UKIP), David Cameron, actuel locataire du 10 Downing Street, s’est formellement engagé, mais oui ma bonne dame, à se livrer à un référendum sur le rattachement du Royaume-Uni à l’Union Européenne, et ce, dès 2015, juste après sa réélection. Oh non. Perdre Catherine Asthon ?? ! Mon dieu ! Comment l’Union va-t-elle s’en remettre ?!

Good Heaven, c’est presque trop beau pour être vrai. 

N’oubliez jamais Azincourt !

Quarante années tout pile après avoir été admis dans le Saint Cénacle de la Communauté Économique Européenne, le Royaume-Uni voudrait ainsi faire machine arrière, reprendre ses billes et retourner au bon vieux temps jadis, quand la Reine Victoria gouvernait toute la partie du monde qui n’était pas tricolore. C’est cool, ma foi, nous aussi, on aimerait bien qu’André Malraux revienne et écrive les discours de la droite, mais à la place on a Jean-François Copé – ce qui prouve bien qu’on a que ce que l’on mérite. Pour une frange non-négligeable de l’extrême-droite anglaise, en effet, l’Europe est un harmonieux croisement entre une dictature populaire et un remake belge de l’Ogre Corse, dont l’unique but est de transformer toute l’Europe de l’Ouest en un énorme marché commun trop régulé avec des règles étatiques abominaffreuses. En plus, c’est bourré de Français, c’est dire la perversité de la chose. Sans compter que c’est continental, et God save the Queen, l’Angleterre n’a pas besoin du continent, puisqu’elle a son Empire. Il faut donc tout lâcher au plus vite et ricaner à distance pendant que Français et Allemands se remettront à se foutre sur la gueule comme au bon vieux temps où on n’aurait pas permis à Boris Johnson de devenir maire de Londres.

Si vous n’avez pas vécu dans une caverne ces cent dernières années, vous n’avez pu manquer les quelques petites failles qui apparaissent dans ce raisonnement au demeurant flamboyant comme une analyse de Steevy Boulay. Ainsi, la Commission Européenne n’entretient en réalité que de très lointains rapports avec le gouvernement de l’Union Soviétique, si on excepte cependant l’absence de démocratie, le mépris technocratique des bureaucrates de la “gouvernance” envers le bas peuple aux petites vues, et un aveuglement économique tout idéologique et au mépris de toute raison dont les populations payent immanquablement le plus lourd tribut pour le profit exclusif d’une nomenklatura grasse à lard. Qu’est-ce que le capitalisme, en fait, sinon la poursuite du stalinisme par d’autres moyens ? (Voir :  Concurrence Libre et Parfaite, Destruction des Services Publics Monopoles, etc.). Il n’empêche que les Anglais n’ont aucunement eu besoin de la Commission Européenne pour réduire eux-même leur pays à ce qu’il est maintenant, c’est même plutôt l’inverse.

Soyons honnêtes, restons sérieux : David Cameron ne veut sans doute pas décemment sortir de l’Union Européenne (si tant est que le Royaume-Uni puisse en sortir plus qu’il ne l’est déjà). Il veut plus prosaïquement faire un “coup de pression”, comme n’importe quelle autre petite racaille de lycée, histoire de raquetter (comme on dit au Québec) un peu plus ses petits camarades, déjà bien gentils. Depuis 1973, en effet, quel autre pays n’a jamais cessé de renâcler, de freiner des quatre fers, de tirer sans cesse la couverture à lui, et d’user d’une répartition très personnelle des avantages (pour lui) et des inconvénients (pour les autres, s’il vous plait) ? Et ce, sans faire broncher outre mesure l’Europe : nul autre pays que le Royaume-Uni ne bénéficie en Europe d’autant de largesses, d’assouplissements et d’avantages indus, dont, accessoirement, les voisins supportent le coût ; on ne parle pas seulement du fameux “Chèque Anglais”, qui ne coûte jamais que deux petits milliards d’euros annuels à la France, mais aussi de la City de Londres, véritable vampire tapis au cœur de l’Europe, cancer bien à l’abri du scalpel et des régulations continentales, mais parfaitement à même de spéculer à qui mieux mieux avec les économies en Europe. Le diable était à la porte et Valéry Giscard d’Estaing l’a laissé entrer. Non, David Cameron n’est pas un imbécile : il ne compte pas sortir de l’Union Européenne. Il veut d’abord que la centaine de ses députés qui vivent encore au temps de Jack l’Éventreur se calment un peu et lui lâchent les roues de vélo. Ensuite, et surtout, il aimerait bien tirer avantage de son énième menace : manque de pot, il est mal tombé. Il faut croire que même une créature aussi placide que l’Union Européenne finit par s’agacer quand on l’embête. Très fière était l’Angleterre d’avoir enfin placée une porte de “sortie rapide” dans le Traité de Lisbonne, entré en vigueur en 2009 : la menace de faire une Cohnbendite – claquer la porte très très fort parce que d’autres gens ont une opinion différente et aller bouder dans son coin – était devenue bien réelle. Habile.

Une stratégie politique finaude que ne renierait certes pas une gamine de quinze ans qui “va fuguer en boîte” parce que ses parents la forcent à manger des épinards ou l’empêchent de voir Jean-Kevin.

Résultat : le Royaume-Uni a dit qu’il était prêt à partir, mais genre, sérieux-sérieux, tavu, et l’Europe lui a répondu : “ben, vas-y qu’est-ce t’attends : la porte est là, grande ouverte“. Ah, ben, mince. En plus, c’est ballot, mais figurez-vous que pendant les deux derniers siècles, le soleil a pris l’habitude de se coucher de plus en plus tôt sur l’Empire, et un mauvais esprit pourrait même carrément faire remarquer qu’il ne se lève plus du tout, à part sur les Malouines et encore. Quant au Commonwealth, ça fait bien longtemps qu’il a abandonné l’ancienne puissance coloniale pour sa colonie d’outre-atlantique, un peu plus crédible au plan économique ; à peine reste-t-il encore de crédibles les Canadiens, et encore, c’est plus du snobisme qu’une réelle affection. Comme quoi la France a eu de la chance de perdre l’Amérique du Nord, parce que c’est quand même pas demain la veille que le Québec s’emparera de nos anciennes colonies et nous reléguera au rang de bijoux de la reine au fond du couloir des puissances mondiales. Les États-Unis enfin n’ont plus vraiment les yeux de Chimène pour leur ancien partenaire particulier, l’Union Européenne est un interlocuteur nettement plus alléchant qu’une pauvre Ile à moitié sinistrée par la désindustrialisation, le chômage, l’échec scolaire à l’université lié à la hausse cataclysmique des frais d’inscription, et dégradée par ses propres entreprises de notation. Sans oublier la triste mine de la City et de l’économie anglaise, privée du marché unique, des échanges en Euro et autres sympathiques bonus pour l’économie anglaise. L’autarcie, c’est un très vilain mot. La Grande-Bretagne est salement touchée. Elle est au bord du gouffre, il ne lui reste plus qu’à faire un pas en avant.

Enfin, hélas pour le Royaume, Dave Cameron n’est pas le seul premier ministre local qui se sent d’humeur référendaire ; Brian Salmon d’Écosse est en effet assis sur la plus forte économie d’UK et de confortables stocks de gaz et de pétrole, ce qui permet légitimement de se sentir des ailes et l’ambition de rejouer Bannockburn une seconde fois en 2014. On peut d’ailleurs dans le cas d’une victoire (plausible, après tout) du Oui à l’indépendance, s’interroger sur la longévité au pouvoir de Cameron. Aussi, mes braves amis, ne nous réjouissons pas trop vite : le référendum est caution de la réélection du premier des Tories, mais une promesse, ça s’oublie, et rien n’empêchera mister Dave d’enfermer sa promesse aux oubliettes et de jeter la clef dans la Tamise, d’autant plus s’il doit composer avec les europhiles lib-dem pour un second mandat.

Dans l’Europe, le Royaume-Uni n’est certes plus grand chose, mais en dehors, il n’est plus rien, et soyons certains que les élites politiques et surtout économiques du Royaume-Uni ne l’ignorent pas plus que les autres Européens. Aussi faudra-t-il mes amis attendre sans doute encore quelques temps avant de bouter l’anglois hors d’Europe, à moins, à moins, que le Sun et l’UKIP ne nous rendent à tous un grand service.

Axel Devaux.

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