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Django Unchained

Le monde se divise en deux catégories : ceux qui aiment les films de Quentin Tarantino … et les autres. Si jamais vous n’êtes pas déjà fixés, Django Unchained, la dernière production du cinéaste redresseur de torts, devrait vous y aider. Après avoir tué Hitler dans Inglorious Basterds (et dans un cinéma parisien), se borner à remaker le massacre d’un puissant planteur du Sud profond en mode Southern Spaghetti fait petit joueur. On aurait au moins pu s’attendre au lâche assassinat de Joseph Staline par un koulak ou quelque chose comme ça, quand même. M’enfin, on va pas bouder son plaisir, et Slate a déjà prévu l’intégralité des prochains films de Quentin Tarantino.

Le pitch : dans un Sud américain de cartoon, le docteur King Schultz, un chasseur de primes germanique humaniste (Christoph Waltz) va aider Django (Jamie Foxx) à 1) briser les chaînes de son esclavage 2) libérer Brünhilde von Schaft, esclave et femme de Django (Kerry Washington), des griffes de l’infâme Calvin Candie (Leonardo Di Caprio) et 3) Buter tout le monde dans de grandes gerbes de sang, sur bande-son hip-hop west coast. 

Ben quoi, logique, c’est un Tarantino.

Comme toujours chez l’animal, il y a du bon, du mauvais et du truand. De son propre aveu, fan “absolu” de Sergio Leone, Quentin Tarantino a voulu avec Django rendre hommage à son grand modèle, truffant son film de références directes aux grands classiques du genre. Cela étant, on reste assez loin du maître, et il faut plus qu’Ennio Morricone lui-même à la bande-son pour transformer un Tarantino en un vrai Western Spaguetti. Les codes graphiques, bien qu’excellents, peinent à se détacher du style pompier de Tarantino : gore à deux sous, grosses explosions, personnages manichéens et (trop ?) superficiels, caméra bien loin en somme des codes de Et pour quelques dollars de plus. Ça peut plaire, ou pas.

Côté acteurs, le taiseux Jamie Foxx a plus l’air de sortir de Brokeback Moutain que d’Il était une fois dans l’Ouest. Du reste, ce n’est pas tellement de sa faute, il est difficile d’exister à l’écran à côté d’un génie absolu comme Christoph Waltz – dont la découverte est quasiment le seul intérêt de Inglorious Basterds-. Il a affaire à forte partie, d’ailleurs, puisque Samuel L. Jackson (“…et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’Éternel…“) et Leonardo di Caprio (que ça change de Titanic) achèvent de rendre transparent le pauvre personnage principal, d’autant moins aidé que sa femme Brünhilde, est à peu de chose près totalement invisible, une vraie potiche germanophone.

L’histoire est distrayante et le film franchement prenant, son ton léger, très Tarantinesque, et on passe en tout cas un bon moment. Dommage qu’il y ait de quelques longueurs et un scénario plutôt indolent, qui ne fait franchement pas beaucoup d’efforts pour convaincre et ne s’épargne aucune facilités : un chasseur de prime sympa, respectueux de la loi et propre sur lui, c’est certes très allemand, mais quand même, on est loin de l’ambiguïté d’un Lee van Cleff (c’est celui avec le chapeau qui n’est pas Clint Eastwood).

Avec son penchant pour la blague, comme ses personnages, Tarantino cabotine, et, tout au plaisir d’apparaitre devant ses caméras, perd largement la tension dramatique qui est pourtant le principal ressort des grands westerns spaguetti à la Leone (ah, la scène du Duel qui clôt immanquablement le film : terrible, inoubliable, et propre question hemoglobine). D’ailleurs, il oublie aussi  de finir son film. Après 2H et quelques de pellicule, alors que le spectateur croit être tombé devant une chute prenante et brutale, damn, Tarantino revient pour encore 30 minutes. Soyons honnêtes : 2h44 (presque 3h !), c’est long, c’est trop long, surtout quand l’interminable fin n’apporte absolument rien au film. Si ce n’est des explosions, des coups de feu et des gerbes de sang bien rouges, choses dont nous avons été précédemment ô combien arrosés tout au long du film – à en vérifier en sortant à la lumière s’il n’y a pas de taches de sang sur nos fringues, d’ici que… -, alors que franchement, ça pouvait être terminé bien plus tôt.

Pour conclure, le dernier cru de Tarantino est dans la droite ligne des précédentes vengeances du cinéaste. C’est franchement fun : y a des balles, du sang, des blagues, le tout dans cette ambiance presque irréelle propre à l’américain. Mais on est plus dans un conte surréaliste et sanglant à l’instar de ses précédentes œuvres, illuminé par la présence de Christoph Waltz, que dans un western qui sent la sueur et la poudre à canon. Ceux qui aiment Tarantino ne pourront qu’adorer, les autres y trouveront précisément tout ce qu’ils détestent. Pour moi qui suis entre les deux, j’ai passé un plutôt bon moment pendant les deux premières heures, mais vous pouvez partir après le premier écran noir, c’est bon.

Axel Devaux.

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