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Affaire Barcenas : Mariano Rajoy et le Parti Populaire dans la tourmente

Après avoir triomphalement balayé les socialistes et le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero lors des élections législatives anticipées de novembre 2011, le gouvernement de Mariano Rajoy (Parti Populaire) n’en finit plus d’accumuler les oppositions et mécontentements. Dernière affaire en date : des accusations de corruption visant le Parti Populaire (PP), et notamment Mariano Rajoy lui-même.

Mariano Rajoy, en décembre 2011.

Le Parti Populaire , un parti corrompu ?

C’est la presse espagnole, et notamment le journal El País, qui a révélé que plusieurs membres du PP, parmi lesquels Mariano Rajoy, auraient touché de fortes sommes d’argent grâce à un financement illégal. Plusieurs hommes et femmes politiques auraient ainsi touché plusieurs milliers d’euros par mois entre 1990 et 2009.  C’est une véritable comptabilité secrète qui a été mise au jour et qui est exposée dans la presse. Le principal artisan de ce système se trouve être Luis Barcenas, membre du PP, qui avait déjà été visé par une procédure judiciaire en 2009 dans le cadre de l’affaire Gürtel, affaire de corruption qui touchait déjà le PP.

Si en temps normal la corruption est rarement acceptée par l’opinion publique, celle-ci fait d’autant plus désordre en temps de crise économique et d’austérité. Particulièrement frappée par la crise économique (un taux de chômage d’environ 25%), l’Espagne est en proie à un climat social plus que tendu, comme en témoigne le mouvement des Indignés (movimiento 15-M) qui dénonce la corruption et l’emprise des banques sur la vie politique et réclame une démocratie donnant davantage la parole aux citoyens. Sans surprise, les révélations de l’affaire Barcenas ont entrainé de nombreuses manifestations demandant la démission du Premier Ministre espagnol. Le chef de l’opposition socialiste, Alfredo Pérez Rubalcaba, a lui aussi demandé, le dimanche 3 janvier, la démission du chef du gouvernement. Une pétition déposée le 31 janvier sur le site Change.org demandant la démission de Mariano Rajoy a déjà obtenu plus de 700 000 signatures (sur le million demandé). Si la majorité des signataires sont des citoyens ordinaires, on trouve également parmi eux des personnalités espagnoles, comme la romancière et journaliste Rosa Montero. Difficile de faire accepter des plans d’austérité quand on passe pour un technocrate corrompu qui détourne de l’argent pendant que la majorité de la population connait de plus en plus de difficultés.

Manifestants réclamant la démission de Mariano Rajoy

Mariano Rajoy a fermement répondu à ces critiques en déclarant que les accusations de corruption étaient erronées, et qu’il ne faisait pas de la politique pour de l’argent mais pour changer les choses. La seule concession qu’a accordée le Premier Ministre est la publication prochaine de ses revenus afin de prouver son innocence. Il a également affirmé qu’il ne démissionnerait pas et a déploré le mal que ces rumeurs faisaient  à l’Espagne.

La société espagnole en quête d’unité

Quoi qu’il en soit, cette affaire affaiblit encore plus le gouvernement du PP, déjà fragilisé par la situation économique qui ne cesse d’empirer mais aussi par le problème catalan. En effet depuis les récentes élections législatives anticipées en Catalogne, celle-ci est désormais dirigée par une coalition de deux partis indépendantistes, Gauche Républicain de Catalogne (ERC) et Convergence et Union (CiU), dont le leader, Artur Mas a annoncé la tenue d’un référendum concernant l’indépendance de la Catalogne d’ici à 2014. Ce  scrutin a immédiatement été jugé “anticonstitutionnel” par Mariano Rajoy : les tensions nationalistes sont plus que jamais exacerbées entre la Catalogne et le pouvoir central.

De plus en plus de voix s’élèvent également contre la Monarchie. Il est vrai que la famille royale a également été éclaboussée par une affaire de corruption, incluant notamment le gendre du roi Juan Carlos. Celui-ci, malgré ses 75 ans, n’est pas en reste non plus en matière de scandales : non content d’avoir participé à un safari au Botswana afin de chasser l’éléphant ( une espèce en théorie protégée) en compagnie d’une femme qui précisément n’était pas la sienne,  celui-ci  a en plus réussi à se blesser à la jambe, ce qui lui a valu les unes de la presse espagnole. Empêché par la Constitution de se prononcer sur la situation politique du pays, le roi se trouve dans une position extrêmement inconfortable. Alors que l’Espagne a plus que jamais besoin de symboles d’unité, Juan Carlos ne peut donc véritablement agir, ce qui lui vaut les critiques d’une partie de la population, et notamment des jeunes.

L’avenir s’annonce donc incertain pour Rajoy et le Parti Populaire. Néanmoins celui-ci bénéficie, pour le moment, de la débâcle électorale du Parti Socialiste (PSOE), principal parti d’opposition. L’affaire Barcenas met cependant au jour les divisions et les fractures que connait la société espagnole : divisée par les difficultés économiques, la crise de confiance du pouvoir politique et  les tensions nationalistes, beaucoup voient en elle la prochaine Grèce. Le défi qui attend Mariano Rajoy est de parvenir à rassembler un pays divisé tout en relançant la croissance économique, une tâche qui sera tout sauf aisée.

Antoine Tournié

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