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Le chantier titanesque de la transition énergétique

La quantité d’énergie que consomme annuellement un individu équivaut approximativement au travail que fourniraient vingt hommes, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept et 365 jours par an (1). Autrement dit, sans les techniques de production d’énergie actuelles, il faudrait à chaque individu vingt “esclaves énergétiques” pour jouir de ces services.

/student.unifr.ch
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Loin d’être un manifeste pour le rétablissement de l’esclavage, cette métaphore montre l’ampleur des enjeux énergétiques. La transition énergétique s’invite ainsi dans le débat public pour revoir le système d’énergie carbonée, renforcer l’efficacité et la sobriété énergétiques ainsi que le développement des énergies renouvelables : un chantier titanesque.

Pourquoi la transition énergétique?

Titanesque en effet si l’on considère les niveaux de consommation d’énergie actuels, notre dépendance, et les prévisions inquiétantes de raréfaction de la ressource. Le géologue américain Hubbert, théoricien du pic pétrolier, estime que le sommet de production de la ressource, le « pic » d’extraction à partir duquel le pétrole se raréfie et augmente donc son prix, a été dépassé en 2006. Cette théorie a été confirmée en 2010 par l’agence internationale de l’énergie (AIE).

Les calculs du rapport investissement-production EROEI (Energy returned on energy invested) indiquent que l’accès à la ressource est de plus en plus coûteux : lors des premières extractions, un baril de pétrole investi permettait d’en produire 100, aujourd’hui le ratio est tombé à un pour quinze aux Etats-Unis et un pour dix en Arabie Saoudite. Le passage du pic pétrolier marque bien la fin du pétrole abondant et à bas prix.

La montée du coût de l’énergie et les inquiétudes grandissantes sur les effets du changement climatique légitiment donc l’abandon progressif de l’énergie fossile. La transition énergétique implique de repenser les modes de vie, de production, de consommation, de transport et de services énergétiques de nos sociétés, comme l’indique la feuille de route du gouvernement sur la transition écologique.

/ecoloinfo.com
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Les modalités du débat

Initié officiellement en novembre 2012 comme un des chantiers prioritaires du quinquennat de François Hollande, le débat sur la transition avance doucement et il s’est jusqu’à maintenant davantage penché sur les formes qu’il allait prendre plutôt que sur l’objet même de son existence.

Avec l’aide d’un comité d’experts, d’un comité citoyen et d’un comité de pilotage,  le conseil national, animé par Laurence Tubiana, doit formuler d’ici juillet les recommandations qui dessineront les contours de la future politique énergétique de la France et qui feront l’objet d’une loi de programmation en octobre 2013. A travers des débats au niveau national et régional, l’objectif est d’impliquer le plus de citoyens possible dans un processus qui se veut pédagogique et participatif et qui vise principalement à définir ce qu’est la transition énergétique.

Le but n’est donc pas de prescrire tel ou tel scénario, mais de faire émerger des visions des scénarios énergétiques. Car il n’y a pas une seule transition énergétique, mais une gamme d’orientations possibles : le débat en soi porte sur qu’est-ce qu’une transition énergétique. Est-ce que c’est une sortie des énergies fossiles ? Est-ce que c’est une réduction du nucléaire?” expose l’économiste Alain Grandjean, président du comité scientifique sur le site actu-environnement.com.

Contrairement au Grenelle de l’environnement, le débat sur la transition énergétique abordera la question du nucléaire, conformément au programme de François Hollande qui prévoit de réduire la part du nucléaire de 75% à 50% en 2025 et de fermer la centrale de Fessenheim d’ici 2016.

/lacroix.com
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Un débat qui suscite les critiques

Pour Vincent Jacques Le Seigneur, secrétaire général de l’Institut National de l’Energie Solaire, « ce qui manque c’est qu’on écrive le grand récit ». Selon lui, le débat doit déterminer les étapes précises de la transition de façon à faciliter son application et à générer l’adhésion de l’opinion publique. (Comme le fait Jeremy Rifkin dans sa Troisième révolution industrielle)

Mathieu Jahnich, expert en communication des sciences et de l’environnement, insiste également sur le caractère concret et précis du message qu’il faut transmettre aux citoyens. Sur son site Sircome.fr, il fait part des conclusions de l’Atelier Climat de Nantes Métropole auquel il a participé en 2011 et qui avait pour objectif d’analyser les attentes des citoyens en matière de communication. Il observe qu’il faut « proposer une vision positive et concrète de la ville post-carbone et dépasser la sensibilisation aux éco-gestes individuels pour favoriser la dimension collective de l’action ».

Pour Jacques Le Seigneur, la difficulté du débat réside certainement dans « l’articulation entre les enjeux nationaux, régionaux et nationaux sectoriels » et l’harmonisation des logiques descendantes et ascendantes de la discussion ou top down et bottom up.

Il critique l’instauration d’un débat franco-français en estimant que la question devrait se poser au niveau européen. Avec des séances extraordinaires au Parlement et au conseil des ministres, « 2013 devrait être décrétée année de la transition énergétique », considère Jacques Le Seigneur. Acteur de premier rang de la transition énergétique, il déplore le pouvoir des lobbies qui sont « trop forts, trop puissants et qui n’apportent pas la bonne information aux citoyens ». Il critique notamment la composition du comité de pilotage pour son manque de représentativité de la société civile. Greenpeace et les Amis de la terre s’en sont d’ailleurs détournés, mécontents de sa composition initiale.

Les groupes de travail mettront bientôt en ligne la plateforme http://transitionenergetique.org/ de façon à favoriser la participation citoyenne.

Mathilde Gracia.

Pour plus d’informations sur la consommation énergétique des Français, voir le slide du huffingtonpost.fr

(1) John McNeill Du nouveau sous le soleil. Une histoire de l’environnement mondial au XXème siècle, 2010.  Les données datent de 1990, on imagine donc que ce chiffre est encore plus élevé aujourd’hui. Pour calculer, on analyse la productivité énergétique de l’homme (énergie mécanique qu’il peut générer en fonction de l’énergie chimique ingérée).

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