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Les dessous des Jardins de l’IEP : une réinsertion professionnelle grâce aux Jardins de Cocagne.

Quoi de neuf chez nos associations ? Tout le monde connaît les Jardins de l’IEP, mais tous ne connaissent pas le nom des légumes dans les paniers.  Chaque semaine, c’est l’occasion de faire preuve non seulement d’inventivité pour les cuir mais surtout d’apprendre des nouveaux mots dans le dictionnaire : en effet,  le topinambour, contrairement à ce que l’on pense, n’est pas un Pokémon. Et si vous voyez des carottes blanches, ce n’est pas parce qu’elles sont albinos ! Côté pile, l’équipe des Jardin de l’IEP, constituée d’une dizaine de membres actifs, se charge de distribuer tous les mardi des paniers fort garnis de légumes bio de saison et d’organiser plusieurs conférences dans l’année. Côté face, les Jardins de l’IEP font partie d’une structure plus large appelée les Jardins de Cocagne. Ceux ci sont « des  jardins maraîchers biologiques  à vocation d’insertion  sociale et professionnelle … ils permettent à des adultes en difficulté de retrouver un emploi  et de (re)construire un projet personnel. »

Ces jardins font partie d’une plus grosse association qui s’appelle l’AFEGI dont  l’objectif est de lutter contre toute forme d’exclusion, que ce soit celle à cause d’un handicap physique,  de la précarité ou d’une situation personnelle difficile. Le premier jardin a ouvert en 2001 et depuis ils sont 120 à sillonner le pays dont 4 dans notre département.  Ils permettent à des personnes en rupture sur le monde du travail « de les réinsérer dans une démarche professionnelle et les aider dans une démarche sociale » explique Serge Thiers,  le chef de culture de ces jardins lors de la conférence.

L’IEP est fourni par les jardins « Les Hauts de Flandres » constitués de ceux de Leffrinckoucke, et depuis janvier 2004, d’un deuxième site sur Gravelines. Tous les deux sont proches de Dunkerque. Les deux autres jardins de Cocagne du départements sont situés à Villeneuve d’Ascq et à Raismes, deux villes beaucoup plus proches de l’IEP. Si l’IEP ne se fournit pas chez des deux derniers jardins, c’est parce que ceux ci sont saturés de demande. Chaque jardin est dirigé par un encadrant technique qui dirige environ 16 jardiniers en insertion. Les clients de ces jardins sont des « adhérents consommateurs » qui payent une cotisation et reçoivent en échange, vous l’avez compris, un panier par semaine. Cependant, le choix du légume est fixé à l’avance et l’adhérent n’a pas son mot à dire dans la sélection des produits de son panier «ce qui peut être un frein par la suite car on a  plus en plus de monde sur le marché et l’adhérent voudrait bien choisir » explique-t-il. « C’est vrai qu’on a beaucoup de problèmes avec les adhérents » concède-t-il.  Par exemple, pendant les mois de février et mars, les paniers sont souvent remplis par des légumes de conservation  comme des pommes de terre ou des carottes  « et on attend rapidement les premiers radis » pour varier le contenu du panier. Mais « si on arrête au mois de février, on perd des adhérents ». Malgré tout, les deux jardins produisent chaque semaine entre 450 et 500 paniers.

Mais l’objectif n’est pas seulement de produire des paniers bio, il est avant tout l’intégration sociale. En effet, tous les jardiniers sont des déclassés qui font l’objet d’un parcours d’insertion et d’un accompagnement social. Qui sont-ils ? Ce sont des hommes et des femmes qui ont 25 à 60 ans, « celui qui fait les livraisons ici [à Sciences Po Lille] est à 6 mois de la retraite». Ce sont aussi bien des  salariés qui ont des handicaps physiques que des femmes célibataires de 30-35 ans qui ont élevé leurs 4-5 enfants et qui, à 35 ans, n’ont plus droit aux allocations et sont sans qualification. Ces personnes, en détresse, isolées, sont sans lien social. Or, l’objectif du  jardin est justement de recréer ce lien qui fait défaut. Pour cela, il existe un accompagnement professionnel qui passe par une remise au travail et par des formations  afin qu’ils puissent (re)trouver un emploi. Ces jardins constituent donc un véritable contrat d’insertion dont la durée est cependant limitée : elle au minimum de 6 mois et au maximum de deux ans et tout au long de leur parcours un organisateur évalue leurs compétences et les accompagne.

Cependant, tout le monde ne peut pas venir travailler ici. « Il faut un minimum de critères – être inscrit à Pole Emploi- l’Etat nous met de plus en plus de contraintes, mais autrefois c’était ouvert à tous ». Une fois engagés, ils doivent respecter des règles, être assidus… Ce qui n’est pas toujours le cas : « Lundi, sur dix sept personnes, il m’en manquait cinq… on peut très bien avoir la moitié de l’effectif.  Donc il faut s’avoir s’adapter car derrière, il y a des contraintes de production, de paniers ». « C’est assez difficile » reconnaît-il. « [Les jardiniers] n’aiment pas lorsqu’il y a une brusque modification, ils ont du mal à accepter un changement, ils sont rebelles ! ». Autre problème : la dynamique de groupe. « Il y a des moments où on a l’impression de gérer des enfants »  explique-t-il. Il y a heureusement des moments plus agréables comme ces anciens qui reviennent et qui sont reconnaissant vis à vis de ceux qui les ont suivi et encadré. Mais à la question de savoir ce que deviennent les jardiniers après leur contrat, l’homme répond à côté et reste vague : « théoriquement il y a un suivi » mais « on a du mal à faire ce suivi car il y a de plus en plus de choses à faire ». On reste un peu sur sa faim.

Tom Joad

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