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Black City Parade – Indochine

4 ans après La Républiques des Meteors, Indochine est de retour sur le devant de la scène musicale avec leur dernier album, Black City Parade. Attendu comme le Messie par les nombreux fans du groupe, qui fêtera en 2013 ses 32 années d’existence, ce 13ème album a fort à faire. Après avoir été condamné et enterré par les médias dans les années 1990, Indochine a connu une véritable résurrection au cours des années 2000 grâce aux trois albums Paradise (2002), Alice et June (2005) et La République des Meteors (2009). Point d’orgue de ce retour au sommet : le concert au stade de France en 2010 devant 80 000 spectateurs, Indochine devenant ainsi le premier groupe français à remplir le stade de France. La question se posait donc de savoir si la décennie 2010 allait-être capable de succéder à celle de 2000. Black City Parade semble annoncer une décennie au moins aussi réussie.

Annoncé en 2011, on peut dire que l’album s’est fait désirer. Un premier titre, “Kill Nico” avait été dévoilé aux chanceux ayant assisté aux deux concerts au Zénith de Paris en février 2012 à l’occasion de la sortie de l’album Paradise+10 (réédition de l’album Paradise à l’occasion des 10 ans de la sortie de celui-ci). Un second titre et premier single, “Mémoria”, fut ensuite dévoilé le 15 novembre 2012. Celui-ci donne un premier aperçu de l’album à travers son rythme lent et entrainant, presque hypnotique. La son est plus rock que celui de La République des Meteors  et semble plutôt se situer dans la filiation d’Alice et June, même s’il serait réducteur de se contenter de telles comparaisons.  Le thème est lui aussi un “classique” d’Indochine si l’on peut  dire : la relation entre amoureuses vue à travers le prisme de l’errance et du recommencement.

Finalement arrive le 11 février 2013, date de sortie de Black City Parade. L’album balaye toutes les inquiétudes : Indochine n’a rien perdu de son talent et s’affirme plus que jamais comme le meilleur groupe de rock français du moment. Emmené  par les textes et la voix de Nicola Sirkis, Peter Pan du rock français, celui-ci nous invite à un voyage urbain marqué par les préoccupations de notre époque, mais également par l’univers toujours aussi unique d’Indochine. Il est probable que les habituels détracteurs du groupe dénigreront cet album de la même manière que les précédents. Mais les fans et les habitués seront, eux, comblés.

La première chanson, “Black Ouverture” pourrait annoncer au premier abord un album résolument pessimiste:

Nous voici en pleine apocalypse / Nous aimons tout ce qui finit et tout ce qui meurt / Voilà pourquoi sans doute tous nos amis sont morts / Notre faute est d’y survivre

Cependant ce pessimisme n’est qu’apparent et se dissipe dès la seconde chanson, “Black City Parade”, dont la mélodie est davantage chantante, l’anglais apportant une musicalité plus joyeuse,  et dont les paroles évoquent le thème du couple et de la fuite hors du monde pour vivre pleinement la vie et l’amour. Le rapprochement avec “Mémoria” s’impose de lui-même, le premier single confirmant son caractère à la fois mélancolique et entrainant, triste et optimiste à travers l’éternel recommencement du jeu amoureux :

J’arrive pas très fier de moi / L’acide ne m’aura pas tué / Ne me pardonne pas mais ne m’oublie pas, ne m’excuse pas mais ne nous oublie pas / Un jour je serai de retour près de toi / Un jour je ferai tout en notre mémoire

La frontière entre présence et absence est brouillée par la mémoire, par cette errance solitaire (en témoigne le clip) entre réalité et souvenirs qui ne vise qu’à la sublimation du couple, thème central de l’univers d’Indochine, qui le place hors du temps, le faisant accéder à l’universalité.

Parmi les thèmes chers à Indochine, et à Nicola Sirkis en particulier, on retrouve aussi la dénonciation de l’homophobie et la célébration de l’amour homosexuel. Ainsi la chanson “College Boy” s’inscrit dans l’héritage de chansons comme “Play Boy” (La République des Meteors) et “Stef II” (Dancetaria). Celle-ci évoque l’amour entre deux garçons dans un environnement que l’on  imagine être un pensionnat ou un internat :

Mais leur monde ne m’aime pas, c’est comme ça / Et souvent j’ai de la peine quand j’entends tout ce qu’ils disent derrière moi / Mais moi j’ai le droit quant tu te réveilleras / Oui j’ai le droit / De te faire ça quand tu te réveilleras

 Dans la lignée de “Dizzidence Politik” (L’Aventurier) et “Republika” (La République des Meteors), Black City Parade a également sa chanson politique : “Le fond de l’air est rouge”. Dénonciation des dérives de la démocratie, des périls qui menacent celles-ci, à chacun d’interpréter la chanson comme il le voudra : l’appel à la manifestation est lancé.

Indochine BCP

D’une manière générale, les textes dessinent un univers à la fois étrange et singulier au fil des métaphores qui, si elles peuvent sembler absurdes ou ridicules à la première écoute,  sont en réalité un appel à l’interprétation, à la réappropriation. Les habituels détracteurs d’Indochine risquent fort de ne pas apprécier. Mais comme toujours avec Indochine c’est en écoutant et en réécoutant les chansons que l’on apprécie véritablement les textes, que l’on se laisse transporter par cet univers entre rêverie adolescente et déambulation urbaine à travers notre époque.

Loin d’être pessimiste, Black City Parade est tourné vers l’avenir, en témoigne la chanson “Le messie” sur fond de métaphores religieuse et érotique, mais aussi “Wuppertal” ou “Nous demain”.  A noter que la version “deluxe” de l’album comporte un deuxième CD sur lequel figure trois chanson supplémentaires, dont “Salomé” qui rappelle agréablement les premiers albums d’Indochine et la mélancolique “The Lovers”.

Que retenir en définitive de ce Black City Parade ? Indochine s’impose à nouveau comme le plus grand groupe français,  les textes et les mélodies n’ont rien perdu de leur force, nous plongeant toujours aussi efficacement au cœur de cet univers à la fois lumineux et désenchanté qui fait la marque de fabrique d’Indochine. Le succès est au rendez-vous, la tournée (Black City Tour) est d’ores et déjà un succès : Indochine est de retour au sommet, et c’est bien mérité.

Antoine Tournié

Pour en savoir plus sur les textes et l’univers d’Indochine: Kissing my songs, livre d’entretiens entre Agnès Michaux et Nicola Sirkis, disponible chez Flammarion.

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