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Happiness Therapy

Aujourd’hui, c’est mon coup de cœur pour ce véritable petit bijou, sorti sur les écrans il y a déjà quelques semaines, que j’aimerais vous faire partager.

Pour commencer, petite précision: avant que quelqu’un n’ait la curieuse idée de changer le titre original du film, celui-ci s’intitulait « Silver Linings Playbook », tout comme le livre de Matthew Quick dont il est l’adaptation.

Affiche américaine du film
Affiche américaine du film

          Le titre d’origine, bien qu’intraduisible en français, a son importance : « Silver Lining » en anglais, c’est la métaphore de l’optimisme par excellence. C’est voir le côté positif des choses, se persuader que dans toute situation, il est possible de dénicher « a silver lining », un bon côté, comme dans le proverbe « Every cloud has a silver lining ». Et c’est de cet optimisme à toute épreuve dont Pat Solatano (Bradley Cooper), (anti)héros du film, va nous faire la démonstration pendant deux heures.

           Tout juste sorti d’un hôpital psychiatrique dans lequel il a séjourné huit mois, Pat se retrouve obligé de réintégrer le foyer parental, après avoir perdu sa maison, son travail et surtout sa femme. Armé d’une détermination inébranlable, la reconquête de cette dernière devient l’obsession principale de Pat, qui compte bien stabiliser sa maladie pour reprendre sa vie en main, et vite ! Arrive sa rencontre avec Tiffany (Jennifer Lawrence), jolie jeune femme ayant complètement perdu les pédales à la mort de son mari et décidé pour surmonter le chagrin de… se taper tous ses collègues de bureau, jusqu’à finalement se faire virer de son job.

Un lien particulier va progressivement se tisser entre le trentenaire bipolaire et cette nymphomane dépressive, lorsque Tiffany propose d’aider Pat à reconquérir son ex, à une seule condition : que celui-ci devienne son partenaire pour un concours de danse.

          C’est donc l’alchimie naissante entre ces deux individus passablement paumés, particulièrement maladroits et sérieusement ballotés par la vie que David O. Russell nous propose ici de découvrir. A noter que « Silver Linings Playbook » marque le septième long-métrage du réalisateur, déjà unanimement salué par la critique en 2010 pour son film « The Fighter » avec Mark Wahlberg, Christian Bale et Amy Adams.

Le casting quatre étoiles de « Silver Linings Playbook » fait se côtoyer des monuments du cinéma (Robert de Niro), des acteurs en pleine carrière (Bradley Cooper) et voit émerger de très, très jolis talents (Jennifer Lawrence).

Pat et Tiffany complices, lors de l’une de leurs répétitions quotidiennes
Pat et Tiffany complices, lors de l’une de leurs répétitions quotidiennes

Commençons par le duo principal : Bradley Cooper et, à mon sens, encore d’avantage sa comparse Jennifer Lawrence crèvent littéralement l’écran.

           Bradley Cooper interprète un personnage éruptif, hanté par ses vieux démons et son incapacité à contrôler ses émotions mais néanmoins bien décidé à s’engager sur la voie de la guérison. Loin du rôle de Phil Wenneck qui l’a fait connaître en 2009 dans The Hangover, le personnage qu’il campe ici est terriblement attachant, plein de fêlures et de délicatesse. Et puis on ne va pas se mentir, malgré une vaine tentative pour l’amochir en l’affublant d’un splendide sac poubelle lors de ses joggings quotidiens, Bradley Cooper parvient brillamment à conserver tout son sex-appeal.

          A ses côtés, Jennifer Lawrence fait de Tiffany une jeune femme craquante, incroyablement culottée mais au fond très vulnérable. Au premier abord, cette furie, nymphomane chronique, est assez crispante et un peu tête à claques. Mais sa fraicheur et sa détermination (maladroite et un peu flippante par moment, il faut bien l’avouer) à conquérir Pat et faire oublier sa réputation rendent le personnage très humain.

L’actrice, notamment aperçue dans “The Hunger Games” (2012), apporte un charme fou à Tiffany. Son visage joufflu, empli de douceur et quelque peu enfantin, cache un personnage plein de sensualité, embarqué dans une difficile entreprise de séduction et qui ne rechigne pas à sortir les décolletées plongeants dès que l’occasion se présente. A noter que nombre d’actrices convoitaient le rôle de Tiffany. Jennifer Lawrence, du haut de ses 21 ans à l’époque, a entre autres été préférée à Angelina Jolie et Zooey Deschanel.

           Robert de Niro est lui aussi extrêmement touchant dans le rôle de ce père quelque peu désarmé face à la maladie de son fils mais attentionné et protecteur. Au fond, un père légèrement dérangé lui aussi, au regard de ses multiples tocs et de sa façon toute personnelle et passablement désastreuse de parier son argent sur l’équipe des Philadelphia Eagles.

L’acteur semble avoir pris ce rôle particulièrement à cœur, comme en témoigne son émotion sur le plateau du talk show américain de Katie Couric en février dernier, en pleine promo du film. Certains y verront un coup de pub savamment orchestré, en prévision des Oscars… Comment savoir ? Et qu’importe. Robert de Niro se révèle très juste dans le rôle de Pat Senior.

Robert de Niro et Jacki Weaver en parents inquiets mais attentionnés
Robert de Niro et Jacki Weaver en parents inquiets mais attentionnés

           Coup de cœur également pour Jacki Weaver, mère de Pat dans le film, petite actrice un peu boulotte et terriblement attachante qui campe ici le rôle d’une maman prévenante, soutien sans faille de son fils cadet.

           Clin d’œil enfin à Chris Tucker, qui joue Danny, temporairement hospitalisé dan le même établissement que Pat parce que curieusement obsédé par ses cheveux. Danny va se muer en coach de danse plein de bons conseils, parmi lesquels « bouge ton boule » et « black it up ! ».
Bref en somme, un casting au top, incluant des seconds rôles tous très justes, qu’il s’agisse du frère de Pat (Shea Whigham), de son psy (Anupam Kher), de la sœur de Jen (Julia Stiles) ou encore du mari de celle-ci (John Ortiz).

Plus largement, « Silver Linings playbook » nous offre une plongée dans l’Amérique du XXIème siècle, au cœur de cette famille de la middle classe américaine vivant dans la banlieue de Philadelphie. Problèmes d’argent, relations conflictuelles, retour du fils trentenaire sous le toit familial: une famille pleine de failles, quelque peu atypique mais en même temps très contemporaine, qui se reconstruit doucement sous nos yeux.

           En bon film à l’américaine, l’intrigue réserve une large place au football américain et à l’ambiance « match du dimanche ». Entre Pat senior, fervent supporter banni du stade et Tiffany qui se révèle super calée en football américain dans l’une des scènes clés, le film ravira les amateurs de sport US. D’ailleurs le « Playbook » du titre originel fait référence au recueil des stratégies de jeu utilisées par l’équipe de football américain des Philadelphia Eagles. Le titre complet donne donc plus ou moins « Stratégie pour la positive attitude » (et finalement avec « Happiness Therapy » comme titre français, on s’en sort pas si mal).

           Le film nous fait passer du rire aux larmes, regorge de scènes marquantes et manie joliment l’humour noir, comme lors de la première rencontre entre Pat et Tiffany qui se découvrent des points communs  en dialoguant sur la marque de leurs antidépresseurs respectifs.

           Et que dire de la scène finale, tant attendue. L’une de ces scènes finales que l’on anticipe, dont on connait le dénouement, mais qui parvient néanmoins à nous toucher, à nous surprendre et surtout à nous faire rire. Cette ultime scène est également assez révélatrice du décalage entre Pat, Tiffany, et les autres. Révélatrice de la difficulté pour eux de s’intégrer dans la société, d’en comprendre et d’en adopter les règles, ce qui les condamne peut-être à rester à la marge, dans leur monde à eux. Mais au fond qu’importe, puisqu’ils sont ensemble (ça c’était niais, je vous l’accorde).

           A noter que le film est remarquablement servi par une très jolie BO. Coup de cœur tout particulier, et personnel, pour Alt-J, un groupe anglais que j’affectionne. Ils parviennent à caser dans le film une magnifique chanson intitulée « Buffalo », envoutante et pleine de douceur.

Un peu plus tard, c’est le groupe américain « The Hand and the Heart » qui chantonne doucement « I get lost in my mind », refrain qui s’applique finalement plutôt bien à nos deux héros bipolaires.

           « Silver Linings Playbook » a été largement plébiscité, nominé à d’innombrables reprises et raflant un nombre incroyable de prix. L’actrice Jennifer Lawrence, nouvelle coqueluche de Hollywood, en cumule à elle seule pas moins de 16, dont celui de meilleure actrice reçu lors des Golden Globes 2013 puis des Oscars le 24 février dernier.

En résumé : « Silver Linings Playbook » n’est pas un film niais, ni une énième comédie romantique. C’est une petite pilule de bonheur, un film décalé, empli d’humanité et de tendresse et magistralement porté par ses acteurs de talents. Mais ceci n’est que mon avis… alors courez au ciné histoire de vous faire le vôtre! Et de sortir de la salle avec le sourire, assurément.

Cécilia Brès

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