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Manger de la viande, un geste pas si naturel

La présence de cheval dans des lasagnes affichées au bœuf relance un scandale en Europe. A chaque épisode malheureux (et pas seulement pour l’animal malade) comme la grippe aviaire, la vache folle ou la grippe porcine, la critique de l’alimentation carnée apparait dans les médias. S’en suit une vague de citoyens qui se déclarent dégoutés. Le but de l’article n’est pas d’imposer un mode de vie (ce serait prétentieux), mais simplement d’apporter quelques données sur ce phénomène de plus en plus fréquent dans les pays riches, et de montrer que la consommation de viande n’a rien de naturel (du moins à un tel niveau).

Une consommation en constante hausse

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La quantité de viande que nous mangeons augmente d’année en année au niveau mondial, et de façon accrue depuis la fin de la seconde Guerre mondiale et le début des Trente Glorieuses. La production a décollé avec la croissance de l’utilisation de produits chimiques, l’élevage intensif et la sélection des espèces élevées. Manger de la viande à un prix toujours plus bas est une habitude que nous avons tous intégré. La viande est bonne, pourquoi s’en priver ?

Qu’est-ce qu’être végétarien ?

Le « végétarien » est une personne qui ne mange pas de protéine de chair animale, ce qui inclue par définition le poisson et les crustacés. Le végétarisme ne doit pas être confondu avec le « végétalisme », pratique qui consiste à ne pas manger de produits provenant d’animaux, c’est-à-dire les œufs, le lait, le miel et l’ensemble des dérivés (fromage…). Le troisième terme semblable, mais qui comporte encore une différence, est le « véganisme ». Ce mode de vie (car c’est en fait un peu plus qu’une simple pratique) consiste à ne pas consommer l’ensemble des produits provenant de l’exploitation animale, c’est-à-dire refuser le cuir, les sports hippiques, les cosmétiques ou lessives testés sur les animaux…

Pourquoi être végétarien ?

Quel est d’après vous le point commun entre Platon, Pythagore, Bouddha, Gandhi, Einstein, Martin Luther King, Lamartine, Marguerite Yourcenar, Leonard de Vinci, Tolstoï, Kafka ? Ils sont célèbres, et morts. Certes, mais aussi, ils étaient végétariens. Et, on s’en doute, leurs motivations sont multiples et diverses.

Actuellement, l’argument le plus mobilisé est celui de la santé. En effet, la viande est un aliment gras, en partie responsable du surpoids dans les pays riches. Tout bon médecin conseille de manger moins de viande rouge pour réduire son cholestérol. Les poissons, eux, concentrent les métaux lourds, rendus responsables, selon certains chercheurs, de cancers. Malheureusement, les poissons d’élevages n’échappent pas à cette critique, puisqu’ils sont souvent remplis d’antibiotiques et nourris avec d’autres poissons, ce qui concentre la présence de métaux lourds. L’Association de Professionnels de la Santé pour une Alimentation Responsable (APSARES) préconise une « alimentation végétarienne équilibrée » pour atteindre avec succès les objectifs de santé de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Cette association suit aussi le Fond Mondial de la Recherche contre le Cancer, l’Association Américaine de Diététique et l’OMS qui recommandent une « alimentation centrée sur les aliments végétaux et non animaux ». D’autre part, la plupart des animaux d’élevage sont nourris avec du soja, du blé ou du maïs OGM (seul le label « Agriculture Biologique » garantit l’absence d’OGM dans l’alimentation de l’animal).

Un autre argument est celui du respect des animaux, en tant qu’êtres dotés de sensations et de sensibilité (une carotte n’a pas de système nerveux). La souffrance animale est en effet une question éthique importante. Qu’est-ce qui justifie qu’un être vivant tue un autre pour se nourrir ? Nos sociétés répondent que la faim justifie cet acte (seulement quand il s’agit de tuer un animal pour le manger). Cependant, rien ne justifie de le faire souffrir. Or, des enquêtes (très rares, car difficiles à mener) dans des abattoirs ou des élevages montrent clairement les conditions de vie déplorables des animaux (densité au mètre carré très élevée, souffrances physiques extrêmes et je vous passe les détails) et la maltraitance dont ils sont victimes.

Par ailleurs, l’alimentation trop riche en viande pour une grande part de l’humanité augmente les émissions de gaz à effets de serres (GES) et donc le changement climatique, en étant responsable d’un cinquième des émissions de GES (Zaccaï, Changer les comportements, une utopie). Nourrir le bétail nécessite d’énormes quantités de soja que l’on fait pousser à coup de tronçonneuses dans la forêt amazonienne. Qui l’eut cru : notre steak est responsable de la déforestation !

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D’autres réduisent leur alimentation carnée dans un souci d’équité planétaire. Produire un kilogramme de bœuf nécessite 16 000 litres d’eau selon le World Business Council for Sustainable Development, privant d’autant les populations en besoin. Le poisson dans nos assiettes, péché à des centaines de mètres de profondeur (car celui plus en surface est déjà épuisé) prive une grande part de la population mondiale plus pauvre de son régime alimentaire traditionnel. Le poisson est aussi une source d’emplois locaux et de revenus pour les populations de nombreux pays du sud.

L’élevage animal intensif est aussi, nous l’avons évoqué, responsable de la destruction d’écosystèmes et de pollutions. Les algues vertes et la pollution aux nitrates est le cas le plus connu en France (en Bretagne), mais les engrais, pesticides, antibiotiques, tout comme les rejets de ces industries de la viande sont nombreux et très nocifs pour l’ensemble des espèces vivantes sur terre.

Un acte culturel

Manger de la viande, nous l’avons vu, est un choix individuel. Mais pas tant que ça. Depuis le début de notre socialisation, nous baignons dans la viande et tout nous porte à en manger et en grande quantité.

D’abord, la pression sociale est assez forte. Avec la viande, un ensemble de valeurs sont véhiculées. Elle est synonyme de force, de courage et de masculinité (comme le montrent des études anthropologiques sur la consommation de viande dans la famille). Au contraire, les légumes ne sont pas socialement valorisés, et ils prennent souvent le nom d’accompagnement dans les restaurants (sous-entendu de la viande, l’élément principal du plat). Or, c’est souvent la viande, jugée bonne (à tort ou à raison, la question n’est pas là), qui pousse à ne pas apprécier ou cuisiner les légumes. Des efforts sont à faire pour ré-apprendre à cuisiner les légumes aux saveurs variées, certaines parfois oubliées à cause de la viande, mais aussi des substituts tout aussi riches en vitamines.

Les scientifiques ont largement contribué à légitimer l’habitude de la viande une fois par jour (voir plus), certains allant même jusqu’à considérer que le végétarisme est une maladie psychiatrique (!). Nombreux sont ceux qui rappellent qu’il faut absolument nourrir son enfant avec des protéines animales, au risque qu’il ne se développe pas. De nombreuses études, et individus (de par leur existence même) confirment le contraire.

Enfin, de nombreuses politiques publiques ont favorisé la hausse de la consommation de viande et de poisson. D’abord, pour préserver l’élevage français, le décret du 30 septembre 2011 oblige la restauration collective scolaire à composer tous ses repas d’un morceau de chaire animale. Par conséquent, toutes les cantines proposant une alternative végétarienne sont passées dans l’illégalité. Cette mesure est propre à la France et illustre bien la vision étriquée de l’alimentation qu’on impose à tous dès le plus jeune âge. Le Programme National Nutrition Santé, une politique nutritionnelle lancée en janvier 2001, fait de la chair animale un élément nécessaire à la santé et recommande de consommer « une à deux fois par jour des aliments comme la viande ou le poisson », rejetant d’emblée toutes les sources de protéines non animales comme le soja, les fruits secs ou les légumineuses en général. L’absence de label certifiant qu’un produit est végétarien n’aide en rien à changer les comportements et est aussi une spécificité française.

Conclusion

Ainsi, des événements comme la vache folle sont assez frappants pour le citoyen et rompent cette distance entre le consommateur et l’animal que l’industrie et les publicités cherchent à cacher. En l’espace d’une semaine, nous prenons conscience de ce qu’il se passe dans les coulisses de l’étal rouge de nos supermarchés : d’où vient notre viande ? De quoi est-elle nourrit ? Comment est-elle traitée ? Dans quel environnement est-elle élevée ? Autant de questions dont on n’aime pas avoir la réponse mais qui surgissent quand même.

Comme je le disais, il n’y a aucun d’intérêt à critiquer celui qui mange de la viande. Simplement, il est nécessaire de savoir ce qui se dissimule derrière notre steak quotidien, et de prendre conscience que le geste n’est pas anodin. De même, que quelqu’un ne mange pas de viande par conviction ne doit pas être source de critique. C’est un choix, un droit, et il faut le comprendre et le respecter.

Mathias LOUIS-HONORE – Master Développement soutenable. 

Bibliographie et approfondissements

– Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ? Editions de l’Olivier (6 janvier 2011)

Quand l’industrie de la viande dévore la planète, le Monde Diplomatique : http://blog.mondediplo.net/2012-06-21-Quand-l-industrie-de-la-viande-devore-la-planete

J’aime trop la viande, Infokioske : http://infokiosques.net/lire.php?id_article=109

1 kilo de bœuf = 16 000 litres d’eau ! Le figaro : http://www.lefigaro.fr/vert/2008/11/24/01023-20081124ARTFIG00580–kilo-de-buf-litres-d-eau-.php

– E. Zaccaï : changer les comportements, une utopie : http://homepages.ulb.ac.be/~ezaccai/2009-12-Zaccai-entretien.pdf

http://www.icdv.info/index.php?post/2011/08/21/Les-biais-du-PNNS

http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/viandes-un-arriere-gout-de-deforestation

http://www.observatoire-consommation.be/etudes.php

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