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Stand (by me), une histoire de salon

Le samedi 14 janvier 2012, c’est-à-dire il y a bien longtemps, j’étais l’un des représentants du stand Sciences Po Lille au salon de l’étudiant et du lycéen, à Grand Palais. Vous avez sûrement déjà été à ce genre de salon ; vous y avez peut-être même été contraint par le bahut ou par vos parents. Et comme moi, vous vous êtes peut-être demandé à l’époque à quoi ressemblait la vie de ceux qui répondaient à vos questions. Ce papier n’a absolument rien à voir avec l’actu du moment, c’est juste que je trouvais dommage que cette expérience fascinante se perde dans les limbes de ma mémoire ; à mon avis cette histoire (plutôt vraie) donne un peu une idée de la manière dont l’IEP est perçu, imaginé, par des gens extérieurs à l’école. Et puis mieux vaut tard que jamais, n’est-ce pas ?

Oh, et je voulais écrire cette histoire à la deuxième personne du singulier. Pourquoi ? Parce que.

LE STAND
9h14

Tu es en retard. Comme toujours. Cette fois c’est pour un travail rémunéré donc franchement, tu n’es pas fier de toi. Tu entends vaguement, en écho, la voix de ton père qui te dit que ta totale absence de ponctualité finira par te jouer des tours. Furtive vision de chômage longue durée et de déchéance humaine, que tu balaies du revers de la main.
Tu regardes le plan, tu marches, tu arrives au stand. Ils sont déjà tous affairés à quelque chose et ton sentiment de culpabilité s’accroit légèrement. Personne n’a l’air de t’en vouloir mais tout de même, tu te trouves assez incorrect. Pas le choix : tu demandes à quelqu’un de te briefer. Tu es le petit nouveau du dernier jour, le seul qui n’était pas là le jeudi ou le vendredi, tu ne connais pas vraiment la marche à suivre. Une des filles te l’explique gentiment : tu peux poser tes affaires dans le local, les brochures sont ici, fais attention à la notice rectificative, remets-en régulièrement sur le comptoir, n’hésite pas à en redemander s’il t’en manque, tiens, prends une bouteille d’eau.

Tu fais comme on t’a indiqué. Tu te rends dans l’espèce de box au centre du stand, tu te débarrasses de ta sacoche et de ton manteau et te voilà paré. Tu as tout l’uniforme : le maillot bordeaux, ton badge nominatif avec le logo et la mention « Première année – Filière Franco-britannique », et la motivation pour produire du sourire commercial toute la journée. Le Tee est en XL mais ça aurait pu être pire, à la base tu en avais un encore plus grand et sans la moindre inscription. Tu t’es quand même demandé qui commande ces T-Shirts, si c’est moins cher de les acheter en taille éléphant ou si cette personne croit que l’obésité fait des ravages parmi les étudiants en science politique.
Enfin bon. Tu t’assieds sur un des tabourets surélevés du stand, sans savoir que tu ne le quitteras plus pendant plusieurs heures. Tu jettes un œil autour de toi : tu vois les affiches des vingt ans de l’école (sur lesquelles, en cherchant bien, on peut trouver ta tête), la documentation sur papier glacé, les cartons de flyers. Pas de goodies en revanche : pas le budget.

Le salon est assez vide pour le moment, les visiteurs sont rares. Tu attends.

10h

Il commence à y avoir du monde devant le stand. Tu trouves que c’est d’autant plus impressionnant qu’il est particulièrement mal placé, dans le fin fond de la salle, à l’arrière de l’emplacement réservé à Lille 2, non loin des toilettes. Tu décides de prendre ça pour un signe de la bonne réputation de l’IEP : les gens ne semblent pas découragés, ils cherchent un peu, ils viennent par envie et non par hasard.
C’est le début de la valse des questions, dont certaines vont revenir des dizaines, voire des centaines de fois. Comment on rentre ? Qu’est-ce que vous faites exactement ? Qu’est-ce qu’on peut faire après Sciences Po ? Dans quel ordre je devrais mettre les IEP pour le concours commun ?
Bien souvent, le visiteur n’a pas de questions précises : il se plante devant toi, bredouille quelques mots, et tu essaies de lui fournir des réponses sans savoir exactement ce qu’il cherche. Tu es un performer, un commercial essayant de vendre son produit, et rapidement tu deviens rodé à l’exercice. Tu construis ton exposé en trois parties et trois sous-parties, ton petit show avec ses passages obligés : tu fais une présentation globale, tu utilises la documentation et ses schémas pour appuyer tes propos, tu précises ce qu’on t’a demandé de préciser.

Tu essaies d’être honnête cela dit, et même si ça te fait assez mal de parler de ta filière, de ta FIFB un peu sinistrée, tu n’y coupes pas. Tu ne dois pas oublier de parler du petit addendum fourni à ce sujet, du feuillet imprimé en urgence qui explique sobrement la situation. Les frais d’inscription ont explosé, l’école se réserve le droit d’annuler le concours si elle juge les candidats trop mauvais ou trop peu nombreux – ce n’est pas écrit de cette façon, tu ne l’évoques pas ainsi, mais c’est bien ce que tu lis. Tu n’as pas trop de scrupules à mettre la chose sur le dos de David Cameron (tu ajoutes systématiquement « le Premier Ministre anglais » après une ou deux faces incrédules), tu expliques que £9000 (« £4500 la première année », une affaire ma bonne dame) c’est désormais le tarif normal pour faire ses études de l’autre côté de la Manche, tu vantes les mérites d’un enseignement bilingue, pour un peu tu serais l’ambassadeur officiel du Royaume-Uni et Trait d’Union le dernier garant de la survie de l’Entente Cordiale.

Malgré tous tes efforts, tu vois le choc et l’étonnement chez tes interlocuteurs, et tu as du mal à rester optimiste. Au bout d’un moment, tu conseilles aux germanistes de bien bosser leur allemand et de tenter le concours franco-allemand. Quoi, tu n’as pas le niveau ? Essaie quand même. Tu n’aimes pas l’Allemagne ? Arrête de faire ta chochotte. FIFB, FIFA, FIFE, même combat : après tout tu es le seul double-filière sur le stand, en plus d’être le seul à ne pas être en quatrième année, alors tu te sens un peu investi d’une mission.

11h

Les gens s’entassent devant toi. C’est de la folie. Tu discutes avec quelqu’un ? Il y en a cinq autres derrière, qui écoutent en attendant patiemment leur tour. Certains sont juste là en spectateurs, ils te regardent attentivement pendant un quart d’heure, puis semblent être satisfaits ou en avoir assez, et s’en vont. Certains prennent juste une brochure, en coup de vent. D’autres essaient de s’immiscer dans la conversation, coupent sans pitié leurs congénères, et quand ils ont finalement ton attention, ne te lâchent plus pendant d’interminables minutes. En général ce ne sont pas les plus malins et – surprise – pas les plus polis, mais tu ne les remballes pas pour autant (au moins toi, tu es bien élevé). Clairement tu en trouves certains plus sympathiques que d’autres, néanmoins tu t’efforces de garder ton calme et de rester équitable.

Vers 11h30 tu tombes sur l’emmerdeuse de la journée. Ou plutôt, c’est elle qui te tombe dessus. Blonde, lunettes à monture épaisse, Terminale ES, elle a joué des coudes pour s’approcher du comptoir. Elle est persuadée d’avoir le concours (une formalité), elle s’y voit déjà, veut savoir pour les masters. Elle a une copine à Sciences Po Rennes, trois qui font IPESUP, elle voudrait faire l’ESJ tu vois enfin après ça la saoule un peu, elle voudrait bien monter à Paris quand même. Tu n’as qu’une envie, lui mettre une claque retentissante en lui disant qu’elle est trop conne pour intégrer ; mais tu restes pro, presque mielleux dans le ton. Elle te tient la jambe pendant une éternité, pose question idiote sur question idiote jusqu’au moment où miracle, tu parviens à t’en débarrasser.

Elle te remercie. C’est déjà ça.

12h

Tu as vu les filles faire la même chose, alors tu t’autorises une pause Café-WC de dix minutes. Tu as le privilège suprême d’apprécier le précieux breuvage caféiné sous une tente réservée au personnel, et ces quelques instants de silence relatif te font du bien. Mais tu n’arrêtes pas de penser à la foule qui doit s’amasser là-bas, tu revois le regard déçu de ceux qui t’ont vu partir alors qu’ils croyaient enfin passer. Sans blague, tu t’es pris au jeu et tu veux être là pour répondre, tu veux donner une bonne impression de l’école ; tu dois être là pour guider toutes ces pauvres brebis égarées. Donc tu te fraies un chemin jusqu’à ton siège, tu prends une gorgée d’eau, et c’est reparti.

Tu déchantes vite. Tu te répètes encore et encore, on te pose la même question deux, trois, huit fois de suite, tu parles non-stop jusqu’à en avoir mal à la gorge. Tu comprends mieux pourquoi tout le monde boit sans arrêt sur le stand. Les visages se suivent et se rassemblent, tu tends des brochures sans même t’en rendre compte, c’est du travail à la chaîne. Pas besoin, et surtout pas le temps de réfléchir : tu enclenches le pilotage automatique.
Inutile de dire que c’est un peu la fête quand tu entends du nouveau, de l’inédit. Tu vois passer des types qui te rappellent toi-même, version lycée, des filles qui ont un vrai projet, des gens qui s’expriment bien. Il y en a qui viennent de ton bahut, de ton club de sport, qui te reconnaissent. Tu reprends espoir et tu es presque triste de les laisser s’en aller.
Certains professeurs passent donner un coup de main, répondent à quelques questions avant de disparaître de ton champ de vision. Comme l’affluence ne faiblit pas, ils ont beau détourner un peu de foule, c’est à peine si tu les remarques. Ton univers se réduit au comptoir, le reste n’est qu’un bruit de fond par-dessus lequel tu cries.

13h

Tu te dis que tu iras peut-être manger, bientôt, mais tu ne vois pas d’échappatoire à travers la masse humaine. Tu es trop occupé de toute façon, tu n’as pas le droit d’avoir faim. Tu verras bien. Plus tard.
Parfois, tu vois des choses qui te font vraiment de la peine. Tu as décidé que le pire du pire, ce n’était ni les lycéens prétentieux, ni les collégiens qui hésitent encore entre la NASA et l’ENA. Le pire du pire, ce sont les parents.
Il y a les mamans qui sont venues à la place de leur fils (ou plus rarement, de leur fille), et qui essaient de savoir à sa place ce qu’il veut faire dans la vie. D’un côté tu maudis le fils en question de ne pas s’être pointé lui-même, de l’autre tu imagines assez bien la mère construire son argumentation, bâtir un dossier béton pour le pousser à choisir telle ou telle voie. Tu visualises déjà les changements drastiques d’orientation qui vont s’ensuivre.
Il y a les parents qui sont venus avec Junior mais qui ne le laissent pas en placer une. Junior a l’air intéressé par Sciences Po et tu aimerais entendre son avis mais rien à faire, il n’arrive pas à s’imposer. Tu essaies de t’adresser directement à lui, il commence une phrase… et Senior prend le relais sans attendre qu’il ait terminé.
Surtout il y a ceux qui sont aussi venus avec leur progéniture… sauf que celle-ci ne veut pas faire Sciences Po. C’est évident, ça se voit à des kilomètres, seulement Papa et Maman en ont décidé ainsi – il ou elle passera le concours. Et il arrive même que ce soit totalement assumé : le père arrive et te dit “Alors voilà, ma fille est en Première, elle veut faire médecine mais on a pensé que…”. Jamais une bonne façon de commencer un discours. Tu regardes la lycéenne en face de toi, tu la vois fixer ses pieds l’air gêné, implorer ton aide du regard. Tu trouves ça dramatique mais tu ne sais pas trop quoi faire, alors tu cherches à lui montrer que tu as compris, tu tentes subtilement de faire douter ses parents, tu t’improvises conseiller d’orientation à deux francs. Tu espères sincèrement que tu auras servi à quelque chose, mais tu n’en es pas convaincu.

Soudain il est 13h47 et tout le monde a pris son déjeuner, sauf toi. Tu dis aux autres que tu vas manger ; tu te lèves, insensible aux interpellations du public.
A la buvette du salon, quand tu commandes ton américain saucisse, tu constates que ta voix a perdu un octave.

14h

Bon, on ne va pas se mentir, tu commences à en avoir marre. Le salon ne désemplit pas et tu te demandes si tous les stands sont aussi assiégés que le tien. D’après ce que tu vois en tournant la tête, la réponse est non, mais tu devines que du côté des écoles de commerce ou de design, ça doit être du même tonneau.
Malgré tout, tu te dis qu’il y a quand même quelque chose de merveilleux à représenter Sciences Po Lille au salon de l’étudiant : tu as beau être redoublant (ce qui ne se voit pas sur ta figure cela dit, c’est vrai), avoir un T-Shirt qui te fait une robe très seyante (prenez-ça dans les dents les mecs de l’EDHEC, avec vos polos ridicules) et une pilosité faciale chaotique, les gens te regardent presque tous comme un demi-dieu. Avec des étoiles dans les yeux. Tu es illuminé d’une aura “étudiant dans une grande école”, tu as réussi le concours et dans cette situation particulière, cela suffit pour que l’on te parle avec un profond respect, en prenant des précautions que tu juges plutôt amusantes. Tu fais un peu moins le malin quand un Seconde te donne du “Monsieur”, néanmoins cela reste très gratifiant.

15h

Entre le brouhaha, la chaleur et la répétitivité de tes actions, tu es entré depuis une heure dans une sorte de torpeur mécanique, dans un état second. Oh, tu es toujours efficace, mais tu es à peine conscient de ce que tu fais. La machine est lancée, elle ne s’arrête pas à moins de foncer dans un mur – il arrive qu’il y ait des à-coups, que tu parles trop vite ou que tu articules mal, heureusement c’est très rare et tu t’en rends compte. Enfin c’est ce que tu crois. Les gens ont l’air de te comprendre, tout de même.

Et puis sans prévenir, elle apparait. Tu as vu passer un peu de tout et n’importe quoi depuis ce matin, tu as bien sûr vu des jolies filles dans le lot; là c’est différent. Elle joue dans une autre catégorie. Grande brune aux cheveux longs, veste en cuir cintrée, silhouette élancée, elle est entourée d’un groupe d’amies – qui à cet instant, pourraient aussi bien être invisibles en ce qui te concerne. Elle a une gestuelle, une façon de parler, et cet air effronté qui te donne l’impression qu’elle lit en toi comme dans un livre ouvert.
Tu es totalement hypnotisé. Ton cerveau menace de quitter le navire: tu te ressaisis. Tu as 20 ans mon vieux, elle doit en avoir 16 à tout casser. Elle est plus jeune que ton frère. Elle doit encore écrire des trucs qu’elle regrettera plus tard sur son mur Facebook, se sentir ouf quand elle va en boîte, ou croire que le Bac est difficile.
Il n’empêche, pendant vingt minutes tu es amoureux. Elle peut te demander n’importe quoi, tu bois ses mots et tu soignes tes phrases, ton attitude. De ta voix éraillée tu lui demandes son nom, chose que tu n’as pas toujours faite au cours de la journée. Pour elle tu serais prêt à donner des conseils sur mesure, voire des cours particuliers, ne serait-ce que pour la voir un jour faire sa rentrée à Sciences Po Lille. Quand tu lui souhaites bon courage, tu le penses vraiment.

Tu ne la reverras jamais. Tu lui tends une brochure, merci, au revoir. Adieu.

16h

Intérieurement, tu fais un peu la gueule. Tu te dis que ce travail comporte une bonne dose de frustration : tu repenses à l’histoire de tout à l’heure, mais pas seulement. Combien de fois tu as eu envie de secouer quelqu’un ? Combien de fois tu as eu envie d’en prendre à part pour les séparer de leurs parents ou de leurs potes rigolards ? De discuter plus longtemps et dans de meilleures conditions ? Tu sais que tu te plains pour pas grand chose ; tu maintiens que c’est assez rageant.
La valse des questions s’est calmée, le bal continue à un rythme moins soutenu. Tu fournis un énième conseil à un énième lycéen, tu réarranges ta pile de brochures et parfois, parfois tu ne fais rien. Bizarrement, ce n’est que maintenant que tu prends réellement conscience du caractère éphémère du salon, du fait que demain il ne restera rien du décor, et que tous ces gens seront partis. Que lundi ils seront dans leurs écoles, dans leurs lycées respectifs. On voit déjà que la fin approche, personne ne range vraiment mais un peu quand même.

Tu t’ennuies un chouïa.

17h

Tu fais des rencontres intéressantes sur la fin. Tu as le temps de parler en ménageant ta voix, de manière moins formelle ; et c’est plutôt agréable. C’est plus humain aussi, la conversation est plus équilibrée, l’humour est enfin autorisé. Tu arrêtes d’être pris pour le Google local, tes interlocuteurs deviennent un peu plus que des points d’interrogation personnifiés, et te marquent davantage. En bref, c’est mieux – mais ce n’est que le très court épilogue d’un samedi en effervescence.
Le dernier visiteur à passer te voir est aussi celui qui reste le plus longtemps, presque une demi-heure. Les vannes fusent, il te demande comment c’est Sciences Po, “en vrai”, derrière la façade. Comment est l’ambiance, comment sont les autres étudiants, et cætera. Ce ne sont pas forcément des questions inédites; ce qui change c’est que tu peux en discuter tranquillement, avec des nuances. Il y a un peu une connexion entre vous et quand ça se termine, tu t’attends presque à ce qu’il t’aide à démonter le stand.

A 17h50, c’est le désert dans la salle. Quelqu’un décrète que c’est l’heure de fermer boutique, et tout le monde se met à donner un coup de main pour ranger. Les brochures restantes retournent dans leur carton, les affiches qui peuvent être récupérées le sont. En un rien de temps, toute trace du passage de Sciences Po Lille a disparu.
Tu as le sentiment du devoir accompli. Les membres de l’équipe se félicitent entre eux – personne n’a démérité. Tous arborent la même mine fatiguée que toi. Comme les autres, tu te dépêches de récupérer tes affaires, et tu aides à transporter ce qui reste de matériel promotionnel dans la voiture de la responsable communication. Après une petite séance de remerciements, l’équipe se sépare pour de bon.

Aphone, tu traverses la nuit pour rejoindre le métro.

Charles Carrot

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