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La financiarisation de l’économie touche maintenant les services

La désindustrialisation au profit des activités tertiaires est un phénomène connu. Elle s’est accompagnée depuis les années 80 par une reprise en main des entreprises par les actionnaires.

Certains principes de gestion imposés par certaines bourses, comme NYSE, sont explicites :

  • La direction doit être majoritairement composée de personnes « indépendantes » pour éviter les « conflits d’intérêt » ;
  • Il doit y avoir des réunions du Conseil d’Administration qui excluent les cadres de l’entreprise.

Le but de la manœuvre est de marginaliser le rôle joué par les gestionnaires de l’entreprise dont l’intérêt est le bon fonctionnement de celle-ci, au profit d’actionnaires dont le seul intérêt est de maximiser leurs gains à court terme. Quitte à ce que l’entreprise sombre. De nombreuses entreprises du secteur secondaire en ont fait les frais. Ce qui est nouveau, c’est de voir de plus en plus cette tendance à l’œuvre dans les services.

Pendant longtemps Steve Jobs a tenu tête aux actionnaires d’Apple, qui n’étaient pas assez fous pour se débarrasser de lui. Au début des années 90, il y avait déjà eu un épisode Apple sans Jobs, et l’entreprise avait failli y passer. Jusqu’à la mort de son patron, Apple était donc une entreprise réputée à la fois pour le montant extraordinaire de sa capitalisation boursière et pour la faiblesse des dividendes versés. C’est ce qui a permis à l’entreprise d’amasser près de 150 milliards de dollars de liquidités (dans des paradis fiscaux bien sûr).

Pour compenser la faiblesse de ses dividendes, Tim Cook a annoncé que la boîte allait racheter pour 60 milliards d’euros de ses propres actions. Mais Carl Icahn, financier « activiste », c’est-à-dire particulièrement vorace, en veut 150 milliards. Soit le montant des liquidités d’Apple.

Microsoft, anciennement le plus grand rival, avec IBM, d’Apple, n’est pas sorti indemne de cette lutte entre actionnaires voraces et managers qui veulent la réussite à moyen et long terme de leur entreprise. Selon certaines sources, ce serait en effet Wall Street qui aurait eu la tête de Steve Ballmer (encore un Steve), pédégé de Microsoft ayant succédé à Bill Gates, et connu pour son style très personnel:

Les faits racontés par un article récent de ZDNet.fr intitulé « Succession de Ballmer : les actionnaires de Microsoft veulent un « cost-killer » », vont en tout cas dans le sens de cette rumeur.

Plus près de chez nous, c’est le groupe Accor qui est visé. Accor est un groupe hôtelier français. Une multinationale, un de poids lourds du secteur, avec les chaînes Sofitel, Novotel, Mercure, Ibis, Formule 1… Accor, c’est 160 000 employés, 3500 hôtels dans 92 pays. Son pédégé était jusqu’alors un certain Denis Hennequin, ancien pédégé de MacDo France. Certes ce n’était pas un philanthrope désintéressé, mais au moins il venait du monde de l’entreprise et non de la finance. Grand mal lui a pris !

Depuis un moment, Sébastien Bazin, patron en Europe de Colony Capital, voulait transformer radicalement la façon de fonctionner d’Accor, qui n’était pas suffisamment rentable selon lui. Il fallait transformer le patrimoine d’Accor en actifs financiers. Son idée : vendre les murs des hôtels pour se ne plus faire que de la gestion hôtelière. Sous-traiter. C’est une très mauvaise idée : les études portant sur la délégation, qui portent le nom du modèle de Principal-Agent, ont démontré qu’une fois qu’on s’enlève une compétence en interne, on ne maîtrise plus bien le processus sous-traité, et qu’il est très coûteux de revenir dessus. Logiquement, donc, Denis Hennequin faisait de la résistance à ce projet. Mais Sébastien Bazin, allié à un autre actionnaire, le fonds Eurazeo, l’a poussé à la démission en avril.

Dans un billet publié fin août dans Le Monde, Francis Chouat (maire PS d’Evry) appelait l’État, qui détient également des parts dans Accor, à agir. Après tout, le gouvernement affiche une volonté de réindustralisation et il aurait donc été logique qu’il intervienne dans les entreprises dont il détient des participations pour tenter de mettre en œuvre à travers elles une politique industrielle cohérente et globale. La nomination de Sébastien Bazin, sacré nouveau pédégé à la place du pédégé, le 27 août, aura démontré selon le cas l’attentisme ou l’incapacité du gouvernement.

Julien Rossi

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