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Après les arrestations de membres d’Aube Dorée, une apparente « victoire de la démocratie »  contre les néonazis.

Suite à l’assassinat du rappeur anarchiste Pavlos Fyssas, la Grèce a connu une semaine de manifestations tendues qui ont rassemblé souvent plusieurs centaines voire jusqu’à 10 000 manifestants. Ce fut l’occasion d’affrontements parfois violents entre la police antiémeute et des militants anarchistes ou antifascistes. Une importante manifestation dans Athènes a été organisée le 25 septembre, soit une semaine après la mort de Pavlos. Le cortège est passé place Syntagma, devant  le Parlement et s’est approché du siège du parti Aube Dorée avant de se scinder. Il y a eu quelques affrontements sporadiques. Le gouvernement avait promis de réagir, mais peu s’avaient comment. La réponse a été brutale.

Soudain, comme l’explique de façon sarcastique le site Occupied London : « And so, on the sunny autumn morning of September 28th – a quiet, almost tranquil morning – the state and media, inside and beyond the Greek territory, woke up anti-fascist. ». Le site fait bien sûr référence au coup de filet qui a conduit à l’arrestation d’une quinzaine de membres importants d’Aube Dorée. Il faut dire que pendant une semaine, la police a perquisitionné les bureaux d’Aube Dorée et des principaux leaders. La pêche a été abondamment commenté par les médias puisque des armes à feu, des couteaux et des livres nazis ont notamment été découverts (ici).

La presse grecque a donc applaudi à tout rompre. Six députés sur les 18 que compte le parti ont été inculpés pour leur appartenance à une « organisation criminelle » et parmi eux, rien de moins que Nikos Michaloliakos, le chef de ce parti néonazi. La police antiterroriste a aussi procédé à l’arrestation de quinze membres de ce parti, dont curieusement quatre policiers qui sont nombreux à soutenir ou militer dans Aube Dorée.

Les médias français ont été bavards sur ces événements. Le terme « décapité » est revenu à tout bout de champ, tandis que d’autres médias ont spéculé sur la disparition du parti extrémiste. Le Monde, dans son éditorial du 2 octobre parle de « bonne nouvelle de Grèce, avec la fin d’un parti néonazi ». Mais c’est le Figaro qui est le plus risible car celui ci commence son article du 29 septembre sur la Grèce par cette lourdeur: « Le samedi 27 septembre, un chapitre de trente-trois années de néonazisme en Europe s’est brutalement clos à Athènes, ville berceau de la démocratie ». Victoire de la démocratie sur les nazis ? On en est loin, très loin.

Le 2 octobre, au moment où l’éditorial du Monde est sous presse, la justice place en liberté conditionnelle trois députés d’Aube Dorée arrêtés dans l’attente de leur procès. D’ailleurs, les députés, à la sortie du tribunal, ont menacé et agressé les journalistes présents, notamment un journaliste et un cameraman de l’agence Reuters, sans que la police n’intervienne.< Comme l’explique Les Echos dans un article du 2 octobre : « Cette décision inattendue suscite des interrogations sur la solidité du dossier monté contre Aube dorée par le gouvernement ». Mais à vouloir synchroniser agenda politique (les élections municipales et européennes approchant) et instance juridique, des erreurs peuvent être commises. Cette opération a effectivement été menée et voulue par le gouvernement de coalition de Samaras (Pasok à gauche et Nouvelle Démocratie à droite), et répond à des logiques tant intérieures qu’extérieures. Selon l’analyste politique Ilias Nikolakopoulos, cité par Libération, le gouvernement «tente de convaincre les quelque 400.000 électeurs d’Aube dorée qu’ils se sont trompés». Révéler les actions criminelles d’Aube Dorée, montrer que la « démocratie » lutte contre les nazis, c’est donc renforcer le crédit du parti de Samaras, Nouvelle Démocratie. Selon des sondages récents, la cote d’Aube Dorée a chuté de 14% en juillet à 8,5% en octobre. En juin 2012, 425 000 électeurs, soit 7% des votants, ont accordé leurs suffrages pour ce parti alors que celui ci n’avait jamais dépassé les 1% à toutes les élections à caractère national avant cette date. Il serait donc possible que Samaras cherche à récupérer ces électeurs qui sont attirés par le discours antisystème, ultra-nationaliste et xénophobe d’Aube Dorée. Il faut dire que le premier ministre a déjà prononcé des discours qui font passer celui Sarkozy à Grenoble pour de l’angélisme et du laxisme. Aussi, il n’est pas impossible que l’UE ait réalisé quelques pressions sur le gouvernement en place, surtout que la Grèce va, le 1er janvier, prendre la présidence tournante de l’Union Européenne. Enfin, Libération, dans un article du 29 septembre, propose une autre hypothèse somme toute crédible : «  Mais ce sont les révélations sur les liens entre Aube dorée et les forces de l’ordre qui ont peut-être fait comprendre au gouvernement, longtemps laxiste face au péril néonazi, que la situation était en train de lui échapper. Une première enquête administrative sur les «grosses négligences» policières dès qu’il s’agit de contrôler les activités d’Aube dorée a ainsi poussé deux hauts responsables de la police à démissionner, mardi, tandis que trois autres étaient suspendus. Ces prochains jours, d’autres départs forcés devraient intervenir. D’autant que mercredi, la Cour de cassation a ouvert une enquête sur les liens entre les réservistes de l’armée et Aube dorée. »

Dans son article du 4 octobre, Myeurop.info se demande si « La prison [est] une aubaine pour les néonazis d’Aube Dorée » Citant le New Tork Times, « Le cas de l’Aube dorée peut se transformer en ” boomerang ” contre le gouvernement et, finalement, créer un mouvement de sympathie pour l’Aube dorée, l’une des organisations extrémistes en Europe” ». En effet, Aube Dorée hurle au complot international et à la persécution politique. Dans une lettre, le chef de file d’Aube dorée Nikolaos Mihaloliakos jure de “poursuivre son combat politique en toute légalité pour libérer le pays et le peuple des requins usuriers de la finance internationale et des valets grecs au service de l’étranger”. Ce procès s’agit pour lui de « la plus grande conspiration de l’histoire politique moderne de la Grèce”. Ce dernier, contrairement aux trois députés, a été placé en détention provisoire le 3 octobre. Mais les trois députés peuvent facilement organiser la riposte. Surtout que le numéro deux du parti, Christos Pappas, s’est rendu 24 heures après les autres. On peut imaginer qu’il a changé de planques les armes et procédé à une réorganisation du parti. Un député de la Gauche démocratique (plus à gauche que le PASOK) a affirmé que “le monde politique est en état de choc” après la mise en liberté de ces trois députés d’Aube Dorée. D’ailleurs, le quotidien de centre gauche Ta Nea titrait le 3 octobre : « Le chef en prison, le gang est dehors ». Comme si les efforts consacrés à écraser Aube Dorée étaient considérablement relâchés. Certains pointent le ministre de l’Intérieur et celui de la Justice qui montrent peu d’empressement dans leur tâche.

Évitons donc de souscrire à cette vision angélique d’un gouvernement souhaitant éliminer au nom de la démocratie un parti néonazi, alors que ce gouvernement a longtemps fermé les yeux sur les exactions du parti en question. 

Tom Joad, correspondant de la Manufacture à Athènes.

Sources:

http://fr.myeurop.info/2013/10/04/la-prison-une-aubaine-pour-les-n-onazis-d-aube-dor-e-12352

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00553849-revers-pour-le-gouvernement-grec-face-a-aube-doree-612856.php

http://www.rfi.fr/europe/20131002-decapite-justice-aube-doree-va-elle-disparaitre

http://www.liberation.fr/monde/2013/10/03/grece-le-chef-du-parti-neonazi-place-en-detention-provisoire_936631

http://www.lefigaro.fr/international/2013/10/03/01003-20131003ARTFIG00372-grece-le-chef-des-neonazis-d-aube-doree-en-detention-provisoire.php

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/10/02/bonne-nouvelle-de-grece-avec-la-fin-d-un-parti-neonazi_3488398_3232.html

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