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« Conseils aux femmes » du Ministère de l’Intérieur : un bien médiocre bilan

Il y a quelques semaines, les « Conseils aux femmes » du Ministère de l’Intérieur, pourtant édités pour la dernière fois en août 2012, ont été (re)découverts, critiqués de toutes parts, puis remplacés par une page consacrée à la « Lutte contre les violences faites aux femmes ». Un retour sur les faits ainsi qu’un petit coup de gueule s’imposent.

Revenons d’abord sur les conseils que le gouvernement a certes supprimés de son site, mais n’a pas pour autant réussi à faire disparaître du net tant ils ont été rapportés, partagés, critiqués, commentés… En introduction, le Ministère précisait qu’ « en raison de leur sexe et de leur morphologie, les femmes sont parfois les victimes d’agressions particulières » (Ah ouais ? Sérieux ??) En gros, les femmes sont de petits êtres sans défense, (jusque là ne jouons pas les grosses dures c’est plutôt vrai), mais ce qui est plus choquant c’est que le Ministère leur donne des conseils pour réagir face à ces situations, comme si en plus de pas avoir de gros bras, elles n’avaient pas non plus de cerveau. Je pense qu’en citant quelques exemples, ces fameux conseils parleront d’eux-mêmes :

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Pour le dire clairement, c’est stupide : quel genre de personne (fille ou garçon d’ailleurs) apprécie les balades nocturnes dans les parkings souterrains ? D’autant que le trait est plutôt forcé : « votre sac à main est la cible des voleurs », bienvenue dans Psychose. Mais surtout, très cher ministère, je te l’apprends, oui oui, on était déjà au courant, depuis un bout de temps en fait. Nos parents nous ont interdit de parler aux inconnus qui offrent des bonbons, on sait que se faire raccompagner à la fin d’une soirée c’est plus sûr, mais on a aussi appris à rentrer toutes seules, comme des grandes, sans devenir complètement paranos et s’imaginer en première page des faits divers.

Mais ce n’est pas fini, après les conseils, il y a eu les critiques, et là aussi certaines valent le détour !

D’abord la critique féministe. Pour les associations comme Osez le féminisme « implicitement on culpabilise les femmes qui se seraient fait agresser parce qu’elles sont vêtues un peu trop court ou parce qu’elles seraient trop faibles ». Bon pourquoi pas, il est vrai que l’idée de dicter des règles de conduite aux femmes peut être gênante : d’abord parce que chacun (homme ou femme) devrait pouvoir faire ce dont il a envie, sans penser à un risque éventuel d’agression, et donc à sa faible capacité à se défendre. (Bienvenue chez les Bisounours). Mais surtout, que se passe-t-il si ces conseils ne sont pas suivis à la lettre ? Peut-on vraiment répondre à une victime d’agression « bah c’est bien fait pour ta gueule aussi, on t’avait dit d’éviter de trainer dans les ruelles sombres habillée comme une pute ! » Là aussi la réponse s’impose d’elle même (du moins je l’espère !!), mais de là à dire que le but même de ces conseils était de culpabiliser les femmes … Je ne savais pas que la théorie du complot était encore d’actualité. Ce qui est dommage, c’est que les féministes s’emballent, et profitent de cette mini polémique pour s’engager sur des terrains pour le moins glissants. Aller jusqu’à dire que « ça montre encore une fois que l’espace public est réservé aux hommes et que finalement les femmes devraient rester chez elles », n’est-ce pas un tout petit peu abusé ? Voire même carrément indécent pour toutes ces femmes qui encore aujourd’hui, partout dans le monde, sont effectivement condamnées à rester enfermées chez elles ? Quant à la remarque : « 80% des agressions sont le fait d’un proche. A quand une rubrique pour dire aux maris de ne pas battre leur femme », merci pour cette idée révolutionnaire qui va sans doute changer la face du monde, vraiment.

Il y a aussi eu la critique de l’expert, celui qui ne fait (normalement) pas dans la vulgate, par exemple Marie Duru Bellat (sociologue spécialiste des inégalités à l’école). Elle dénonce d’abord le fait que les statistiques des violences de rue selon le sexe sont biaisées : « Il y a des risques plus forts pour les femmes, mais on ne le verra pas dans les statistiques, car elles s’autorégulent elles-mêmes en refusant de sortir le soir. Dire que les femmes sont plus susceptibles d’être victimes d’agressions que les hommes dans la rue, c’est un fait objectif ». Bon, rien de nouveau sous le soleil, c’est un peu simpliste, mais au moins ça a le mérite de ne pas être faux. Par contre, les choses se gâtent quand la sociologue décide elle aussi de donner des conseils aux femmes, et sort de son domaine de compétence pour s’improviser coach sportive ou porte parole des femmes, rien que ça : « On devrait apprendre aux femmes à se défendre. Elles n’ont pas le réflexe de se défendre, plutôt de se laisser faire. Un bon conseil serait d’inciter la prise de cours de self défense. » Les femmes auraient une tendance à se laisser faire, tiens moi qui pensais que comme tout être humain, elles pouvaient développer une sorte de réflexe qu’on appelle l’instinct de survie. D’ailleurs le raisonnement en lui même ne tient pas : si on suppose comme la sociologue que les femmes sont dépourvues de ces réflexes, alors pourquoi suivre des cours de self défense puisque de toute façon, devant le fait accompli, elles seront incapables de les mettre en pratique et cèderont à leur « tendance à se laisser faire » ? CQFD. La vérité c’est qu’on ne sait pas : chacun a une réaction différente face à une agression, et ne sait pas lui-même à l’avance comment il réagira dans cette situation. Voilà. Silence. Merci.

Sinon, pour finir sur une note plus joyeuse, un petit cadeau pour la route : Toute cette histoire a peut être inspiré la police japonaise qui a publié sur son blog des conseils (avec de jolis petits dessins) pour apprendre aux femmes à bien se comporter au volant.

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Tout ça dans un souci de bienveillance puisque « parfois les femmes manquent de sens de l’orientation en voiture, elles hésitent et ne savent pas quelle route elles devraient prendre, même quand elles ont déjà fait ce chemin plusieurs fois. » On donne alors à ces pauvresses des petites astuces super cool comme ne pas conduire en hauts talons, ou desserrer le frein à main avant de rouler … MERCI – ARIGATOU !

Anaïs Ubbiali

  1. Stan B. Stan B.

    Je ne comprends pas pourquoi l’article est si absolu dans sa critique… Malgré une mise en forme déplorable de la part du gouvernement et les habituelles maladresses de communication, l’initiative en elle-même n’est pas si inintéressante je pense.
    Au lieu d’interpréter cette prévention comme une infantilisation de la femme et un mépris de l’intelligence, on pourrait dire que ça montre un réel souci de la part de l’Etat de palier aux agressions dans la rue. Quand à la psychologue qui conseille des cours de self-défense (déjà souvent donnés lors de séminaires de formation d’associations ou d’entreprises) son idée n’est pas si déplacée que ça!
    Je pense qu’il ne faut pas forcément tirer à boulet rouges sur des projets comme celui-ci au risque de décourager des idées futures qui pourraient être plus pertinentes.
    Les conseils aux femmes sont critiquables, mais il me semble que le ton de la critique dans l’article n’est pas très adéquat!
    Cela étant dit, merci à l’Apostrophe et à l’auteure d’avoir partagé sa vision, très bien exprimée dans son texte :)

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