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Convention ESJ-IEP : et si on arrêtait les frais ?

Devinette : qu’est-ce qui coûte grosso modo 100 000 euros par an à Sciences Po Lille, n’est pas respectée par au moins une des parties contractantes et qui, du point de vue de nous autres les estudiants n’a pas changé grand chose, niveau scolarité ?

Vous m’avez compris : c’est la convention avec l’ESJ !

Après trois années d’existence, cette convention vient en effet de tomber à expiration, comme prévu. Le temps est donc venu pour notre établissement de signer à nouveau – ou pas – une convention niouw look avec l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille « première école reconnue par la profession ». Gros, gros débat de l’année, il divise beaucoup dans les Conseils d’Administrations de l’IEP (cf. les articles très pédagogiques de nos estimés confrères sociaux-bourgeois de l’Apostrophe à ce sujet). Les avis sont très partagés, en effet : MM. Villaba, Mardellat et Lascombe, respectivement directeur des études, directeur de la mobilité internationale et Doyen, considèrent que cette convention est intolérable en l’état (on est d’accord). De l’autre côté, Monsieur Louis Dreyfus, Président du CA de Sciences Po, est d’avis que l’IEP doit payer, et vite. Il est, heureuse coïncidence, tombé parfaitement d’accord avec son éminent collègue, le Président du CA de l’ESJ, Monsieur Dreyfus, Louis.

Comment ça, conflit d’intérêt ? Rhoo, ce que vous pouvez êtes mesquins.

Problème : l’ESJ, quelques que puissent être ses compétences pédagogiques « reconnues par la profession » par ailleurs, est avant tout profondément dans la dèche. Au dernier Conseil d’Administration, le président de l’ESJ a d’ailleurs avoué qu’il s’en fallait « chaque année » de « dix mille euros » pour que l’école de journalisme disparaisse. La nouvelle convention proposée à l’IEP faisait état de cette situation pour le moins précaire, et propose donc que notre établissement reverse en substance l’intégralité des frais d’inscriptions perçus à l’ESJ, ainsi que les frais engrangés pour le concours, soit environ 96 000 euros selon la direction de l’école, en réalité nettement moins : le nombre de candidats diminue chaque année. A l’IEP de combler la différence, le cas échéant. LOL.

Pour rappel, voici les frais d’inscriptions pour le double diplôme IEP-ESJ :

– 3 900 euros à payer pour l’ESJ, y compris les boursiers (!)

– 1 100 euros pour l’IEP (dont sont généreusement exonérés les boursiers, merci mon bon prince)

Soit un total de 5 000 euros tout rond à faire cracher par Papa-Maman ; les écoles de journalisme savent cultiver la fibre sociale. Non que l’ESJ de Lille soit isolée : le CFJ de Paris, son concurrent direct, réclame la bagatelle de 4 980 euros par an (2 980 pour les boursiers, merci mon bon maître), mais n’a pas de bi-diplôme avec Sciences Po Lille -et ils doivent en pleurer des larmes de sang.

Selon la convention nouvelle, qui partage avec le beaujolais éponyme son sale goût au fond de la glotte, tout ce grisbi bien frais amoureusement récolté dans les poches des étudiants par Sciences Po pour « compenser les coupes de Dotation Globale Financière » devrait filer recta chez nos amis de l’ESJ pour leur permettre de garder, un peu, la tête hors de l’eau. Mais pourquoi donc, allez-vous me demandez, bande de petits chenapants, une école de journalisme proéminente et reconnue comme tout aurait-elle un tel besoin d’argent frais ? C’est que ça fait cher à apprendre le bâtonnage de dépêche AFP/Reuters ! Point du tout. L’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, comme son nom ne l’indique rien au premier abord, n’est absolument pas un établissement public ; et donc par là même tenu à toute une série d’ennuyeux contrôles budgétaires et bureaucratiques sovieto-communiste qui tuent l’esprit d’entreprise.

C’est au contraire une association privée, loi 1901, fondée originellement par et pour des journalistes. En tant qu’établissement privé, l’ESJ a donc pu, historiquement, se confronter avec ce que Christophe Barbier de l’Express appelle avec raison « les qualités supérieures de gestion et de prise de risque que seul le secteur privé peut démontrer face aux lourdeurs de l’état ». C’est pourquoi après avoir perdu des millions d’euros en frais de prestige sans le moindre contrôle, et avoir été utilisée comme tirelire par son financeur principal, en l’occurrence le groupe de médias Centre France* (détail cocasse ; le président de ce groupe est un certain monsieur Brice Hortefeux, tu la sent bien mon indépendance de la presse, hein ?) l’ESJ s’est retrouvée saignée à blanc, quand moyennant une « somme minable » quand Centre France l’a tranquillement forcée à vendre la vraie poule au œuf d’or d’une école de journalisme : la formation professionnelle, marque « ESJ-Pro », en ne lui laissant que le déficitaire : la formation initiale, qui, selon M. Pierre Savary, directeur de l’ESJ, « est structurellement déficitaire ».

Voilà, vous connaissez grâce à la Pravda, le seul quotidien des masses laborieuses, les bases du débat. L’IEP paye très cher une « voie d’accès facilitée » pour les étudiants de troisième année, voie d’accès qui a un considérable succès : pas plus de trois étudiants à peine parviennent à entrer par le biais de cette convention. S’il est normal qu’une école sur concours soit très sélective, cela pose un vrai problème. Avant la signature de cette très coûteuse convention, il y avait exactement autant d’élèves de l’IEP à intégrer l’ESJ que maintenant : environ dix par an. Encore maintenant, ils sont plus nombreux à y parvenir en quatrième et cinquième année, en passant par le concours « normal » qui, lui, ne nous coûte rien.

Pourquoi donc continuer de payer avec de l’argent public les colossales erreurs de gestion d’une école privée, si ça ne rapporte, factuellement, rien de plus à nos étudiants, qui, de toute façon, auraient sans convention le diplôme Sciences Po et le diplôme ESJ ? Qui se fait réellement avoir dans l’histoire ?

Thaurice Morez.

* Centre France qui vient de licencier 389 personnels dans les rédactions du groupe, preuve sans doute de sa bonne gestion.

Cette tribune libre a d’abord été publiée sur le site de la liste Iep Solidaire.

Note de la rédaction : nous rappelons qu’il est du devoir de l’Apostrophe de publier tous les communiqués de presse et les tribunes libres que les groupes qui font vivre la démocratie à l’IEP souhaiteraient nous adresser. Aussi, n’hésitez pas.

 

  1. Euuuh Brice Hortefeux président du groupe Centre France, vous avez vu ça où ?

    La rédac : Selon l’auteur de la tribune, c’est M. Savary qui l’a affirmé « en passant » lorsqu’il exposait la situation financière de l’ESJ lors d’une réunion préparatoire. Il est possible que cette situation ai depuis changé – nous nous bornons à retransmettre les communiqués que nous adressent les listes au CA sans les relire ni les modifier. Il ne s’agit donc pas d’un article de l’Apostrophe.

    • Savary Pierre Savary Pierre

      Je n’ai évidemment jamais affirmé que Brice Hortefeux était président de Centre France à la réunion dont il est fait état. Les nombreuses personnes présentes peuvent en témoigner. Ce n’est malheureusement qu’une erreur parmi beaucoup d’autres, glissées entre des mensonges, des erreurs factuelles, des chiffres faux. Je fournirai avec plaisir à l’auteur de ces lignes, dans le cadre de la belle collaboration entre nos deux établissements (et totalement gracieusement qu’il se rassure), une initiation à des notions comme la vérification des informations, leur recoupement, l’utilisation des sources, le souci de précision et d’honnêteté. Des notions qui lui sont visiblement totalement inconnues. Cela lui permettra peut être de se hisser au niveau des excellents étudiants de l’IEP qui chaque année intègrent l’ESJ, ce dont je me réjouis.

  2. PM PM

    « les estudiants n’a rien changé grand chose »

    vous relisez vos articles j’espère avant de les publier ?

    • Comme précisé juste au-dessus, il ne s’agit pas d’un article de l’Apostrophe, mais d’une tribune libre, qui est donc ouverte à toute personne ou groupe souhaitant nous transmettre un communiqué. Nous considérons que c’est une façon de faire vivre la démocratie à l’intérieur de l’IEP que de permettre l’expression des formations politiques internes au plus grand nombre d’étudiants paliens. Toutefois, nous n’intervenons nullement sur le contenu des tribunes que nous publions telles quelles. A ce titre, nous ne corrigeons pas les fautes d’orthographes éventuelles ou les archaïsmes potentiels dans les formulations.

      Les articles publiés par l’Apostrophe en tant qu’articles de l’Apostrophe sont quand à eux revus et corrigés par le secrétariat de rédaction, même si, bien entendu, des coquilles peuvent toujours rester, nul n’étant à l’abri d’une erreur :)

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