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Top of the Lake , Jane Campion, 2013

Vous connaissiez Jane Campion pour sa contribution au septième art, voilà qu’elle s’invite dans l’univers très en vogue de la série TV… Qui lui réussit, disons-le d’emblée, à merveille. Adoubée de la Palme d’Or en 1993 avec La Leçon de Piano, la réalisatrice néo-zélandaise s’est illustrée plus récemment avec Bright Star, qui raconte les amours du poète anglais John Keats et de Fanny Brawne. Dans Top of the Lake, mini-série en six épisodes produite par la BBC, Jane Campion retrouve la Nouvelle-Zélande mais change radicalement de thématique pour se lancer dans le récit d’une enquête policière suivant la disparition d’une jeune collégienne.

Dans une petite ville des montagnes néo-zélandaises campée au bord du lac Wakatipu, on découvre que Tui, douze ans, est enceinte. La police locale fait appel à Robin Griffin (Elisabeth Moss, la Peggy Olson de Mad Men), jeune inspectrice originaire de passage dans la ville et spécialisée dans la protection de l’enfance, pour interroger la fillette, qui reste mutique. Quelques temps plus tard, Tui disparaît. L’enquête qui commence alors pour retrouver l’enfant n’a rien à voir avec ce que l’on peut trouver dans les productions américaines au rythme effréné et au suspense haletant. Jane Campion nous embarque dans l’univers morose de cette petite ville perdue au fin fond des collines où il ne se passe rien, du moins en apparence. Car en réalité, si la recherche de Tui sert de fil directeur, l’intrigue nous entraîne dans l’intimité de chaque personnage, à commencer par Robin Griffin. De retour dans la ville de son enfance pour rendre visite à sa mère malade, Robin apparaît d’abord comme une femme forte, calme et déterminée. Mais au fil des épisodes la carapace se craquelle et révèle les fragilités de la jeune femme, dont on pressent que l’immersion dans son passé ne la laissera pas indemne. Car ce sont d’abord des figures de femmes que Jane Camion filme ici magnifiquement. Il y a Tui, Robin, mais aussi ce groupe de névrosées, accablées par la vie, qui s’installent dans un campement sur les rives du lac autour de « GJ », leur mystérieuse gourou (Holly Hunter, La leçon de piano). La série compte aussi de nombreux personnages masculins comme Al Parker, le chef de la police (David Wenham), et surtout Matt Mitcham (Peter Mullan), le père de Tui, un homme brutal, colérique et néanmoins puissant, craint par la police locale qui ferme les yeux sur ses agissements.

Il y a un autre personnage, omniprésent, autour duquel chaque récit se noue, se cristallise ou se délie : le lac. Dès le premier épisode, qui s’ouvre sur l’image de Tui s’enfonçant dans l’eau à pas lents, comme somnambule, Jane Campion plante un décor à la fois sublime et sinistre. Elle s’attarde sur la beauté du paysage, du lac aux montagnes embrumées, ce qui apporte à l’ambiance une lenteur sereine qui contraste avec la violence des histoires de certains protagonistes. Le rythme est si différent des épisodes des séries policières standards où l’enquête a quarante minutes pour être résolue, que l’on pourrait douter d’avoir affaire à un polar. Pourtant le suspense est bien présent, entre fausses pistes et révélations on croit avoir tout compris, mais finalement le mystère reste entier. L’atmosphère de malaise qui se dégage de cette petite ville trop morne pour être honnête maintient le spectateur en haleine et bientôt les secrets de chaque personnage prennent le pas sur l’énigme initiale.

Un décor fascinant, des acteurs exceptionnels, une intrigue bien ficelée dans une atmosphère glauque, voici donc les ingrédients de Jane Campion pour une recette très réussie à l’occasion son passage du grand au petit écran. C’est Top Of The Lake, jeudi soir à 20h30 sur Arte (à regarder en replay sur Arte+7).

Mahaut de Butler

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