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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Retour sur les bonnets rouges : éco-taxe ou anti-tout ?

A un mois de Noël, les travailleurs français poursuivent leur grogne contre l’éco-taxe; les « opérations escargots » fleurissent sur les autoroutes françaises; malgré le froid, on assiste dans tous les départements à une multiplication des défilés de bonnets rouges brandissant des drapeaux rouges et noirs dans les airs. Mais pourquoi l’éco-taxe émoustille-t-elle à ce point les travailleurs bretons ?

bonnets rouges

Rappels sur l’éco-taxe

Rappelons d’abord que l’éco-taxe, contre laquelle manifestent les bonnets rouges, est officiellement appelée la « taxe poids-lourds ». Comme dans plusieurs pays d’Europe, elle vise à faire payer aux poids lourds leur utilisation des routes nationales, et dans certains cas départementales, en leur faisant supporter les coûts de dégradation que leur usage peut engendrer. L’éco-taxe a donc un but qui est double : financer les infrastructures de transports en France, et rationaliser les transports poids-lourds (notamment éviter les transports à vide). Son principe a été voté en 2009, et devrait entrer en vigueur en janvier 2014. Le montant de la taxe poids-lourds est calculé à l’aide des portiques éco-taxe, équipés de caméras et d’émetteurs lasers.

Alors où est le problème ?

La taxe semblait partir d’une bonne initiative. Cependant, le gouvernement à voulu instaurer le même principe partout en France, sans tenir compte des spécificités de chaque région.

Le problème est qu’en Bretagne, il n’y a pas d’autoroutes à péages, mais en revanche de nombreuses quatre-voies, qui sont concernées par l’éco-taxe. L’impact de la taxe pénalise donc plus les routiers bretons par rapport à ceux des autres régions. De plus, les deux piliers économiques de la Bretagne sont l’agriculture et l’agroalimentaire, et ces deux domaines sont largement tournés vers l’export (par les poids-lourds). Enfin, la Bretagne est une région enclavée, surtout parcourue par des routiers français. La taxe en Bretagne va donc faire augmenter les coûts de transport des produits. Pour ces trois raisons, la Bretagne risque de souffrir de l’instauration prévue de l’éco-taxe en 2014.

C’est pourquoi les routiers bretons se sont mobilisés, d’abord sur les routes du Finistère, puis à Rennes, et ensuite dans les autres départements de Bretagne. Des manifestations sous le signe de la solidarité, reconnaissables par les bonnets rouges et les drapeaux bretons.

Pourquoi un bonnet rouge ?

On pourrait croire que les manifestants ont choisi le bonnet rouge pour rappeler le bonnet phrygien de la révolution française. Mais il n’en est rien, ce bonnet est celui de 1675, époque pendant laquelle les taxes sur les produits ont touché tout l’Ouest de la France. Le peuple breton est alors descendu dans la rue et a fait face aux troupes de Versailles. Puis le mouvement s’est étendu, se transformant petit à petit en débat de société, et luttant notamment contre la sous-représentativité des petits paysans au pouvoir.

Le mouvement de 2013 semble suivre la même tendance : partis d’une mobilisation locale, les bonnets rouges étendent leurs revendications : dans les manifestations, on ne voit plus seulement des routiers bretons, mais aussi les pêcheurs, les patrons de PME, les syndicats… Tous réunis non plus seulement pour lutter contre l’éco-taxe, mais aussi pour défendre l’emploi et l’avenir en Bretagne, voire ailleurs. Une revendication plus large, moins ciblée, plus floue… Désormais, le bonnet rouge ne sera plus l’accessoire exclusif du routier breton: qui voudra protester le portera.

Et que fait le gouvernement ?

Devant cette débâcle de revendications, le gouvernement a reculé la mise en place de l’éco-taxe à juillet 2014 au lieu de janvier. Evidemment, la contestation va plus vite que la prise de décision. Mais étant donné que le mouvement a pris de l’ampleur, le gouvernement s’est attaché à assurer la sécurité des Français, en sanctionnant les dérapages violents  des manifestations. Alors la négociation va de plus en plus lentement. À  l’image des réunions du 6 novembre, entre les syndicats et les membres du gouvernement, les compromis ne semblent pas mener à un aboutissement clair. Les Bretons se sentent « méprisés » par le gouvernement, et ce dernier est réticent à négocier avec des destructeurs de portiques. Le gouvernement a choisi une position attentiste en encadrant les manifestations. Éprouvant des difficultés peut être à cerner la nature des revendications…

Quand l’éco-taxe vire à la contestation générale

C’est vrai que pour beaucoup, la lutte contre l’éco-taxe a permis de multiplier les raccourcis douteux. Il semblerait que l’éco-taxe soit une preuve de la mauvaise gestion du pays par le gouvernement, mais aussi du centralisme parisien. Ces interprétations entrainent rapidement des revendications indépendantistes, et les pro-bretons y voient une nouvelle brèche pour ramener le débat sur la table. Nous revenons donc à l’heure des slogans autonomistes tels que « Bretons oui, moutons non ! ».

De plus, les déçus et les opposants du parti socialiste utilisent le mouvement pour y intégrer leurs propres contestations vis à vis du gouvernement Hollande. On y retrouve donc des mouvements de tous bords politiques, et même J.M. Le Pen se coiffe à la nouvelle mode du bonnet rouge.

La contestation a bel et bien viré à un mouvement global, mêlant l’anti-capitalisme, l’anti-Hollande, l’anti-fiscalité, l’anti-centralisme, l’autonomisme, et tout ce que voulez y ajouter encore.

On a plus besoin d’être Breton pour être énervé, il suffit juste de se sentir touché par la politique du gouvernement pour descendre dans la rue. Et toute la France se met d’accord quand il s’agit d’en avoir ras le bol : les syndicats avec les patrons, la droite avec la gauche, les riches avec les pauvres…

Même les industriels du textile semblent y trouver leur compte, au regard de l’entreprise Armor Lux, qui s’est chargée de fournir des bonnets rouges aux manifestants bretons…

Alors finalement, à force, peut-être que les manifestants finiront par se fatiguer de manifester, peut être qu’ils ne trouveront plus quoi détruire quand tout les portiques seront détruits, peut être qu’ils ne sauront plus à quoi s’opposer quand toutes les oppositions auront été soulevées, peut être qu’ils finiront par rentrer chez eux quand il fera trop froid, et ils enlèveront leur bonnet une fois que le printemps reviendra.

Maud CHAUFFIN

 

 

 

 

 

 

 

 

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