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Blacksad – Amarillo : La beat generation en bande-dessinée

3 ans après L‘Enfer, le silence le cinquième album de Blacksad, les aventures du chat noir détective dans l’Amérique des années 1950, vient de paraitre. Intitulé Amarillo celui-ci entraine notre héros dans un road-movie à travers les Etats-Unis dans le contexte de la beat generation. Après la mafia (Quelque part entre les ombres), le racisme et la ségrégation (Artic-Nation), l’arme nucléaire (Âme rouge) et le jazz (L’Enfer, le silence), le duo espagnol Juan Díaz Canales (scénariste) et Juanjo Guarnido (dessinateur) nous emmènent une nouvelle fois à la découverte d’animaux anthropomorphes incarnant une page de l’histoire des États-Unis.

Sur la route

L’album nous propose de suivre deux destins : celui de Blacksad, évidemment, et celui de Chad Lowell, un écrivain qui est dépassé par le succès fulgurant de son premier roman. A la recherche d’un travail, Blacksad croise un riche Texan à l’aéroport de La Nouvelle-Orléans qui lui propose justement de ramener sa voiture chez lui. Y voyant là un travail simple et bien payé, Blacksad accepte. Cependant lors d’un arrêt dans une stations service, Chad et son ami Abe Greenberg en profitent pour voler la voiture. Une course-poursuite s’engage donc entre Blacksad et les deux voleurs.

Comme dans les albums précédents, l’ambiance et ce qu’elle évoque sont presque plus importants que l’histoire en elle-même. Amarillo est avant tout un plongée au cœur de la beat generation. Le nom du compagnon de Chad, Abe Greenberg est d’ailleurs une référence directe à l’écrivain Allen Ginsberg, un des « fondateurs » de la beat generation. La forme même du récit, le road-movie, est une forme typique de la beat generation depuis le roman de Jack Kerouac Sur la route. Le personnage d’Abe Greenberg incarne une littérature qui se veut pure et contestataire. Constamment dans la provocation, il dénonce la perversion de la littérature par les éditeurs qui, à cause de l’argent, la corrompent et la souillent. Une vision d’ailleurs en partie corroborée par l’attitude de l’agent de Chad.

Chad incarne lui une vision de la littérature davantage « traditionnelle »: contrairement à Abe qui n’hésite pas à bruler ses poèmes, Chad tient à ce que son roman, fruit de deux années de travail, soit publié. Et surtout il est complétement dépassé par le succès qu’a rencontré son premier roman au point qu’il a perdu toute confiance en sa capacité de distinguer le bon du mauvais. Désorienté, il est complètement sous la coupe d’Abe qui passe son temps à se moquer de son manque d’audace. C’est donc une réflexion sur la littérature et son statut qui est entamée à travers le duo Abe/Chad; au lecteur de la poursuivre.

Petits meurtres entre amis

Si j’ai écrit plus haut que l’album nous proposait de suivre deux destins et non pas trois, c’est parce que précisément l’équilibre en tension qu’incarne le duo Abe/Chad ne peut se maintenir indéfiniment. Poussé à bout par Abe, Chad finit par tuer son ami. Il se retrouve alors livré  à lui-même, ne sachant plus que faire, poussé en avant par la nécessité de fuir la police.

L’errance est ainsi double : d’une côté Blacksad, le détective qui ne veut plus tuer et qui cherche à tourner la page, de l’autre Chad, un écrivain désenchanté qui ne croit plus à grand chose. C’est le croisement de ces deux destins et les rencontres que Chad et Blacksad feront chacun qui les amèneront à retrouver un sens à leur vie, même si cela n’est pas forcément la garantie d’un fin heureuse.

Comme dans les albums précédents, la morale de l’album est ambiguë. D’un côté, on nous montre toute la corruption de la société, toute la bassesse de l’homme. Le fait que les personnages soient des animaux renforcent d’ailleurs cette impression: le choix de l’animal est significatif. Blacksad est un chat car il est rusé, car il est malin. Son ami Weekly qui est journaliste est une fouine. Il suffit de voir un personnage pour savoir déjà qui il est, même si les apparences peuvent être parfois trompeuses. Le monde qui nous est montré semble ainsi, au premier abord, laid et dépourvu de bonté.

Mais d’un autre côté, l’album nous montre aussi que les personnages sont capables de faire la bien et d’agir au nom du bien. Et c’est peut-être ce qui importe le plus en définitive : malgré les travers de la société, du milieu dans lequel nous évoluons, nous restons capables de faire le bien. C’est ce que nos héros vont découvrir au terme de leur errance.

Un album différent mais tout aussi recommandable

Alors finalement, peut-on conseiller ce nouveau Blacksad ? Oui mais avec quand même quelques réserves. Tout d’abord si vous ne connaissez pas la série, commencez bien évidemment par le premier album, même si les histoires de chaque album sont relativement indépendantes. Pour ceux qui ont déjà lu les albums précédents, sachez que vous retrouverez des personnages hauts en couleur, des dessins d’une grande qualité et une ambiance captivante. Cependant les choses se gâtent un peu concernant le scénario. L’idée d’une plongée au cœur de la beat generation est très séduisante, cependant le scénario accuse quelques problèmes de rythme et ne parvient pas à impliquer le lecteur de manière aussi intense que les autres albums. Mais cela tient aussi au sujet choisi. Artic-Nation prenait davantage aux tripes parce qu’il évoquait un sujet plus lourd d’enjeux, à savoir le racisme, les lynchages, le Klu Klux Klan.

Malgré tout, le lecture d’Amarillo reste un véritable plaisir, et on a hâte de retrouver notre détective félin favori dans de prochaines aventures, prévues pour 2016!

 Antoine Tournié

 

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