Skip to content
Slider

Pourquoi je milite pour l’abolition de la prostitution (tribune)

Note : cette tribune libre nous a été envoyé il y a désormais deux semaines, mais nous n’avons pas été en mesure de la publier dans les temps. La rédaction de l’Apostrophe s’excuse auprès de l’auteur et du lectorat pour le délai encouru.

Ces derniers temps fleurissent dans les journaux les appels, éditoriaux, manifestes s’opposant à la loi qui vise à pénaliser les clients de prostituées. Comme militant syndical et féministe, je ne peux pas accepter un certain nombre d’arguments avancés ci et là. La bien pensance n’étant pas toujours là où on la croit, il convient de rappeler pourquoi l’abolition de la prostitution est un combat juste.

Ne pas confondre abolition et prohibition

Le premier reproche adressé aux abolitionnistes est celui de vouloir « interdire » la prostitution. Bien sûr, nul ne fait mention qu’il existe déjà des lois répressives, mais dirigées contre les prostituées elles mêmes (pour celles qui sont appliquées) et contre les proxénètes (pour celles qui ne le sont pas).

Surtout, une confusion est introduite dans le débat en laissant penser que pénaliser le client relèverait d’une pudibonderie toute catholique. Or, les abolitionnistes n’ont pas une position moraliste, loin s’en faut, et ils et elles défendent même la liberté sexuelle.

Historiquement, la prostitution a été réprimée sous un angle moral : un angle prohibitionniste. Cette vision des choses tend à mettre la prostituée et son client dans le même panier, en punissant une transaction illicite, comme un drogué et son dealer. Souvent, la répression est même plus forte envers la prostituée, vue comme une corruptrice, une tentatrice, se jouant des désirs des hommes pour les dépouiller de leur argent en usant de ses charmes. Il y a deux problèmes dans cette vision des choses : d’abord la prostituée n’est pas un objet mais un être humain, par conséquent sa relation avec le client n’est pas la même que celle de l’héroinomane avec sa seringue. Ensuite parce que cette vision des choses tend à mettre sur le même plan la prostituée et le client, c’est à dire la victime et le bourreau.

L’abolition de la prostitution et la pénalisation du client vise justement à remettre les choses dans l’ordre : ce qui est interdit ce n’est pas la prostitution, c’est le fait d’acheter le corps des autres. La prostitution étant une relation de violence, on distingue une victime et un bourreau. C’est une inversion totale par rapport aux règles en vigueur, notamment au délit de racolage passif.

La prostitution est une violence

La prostitution est une relation de violence. Dire cela ce n’est pas faire une généralité, c’est énoncer un fait. Si je descend dans la rue demain et que je frappe un passant, je serais verbalisé et personne ne contestera le fait que j’ai exercé une violence sur lui. Pour la prostitution, puisqu’on parle de sexe, on parle de plaisir, donc certains nient sa caractérisation comme violence.

Soyons donc objectifs : une étude menée aux Etats Unis relève qu’une prostituée a une esperance de vie de 34 ans, ce qui en fait le deuxième « métier » le plus dangereux après soldat sur une zone de conflit. Une autre étude compare les traumatismes vécus par les prostituées à ceux vécus par les vétérans de la guerre du Vietnam. Résultat : les traumatismes  psychologiques des prostitués sont encore plus profonds et violents.

Même après avoir entendu ces arguments, certains osent encore prétendre que « certaines le font parce qu’elles aiment ça ». Là encore, soyons objectifs : selon une étude pour le ministère des droits des femmes, 92% des prostituées sont en situation irrégulière, donc sous la coupe de réseaux. On se demandera également où peut être la notion de plaisir quand est réduit à l’état de marchandise.

De la liberté sexuelle

A ce stade de l’argumentation vient toujours l’argument ultime : « mais que faites vous de celles qui l’ont choisi ? » Ah la notion de choix ! Terre de contrastes et d’aventures ! Relevons encore que 92% des prostituées en situation irrégulière, ça fait déjà une sacrée majorités qui n’a pas tellement de choix devant elle. Intéressons nous alors aux 8% restants. Au fond, peut il exister une prostitution acceptable ?

Mettons d’autres mots sur cette argumentation en caricaturant un peu. Certains maîtres traitent bien leurs esclaves, y a-t-il donc un bon et un mauvais esclavage ? La réponse a été donnée lorsque l’esclavage a été aboli : il est universellement inacceptable qu’un être humain soit la propriété d’un autre être humain, aussi doux et aimant soit il. De même, la prostitution, en tant que violence et objetisation, ne peut être acceptée.

Remarquons d’ailleurs que la violence exercée sur les prostituée n’est pas uniquement physique, mais aussi symbolique. Le choix n’existe pas tant qu’il y a des contraintes économiques, mais aussi en termes de domination (masculine), et nul doute que c’est de ce côté qu’il faut chercher l’explication au fait que 85% des prostituées sont des femmes et que parmi les 15% d’hommes restants la plupart sont homosexuels.

Alors parlons de liberté sexuelle. Oui, je suis pour que chacun puisse coucher avec qui il le souhaite comme il le souhaite, à deux, à plusieurs et dans toutes les positions, mais là nous ne sommes pas sur le terrain de la liberté. Certains invoquent l’idée selon laquelle l’Etat n’a pas à se mêler des pratiques sexuelles des individus. J’en suis d’accord. Mais tout comme le viol, je ne considère pas la prostitution comme une pratique sexuelle, mais comme un acte qui doit être puni par la loi.

L’abolition est elle incompatible avec une politique de santé publique ?

Dernier argument, développé par des personnes parfois en accord avec l’abolitionnisme, l’abolition pousserait les prostituées vers plus de clandestinité d’une part, et dans plus de précarité en tarissant la demande.

D’abord, il faut remarquer que l’abolition n’est pas incompatible avec une politique de santé publique. On interdit l’achat d’actes sexuels, mais pas le préservatif ni le travail social. On remarquera d’ailleurs que la pénalisation du client ne peut pas plus pousser les prostituées dans la clandestinité que la loi précédente qui punissait le racolage passif. Et puis, la source des violences, c’est avant tout la prostitution elle même, c’est donc bien la question des moyens pour aboutir à sa disparition qui est posée.

Ensuite, on remarquera que l’argument de dire « vous allez couper les revenus des prostituées » est souvent avancé par des hommes, voire même des hommes qui avouent avoir eu recours à des prostituées (c’est le cas des 343 salauds, qui ne sont en fait qu’une maigre quinzaine de réactionnaires). Dire cela, c’est manquer la moitié de la démarche abolitionniste : on pénalise le client pour replacer la prostituée comme une victime et faire en sorte qu’il ne soit plus « normal » d’acheter des services sexuels, et dans le même temps on fournit aux prostituées des portes de sortie, des alternatives et un suivi. Plus que sur celles qui feraient « le choix » de se prostituer, la loi est plutôt centrée sur celles qui voudraient faire le choix inverse et qui ne le peuvent pas.

Léo Voisin, étudiant à l’IEP de Lille.

  1. Hugo A. Hugo A.

    Abolir la prostitution est un but avouable, mais est-il atteignable ?
    L’Homme ne cherche qu’à survivre, il fera tout pour cela, y compris se vendre. Dans un monde sans misère, sans pauvreté, sans esclavage, la seule prostitution qui demeurerait serait volontaire. Mais un tel monde n’a jamais existé et il n’existera jamais.

    Alors quid des prostitués ?
    Si on excepte ceux et celles qui sont forcés dans cette pratique et qui sont de fait des esclaves, on ne peut empêcher un homme ou une femme de vendre son corps. Il faut faire un choix : protéger ceux et celles qui sont poussés à recourir à cette source de revenus, quitte à encourager une pratique immorale, ou rejeter cette pratique dans l’illégalité et exposer ceux et celles qui la pratiquent aux dangers de la clandestinité.

    Entre la sécurité et la morale, je choisis la première. On ne pourra pas lutter contre l’acte de prostitution sans le rendre plus visible, plus encadré. Et on ne doit certainement pas exposer des personnes déjà démunies à une plus grande insécurité et précarité.

    En pénalisant le client, comme en pénalisant le racolage, on renferme l’acte de prostitution dans une illégalité qui ne peut que nuire aux prostitués. Voilà pourquoi cette loi, comme la précédente, ne répond pas à mes yeux aux enjeux sociaux de la prostitution.

  2. Alan Beuret Alan Beuret

    Tout d’abord, j’approuve les arguments d’Hugo, la pénalisation des clients ne fait que pousser les prostituées plus loin dans l’illégalité et dans les bras des « réseaux » que vous décrivez. Et voilà un premier point de votre argumentation qui me choque.

    Car établir le lien : situation irrégulière donc réseau donc prostitution forcée, ce n’est pas anodin. Tout d’abord, une part importante des personnes en situation irrégulière n’ont jamais eu aucun lien avec les réseaux, je dirais même la majorité. Ce qui n’est certainement pas vrai pour la prostitution, où les « réseaux » sont plus présents. Toutefois, la filiation directe que vous établissez méconnait les réalités de la situation des migrants et notamment des « sans papiers » dans notre pays. Or, une partie de ces personnes issues de l’immigration illégale, mais n’étant pas passés par des réseaux, choisissent la prostitution comme mode de subsistance par défaut. Est-ce pour autant de la prostitution choisie ?

    De toute évidence, la réponse à cette question est d’une complexité inouie. Car comme les personnes en situation régulière, par exemple les étudiants et étudiantes qui se prostituent pour payer leur études, il y a bien ici un choix individuel. Là est la différence avec l’esclave, autre point où je différe de vous, car, lui, n’a jamais ou quasiment jamais eu de choix et ne peut revenir sur ce choix. Toutefois, les contraintes extérieures qui poussent à ce choix sont nombreuses et complexes, car il est évident que cela ne peut être une activité économique comme les autres. Mais, comment determiner quand le choix est véritablement libre et personnelle, et quand, il est contraint par des facteurs extérieures, économiques ou mafieux ?

    La même question se pose quand au port du voile. Dans les deux cas, différencier le choix libre du choix contraint est éminément complexe. Or, comme de nombreux féministes (ou islamophobe utilisant l’argument féministe) le font sur le voile, vous décidez d’ignorer la possibilité d’un choix libre.

    Et pourtant cet infime part des travailleurs du sexe, femmes et hommes (qui ne sont pas tous homosexuels, et quand bien même, ce n’est pas pertinent ici) patissent de la diabolisation et de la stigmatisation que vous faites de ce milieu. Oui, il faut combattre la prostitution forcée ; oui, il faut combattre les « réseaux » (ce qui signifie appliquer les lois qui existent déjà) ; oui, la prostitution n’est que très rarement un choix et doit faire l’objet d’un prise en charge chaque fois qu’elle ne l’est pas. Mais, il s’agit bien d’une prise en charge, donc d’une répression, mais également d’une véritable politique de réinsértion, d’accompagnement, de réhabilitation et dédiabolisation de ces prostituées forcées.

    Et une telle politique ne peut impliquer de mettre tout le monde dans le même sac. Parce que c’est un impératif pour aider les personnes en détresse et les prostituées contraintes ; et parce qu’il existe un part d’individus qui ont choisi librement et pleinement d’exercer ce métier ; cette pratique doit être encadrée, reglementée et accompagnée, au lieu d’être diabolisée.

    Tant qu’il y aura de la misère, il y aura des prostituées. Et, dans une société où les rapports hommes-femmes sont liés à l’apparence physique, au statut social et à « l’intelligence sociale » qui conditionnent les relations et les partenaires auxquels peuvent « prétendre » les individus, il y aura toujours des clients, qui cherchent la facilité, autant qu’un échappatoire à ce déterminisme relationnel. Sans cautionner cette démarche, je doutes que ces individus méritent tous la pierre qu’on leur jette, particulièrement quand cela s’inscrit dans l’espace, certes minoritaire mais existant, de la prostitution choisie.

    • michel barbier michel barbier

      Votre longue analyse qui n’est certainement qu’une réécriture d’un cours « catalogue » de sociologie que vous avez entre-écouté la semaine dernière sur les bancs de votre fac ne nous apprend rien. Elle est de surcroît truffée de fautes d’orthographe. Soyez gentil, commentez vos soirées étudiantes sur Facebook et n’insultez plus ce blog avec vos commentaires prétentieux et dénués d’intelligence.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *