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Présidentielle 2017 : Il n'est pas trop tard

Philippine Malloggia • 3 Mai 2017

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Autorégulation des abattoirs : stupeur et confusion, ça ne fonctionne pas !

Amis lecteurs qui comme moi êtes abonnés aux flux rss du Monde.fr, vous n’avez pas pu manquer cette incroyable, stupéfiante, terrifiante – et autres mots en « fiente »-  affaire de la Viande de Cheval, le retour, qui vient de bouleverser une nouvelle fois nos chaumières. En effet, il y a derechef du poney dans nos steaks, et cette fois, ce n’est pas une obscure manipulation effectuée par de mystérieux – mais assurément rares comme le loup blanc – traders véreux en cavale, mais d’une bande organisée bien de chez nous, qui a tout bonnement transformé en hachis des chevaux réformés après avoir servis de cobaye à l’entreprise Sanofi-Aventis. Pour une mystérieuse raison, tous ces chevaux, pourtant dument  »pucés » de manière à signaler que leur viande est impropre à la consommation humaine, n’ont éveillé aucun soupçon dans l’abattoir. Pour la bonne raison que ce dernier était bien au courant et s’en tamponnait l’oreille avec une babouche.

Comment ? Mais qwa ? Alors qu’après le scandale alimentaire de [insérez ici le scandale de votre choix], le gouvernement avait déclaré que les entreprises allaient s’auto-contrôler pour remplacer ces fonctionnaires [insérer un synonyme de « fainéant » ici] et incapables de la DGCCRF ! « Promis, m’sieu », dirent les industriels, le doigt sur la couture du pantalon. Car, comme chacun le sait, les entreprises sont par nature philantrophes, et elles n’existent que pour donner, donner, donner, au monde dans le bonheur et la joie. Par exemple, dans le monde merveilleux du libéralisme, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, sauf les fonctionnaires, qui sont des mésants messieurs en costume gris qui ne font rien qu’à ricaner dans leur donjon en inventant des taxes et des contrôles inopinés pour faire rien qu’embêter le monde. Alors que si on reste entre nous, les entreprises, et puis vous, les couill… les consommateurs, pardon, hein, seulement nous, on est pas bien là, quoi ? Confiance, respect, transversalité !

Voilà, c’est ça, et après des licornes arc-en-ciel voleront dans les airs en transportant des milliers de bisounours qui nous offriront à tous des gorgées d’hydromel.

C’est assez étrange, ai-je toujours pensé en lisant l’Express, que l’insulte favorite des libéraux pour disqualifier (1) leurs adversaires soit le terme de « bisounours ». Comprendre que le pauvre chérubin, en face, là, est bien mal adapté dans le monde des grands, avec ses grands idéaux. D’ailleurs, il n’a toujours pas de Rolex à cinquante ans, vous imaginez un peu, ma bonne Marie-Odile, comme il est cocasse ! Enfin, on est quand même en droit de se demander qui tourne réellement le dos à la réalité des choses, quand quelqu’un vous explique tout bonnement qu’en l’absence de tout contrôle extérieur possible, des organismes dont l’unique raison d’être est de générer du profit vont délibérément choisir de diminuer leurs marges, comme ça pour le plaisir, et donc prendre le risque d’être moins compétitifs sur les marchés, donc de ne pas être en mesure de résister à une OPA d’un concurrent indélicat, donc disparaître ? Maybiensûr. Comme disait Jean Jaurès, « quand le chat n’est pas là, les souris dansent ». Ou quelque chose d’approchant, mais bref, on est pas sur Evene ici, vous croyez quoi.

Ce sont d’ailleurs les mêmes personnes qui nous affirment que ce genre de situation ne pourrait jamais, ô grand jamais se produire, étant donné que même la haute moralité qui est l’apanage de tout être humain, surtout après cinq ans d’école de commerce à apprendre que le coup de tatane dans la tronche du voisin pour avancer dans la vie est normal et acceptable, ne devait suffire à éviter quelques regrettables malversations imputables, bien entendu, à un esprit véreux et non au système (2), comme d’un seul homme, que dis-je, tous ensemble, tous ensemble, les consommateurs, ulcérés, se jetteraient comme meute de hyènes en furie sur le concurrent direct. Remarquable théorie qui comporte toutefois quelques minuscules petits accrocs.

1/En supposant que les consommateurs n’aient pas accès à une information totale, immédiate, libre, pleine, entière, indépendante, rationnelle et clafoutis concernant les produits qu’ils consomment et/où les entreprises qui les produisent, parce que :

– imprévoyants comme le sont ces gens du peuple, le consommateur n’a pas dans sa cave un matériel complet de biochimiste pour tester chaque steak haché histoire de vérifier qu’on ne lui a pas servi du castor au lieu d’un filet mignon de boeuf premier prix à 0,99 cts le kilo.

– le consommateur étant ni Dieu ni le Conseil d’État, il n’est ni omniscient ni infaillible.

– attendez, on est dans le monde merveilleux du libéralisme, right ? Donc de toute façon, aucune raison de se méfier des entreprises puisqu’elles n’ont que le bonheur de l’humanité toute entière à l’esprit et pas du tout des idées mesquines comme vendre du cheval à la place du veau pour gagner 0,50 centimes sur le plat de hachis parmentier du gamin.

2/Par le merveilleux jeu d’un marché libre et indépendant, c’est en réalité le même groupe qui possède le concurrent direct ! Damned ! Heureusement, « l’état minimal » va arriver et faire disparaître la concentration et les monopoles, probablement en fronçant des yeux et en agitant ses petits bras vigoureux (c’est un état minimal, il fait 1 m 20 de haut). Ouf ! On est sauvés.

Ami libéral, tu as le choix :

A. Bon sang, mais bien sûr ! Pour suppléer aux défaillances des consommateurs, ce qu’il faudrait, c’est un corps de contrôle extérieur et indépendant, financé sans risque de conflit d’intérêt par des individus subventionnés par la collectivité représenté par un organisme public qu’on appellerait, voyons voir, le nom m’échappe… enfin, cette idée, c’est génial !

B. « C’est beaucoup plus compliqué que ça » (3)

C. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Pour suppléer aux défaillances des consommateurs, ce qu’il faudrait c’est un corps de contrôle extérieur et indépendant, financé sans risque de conflit d’intérêt et sur la base du volontariat par les entreprises qu’il devra ensuite contrôler en toute indépendance.

D. Obiwan Kenobi (idem que la réponse B, mais plus court)

Christophe Barbant

(1) : Disqualifier, rendre illégitime le discours d’un adversaire politique qui pose des questions gênantes en remplaçant une argumentation (dont vous n’êtes d’ailleurs pas très sûr tout compte fait) par un épithète censé ravaler l’autre plus bas que terre dans l’opinion en le faisant passer pour un inculte, un fou furieux ou un barbare. Cf, notamment, « populiste », « bisounours », « déni de réalité ».

(2) : Le système, lui, s’auto-corrige miraculeusement, même si au passage, quelques milliers de gens ont quelques métastases, eh bien ils seront réchauffés à l’idée de savoir qu’ils ont permis au système d’apprendre de ses erreurs – comment mieux les dissimuler, notamment.

(3) : Catastrophe ! Votre adversaire, pourtant un rustre patenté qui n’a même pas fait l’ENA et/ou HEC, vient de mettre son gros doigt boudiné de lumpenprolétaire sur une faille béante de votre magnifique argumentation. Comme vous n’avez aucune réponse réelle en stock, dépêchez-vous vite de tourner autour du pot pendant vingt minutes en prenant un air condescendant et utilisez autant que possible « directive européenne », « populisme », « bisounours » et « conjonction négative pour les emplois ». Si vous vous en sentez le courage, placez « stagflation », et savourez la tête de votre opposant qui tente de comprendre pourquoi diable vous lui parlez d’un cerf qui enfle.

 

 

 

 

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