Skip to content

Stranger Things saison 2 : la magie opère-t-elle toujours ?

Joséphine Coadou • 16 novembre 2017

Anne-Lyvia Tollinchi • 15 novembre 2017

Trump, un an plus tard

Gwendoline Morel • 9 novembre 2017

Arrow
Arrow
PlayPause
Slider

Une quenelle très médiatisée : le rôle de la presse en ligne.

Il faut se rendre à l’évidence : Dieudonné a gagné son pari, à savoir faire parler de la quenelle, son arme favorite pour, selon lui, faire trembler le « système ». Celui-ci raconte dans une vidéo publiée le 21 décembre sur Youtube que « le mouvement de la quenelle arrive au sommet, là on est au cœur de toutes les attentions : télé, radio, média, presse… ». Si le geste n’a jamais été clairement défini par son inventeur, il est bien partout dans les médias, notamment dans la presse en ligne.

point

Dieudonné a donc réussi à piéger cette presse qui s’est longuement attardée sur l’usage de la quenelle et de ses conséquences, notamment depuis fin décembre. L’histoire de la quenelle est comme celle d’une bulle. D’abord, elle gonfle, grâce aux évènements qu’organise Dieudonné comme le « Bal des quenelles » ou ses multiples représentations au Théâtre de la Main d’or. Puis, à partir des attaques répétées du gouvernent, notamment par Manuel Valls, la bulle explose et répand son contenu. Les médias s’intéressent alors à cet objet politique non identifié, et en condamnant la quenelle, font le marketing de Dieudonné qui n’en attendait pas autant.

Le 27 juin 2013, le site d’information Slate publie un article remarqué – « liké » sur facebook plus de 9000 fois – de Jean Laurent Cassely intitulé « La dieudonnisation des esprits, une (grosse) quenelle qui vient d’en bas ». Le journaliste explique dans le détail la contre-culture que Dieudonné a réussi à créer autour de lui avec beaucoup de patience ainsi que les multiples apparitions de ce geste – involontaires pour la plupart – dans les médias. Plus tard, lors de l’émission du Petit Journal du 11 novembre, un homme glisse des quenelles derrière Yann Barthès. Le lendemain, le présentateur s’excuse mais il popularise du même coup ce geste à ses dépens. Dieudonné prophétise alors le 25 novembre dans sa virulente réponse à l’encontre de Yann Barthès : « rien n’arrêtera plus ce mouvement de la quenelle ». Il dévoile alors une photo de Yann Barthès exécutant ce geste, ainsi que de Mamadou Sakho, une semaine après le match contre l’Ukraine durant lequel il a inscrit deux buts. La quenelle et ses différentes significations venaient alors de rentrer dans la sphère des médias de masse.

libé

Commençons par les sites des principaux quotidiens nationaux. Lemonde.fr se penche pour la première fois sur ce geste dans un article du 11 décembre intitulé «‘Quenelle’, comment un geste antisémite est devenu un emblème. » Puis, fin décembre, le quotidien publie un florilège d’articles : sept entre le 24 et le 29 décembre dont trois la seule journée du 28. Les réactions et commentaires sont à chaque fois très nombreux. Du côté de Libération.fr, un des premiers articles sur la question des quenelles de Dieudonné date de septembre 2013, suite à la publication d’une photo montrant deux chasseurs alpins devant une synagogue à Paris effectuant ce geste. Le quotidien publie régulièrement des articles sur le cas Dieudonné, notamment en ce qui concerne ses condamnations. Enfin, l’édition de Libération du 29 décembre consacre pas moins de quatre pages dont un éditorial sur la question de l’interdiction de la tournée de Dieudonné. Le quotidien s’interroge en Une: « Le censurer ou pas ? ». Mais le champion hors catégorie reste de loin le Figaro.fr, qui a publié pas moins de neuf articles sur Dieudonné et les quenelles entre le 28 et le 29 décembre et autant de « flash actu ». Ces statistiques sont boostées par le geste du footballer Anelka après son premier but lors d’un match le 28 décembre. En une semaine seulement, le Figaro a écrit ou renvoyé 33 publications sur Dieudonné et le phénomène des quenelles, soit presque autant que ces trente derniers jours (38). Sur le moyen terme, le site d’information a publié de nombreux articles sur Dieudonné, notamment sur son inéligibilité, ses condamnations et amendes, ses appels aux dons, essentiellement via des brèves.

La presse en ligne a donc largement contribué à populariser ou à faire parler de la quenelle. Regardons du côté des sites d’information en ligne. Médiapart et @rrêt sur image se sont relativement peu intéressés jusqu’à présent au sujet de Dieudonné. Médiapart a seulement renvoyé les internautes à quelques reprises à des liens sur la question comme « La quenelle de Dieudonné, un business juteux (7 déc) », « Nouvelle sortie antisémite de Dieudonné (26 déc) » ou « French comic’s show faces ban over anti-Semitic jibes » (28 déc) ». Quant à @rrêt sur image, son cas est différent. Le site a publié régulièrement des « vite dit » (à  la fois une revue de presse et son analyse) sur le sujet. Plus les médias parlent de Dieudonné, plus ce site doit en rendre compte. Ainsi, six « vite dit » depuis le 31 octobre ont été publiés, par exemple « L’armée enquête sur des photos de ‘quenelles’ dieudonnistes » (10 septembre), « Quenelles incontrôlées au Petit journal » (12 novembre), ou encore  « Anelka: la presse britannique découvre la ‘quenelle' » (29 décembre). Le créateur de l’émission et du site, Daniel Schneidermann, explique dans Libération le 29 décembre que «J usqu’à hier, j’avais toujours résisté à l’idée de faire un dossier Dieudonné sur Arrêt sur images, je n’en avais pas envie. Mais là, quand on voit le nombre de clics que font ses vidéos et comment il arrive à remplir ses salles, on est obligé de traiter le sujet. » En effet, le site publie un dossier dont l’intitulé est: « Dieudonné et ses quenelles piège-médias ». Cependant, lucide, il explique plus loin : «Dans le titre de notre 327eme dossier, il y a le mot piège. Parce que cette affaire Dieudonné est un piège. On n’aurait pas envie d’en parler, de consacrer de l’énergie à ce sujet. Et voilà qu’on en parle quand même. Piège. Dans lequel nous tombons aussi, paradoxe habituel de la critique médias. Ce n’est pas notre premier, ni notre dernier. » Cette attitude n’est pas celle du site d’information participatif Rue 89 qui a publié quelques articles sur ce phénomène : « Comment une « quenelle » a entraîné deux expéditions punitives à Lyon (26 décembre) » ou encore « Au spectacle de Dieudonné : ‘Au fond de moi, je pense que ce n’est pas une ordure’ » (12 avril 2013) et a renvoyé les internautes sur plusieurs sites (notamment sur la dispute entre Soral et la femme de Dieudonné sur la propriété intellectuelle de la quenelle) dans la rubrique : « La Vigie : le meilleur du Web ».

Tom Joad

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *