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« Un mauvais train peut mener à la bonne gare »

Voila le message répété par le réalisateur Indien Ritesh Batra tout au long de son film « The Lunchbox », sorti en France le 11 décembre 2013. Il nous dévoile ici la façon dont la vie d’Ila (Nimrat Kaur), jeune maman et femme au foyer, va se retrouver mêlée à celle de Saajan (Irrfan Khan) employé de bureau à l’aube de la retraite. Et tout cela uniquement grâce aux Dabbawallahs.

 “Aux quoi ?”

Les Dabbawallahs sont des livreurs qui existent exclusivement dans la ville de Bombay, en Inde. Grâce à eux, ce sont près de 200 000 gamelles (dabba) de plats cuisinés maison qui transitent chaque jour depuis leur foyer jusqu’au lieu de travail de ces messieurs.

Cécilia 1Les Dabbawallahs, Bombay, Août 2009)

Qu’importent la mousson ou le trafic, un système de couleurs et de symboles permet aux Dabbawallahs, pour la majorité illettrés, d’acheminer à bon port des milliers de repas. Ce gigantesque système de livraison, franchement épatant compte-tenu de la frénésie de Bombay, est quasiment infaillible comme l’a prouvé une étude de l’Université d’Harvard (seul un repas sur un million est égaré).

Mais…

nous sommes au cinéma les amis. Alors vous l’aurez compris, c’est bien une erreur de livraison qui va permettre la « rencontre » d’Ila et Saajan. La première espérait reconquérir un mari distant et obtenir des compliments sur sa cuisine, c’est en fait le second qui aura la chance de déguster un succulent déjeuner et ce totalement par hasard. Lorsqu’elle prend conscience de l’erreur, Ila glisse, intriguée, un petit mot dans la « lunchbox » du lendemain, entre deux couches de naan (pain indien). Ainsi s’engage leur correspondance, que Saajan entame de façon franchement délicate, en écrivant plus ou moins « Bonjour Ila, merci mais c’était trop salé ». Une correspondance qui laisse progressivement entrevoir la possibilité d’une autre vie pour ces deux individus…

Cécilia 2Nimrat Kaur (Ila) campe une jeune femme au foyer de la classe moyenne hindoue conservatrice, magnifiquement belle, gracieuse et élégante comme savent l’être les femmes indiennes.

The Lunchbox est un film très bien construit, franchement drôle par moment, tendre et touchant. Ayant eu la chance de découvrir Bombay il y a quelques années et d’observer le curieux manège des Dabbawallahs, je trouve intelligent de rendre hommage à ces travailleurs atypiques et d’en tirer une intrigue de film. Pour ce qui est de l’Inde et de la ville de Bombay, outre les Dabbawallahs, tout y est : les rickshaws, la circulation folle, les trains surchargés, les chansons Bollywood, le fonctionnement de l’administration, les indiens qui dodelinent de la tête pour montrer leur approbation, les scooters montés par trois personnes ou plus, le kitsch à l’indienne… Et bien sûr la cuisine, qui occupe une place centrale dans le film. Tout sonne juste, rien d’étonnant lorsqu’on sait que le réalisateur est lui-même originaire de Bombay.

Cécilia 3Irrfan Khan (Saajan) incarne lui un employé vieillissant et solitaire, qui accueille l’arrivée de cette correspondance comme une bouffée d’air frais dans une vie monotone

Le film traite de problèmes récurrents en Inde comme la question des dots, des mariages arrangés et de la place des femmes dans la société. De façon plus universelle, il aborde délicatement des thèmes tels que l’adultère, le veuvage et la solitude – mais pas que, et puis sans pour autant être larmoyant. Tout le monde devrait pouvoir y trouver son compte : que vous ayez envie d’une jolie comédie sentimentale, d’une découverte de la culture indienne ou d’un film plus dramatique, empreint de regrets et d’espoirs. Le film va au-delà des questions de classes, au-delà de l’âge, du genre ou de la religion.

Le rapprochement entre Ila et Saajan paraît vrai, authentique, tout comme les transformations qui s’ensuivent sur la personnalité et la vie de l’un et de l’autre. Autour d’eux gravitent divers personnages intéressants, un remplaçant maladroit et collant, une « auntie » très présente mais qu’on ne voit pourtant jamais à l’écran, une mère épuisée, une petite fille sage comme on apprend à l’être aux fillettes indiennes…

En somme je vous conseille donc vivement ce très, très joli film, histoire par exemple de souffler un peu entre deux partiels… Mais soyez prévenus : en sortant de la séance vous aurez très probablement envie d’un bon et gros, très gros repas.

A voir tous les jours à 13h40, 15h35 et 19h20 au cinéma Le Métropole, à Lille.

Cécilia Brès.

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